Désir d’une croissance économique pour tous et action contre le mariage pour tous. Des questions diverses qui demandent un vrai dialogue.

Publié le par Michel Durand

Je repense à ce texte (que je pense ne pas avoir déjà posté), dans la ligne de la réflexion de ces jours où la vie familiale ne peut être dissociée des problèmes économiques et sociaux rencontrés au quotidien de nos actions pastorales.

 

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Affrontements avec la police, à Paris, à la fin de la manifestation contre le « mariage pour tous » du 24 mars.   Les émeutiers anti-mariage pour tous incriminent l’« ambiance » La Croix

 

 

Juin 2013

« … Et maintenant, dialoguons ! »

La période récente (les nombreuses manifestations contre le mariage pour tous) que nous venons de vivre nous fait entrer dans une manière de sentir les choses qui pourrait, si l‘on n’y prend pas garde, mener à une dérive sectaire contradictoire avec la nature de l’Eglise du Christ.

Vatican II nous a fait découvrir qu’il y avait une exigence pour les chrétiens catholiques et leur Église à se situer dans le monde selon sa vocation, d’abord spirituelle. Son rôle premier n’est pas de donner au monde des directives pour un fonctionnement éthique juste, mais de chercher avec toute l’humanité le dessein de Dieu qui la concerne. « … L'Eglise, surtout de nos jours où les choses vont si vite et où les façons de penser sont extrêmement variées, a particulièrement besoin de l'apport de ceux qui vivent dans le monde, et en épousent les formes mentales, qu'il s'agisse des croyants ou des incroyants.  [ …] Bien plus, l'Eglise reconnaît que, de l'opposition de ses adversaires et de ses persécuteurs, elle a tiré de grands avantages et qu'elle peut continuer à le faire. » (1965, Gaudium et Spes § 44).

Alors, nous sommes surpris de découvrir sur le site du diocèse de Lyon une tribune : « Et maintenant que faut-il faire ? » de Mgr Jean-Pierre Batut, en date du 24 mai 2013, qui utilise les mots de « totalitarisme » et de « régimes […] dictatoriaux », au lendemain de la déclaration du Conseil Constitutionnel à propos de la loi Taubira. Nous ne prendrons pas au tragique ces expressions, sachant bien que c’est dans les démocraties que l’on a le droit de dire que l’on est en dictature. Nous savons aussi que c’est dans les dictatures que l’on est obligé de dire que le débat existe. Nous tenons que l’Eglise n’est pas une dictature et c’est pourquoi nous parlons.

Nous nous réjouissons de découvrir sous la plume de Bruno Frappat, dans son blog hebdomadaire, daté du 31 mai 2013, et intitulé « Le nuancier se rétrécit » que, sous les dehors d’un unanimisme de façade, la diversité subsiste au sein du monde catholique.

Le « Groupe du Vallon » – en lien avec beaucoup d’autres – appelle tous « les hommes et femmes de bonne volonté » à constituer des groupes où le débat puisse prendre son essor au sein de l’Eglise comme à ses périphéries. 

Il nous semble important que l’Eglise, dans sa diversité, participe aux débats qui traversent notre société. Si elle part d’énoncés présentés comme des évidences auxquelles la société devrait se soumettre tout naturellement, nous sommes dans l’impasse. Mais une recherche partagée pour tisser ensemble les richesses de nos héritages et les exigences de la nouveauté s’avérera féconde.

 

Lyon, le 3 juin 2013, 

Jacques Bolon, Vincent Feroldi, Marie-Jo Guichenuy, Pierre Lathuilière, Christian et Nathalie Mignonat, Jacques Purpan,

membres du « Groupe du Vallon » 

Publié dans Eglise

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Blaise 17/11/2013 14:57


Le débat en Eglise se justifie dans la mesure où la polémique autour du « mariage pour tous » a brassé plusieurs sujets de société,
allègrement confondus, qui gagneraient pourtant à être soigneusement distingués. Je ne sais pas si la sérénité de l’échange est vraiment possible, mais je souhaiterais qu’à l’avenir on se donne
les moyens de la clarification.


 


Nous avons, bien sûr, eu  la confrontation entre le discours libéral de « l’égalité des droits » et celui inverse du bien de
tous ; la vision, elle aussi libérale, de l’individu contractuel substituable et celle d’un individu historique et social, construisant sa personnalité dans et par ses relations sociales, en
premier lieu grâce à ses référents parentaux. Autre thème, lié au précédent : celui de la gestation pour autrui, qui pose la question de la « fabrication » (légitime ou non) de
l’enfant et de l’instrumentalisation (ou non) de la femme dans le capitalisme contemporain.


 


D’autres questions se sont encore posées : la situation difficile des personnes homosexuelles dans la société et dans l’Eglise, et la
façon la plus adéquate d’y répondre ; la prise en compte – ou non – des Etudes de (ou sur le) genre, c’est-à-dire les enquêtes interdisciplinaires concernant les rapports sociaux(-culturels)
de sexe.


 


Concernant ce
dernier point, à mon avis, le positionnement de l’Eglise catholique est particulièrement déterminé par son histoire propre. En ayant voulu faire de l’exclusion des femmes du sacerdoce une
question doctrinale et non un simple point de discipline, Paul VI et Jean-Paul II ont dû naturaliser le rôle et la « vocation » de la femme dans l’Eglise et dans la société, insister
très fortement sur la « complémentarité » des sexes. Ce qui rend difficile tout dialogue constructif avec les sciences sociales dès qu’on aborde de tels sujets. 


Il existe un
certain nombre d'enjeux réellement cruciaux, qu'il faudrait éviter de  traiter en bloc et de manière indistincte.

Michel Durand 20/11/2013 17:40



Merci


UN appel à distinguer pour unir ; un appel au discernement