« ÉCOUTÉ »

Publié le par Michel Durand

Il me semble que nous sommes dans une période qui se trouve être de plus en plus fermée, mais aussi de plus en plus ouverte à bien des points de vues… je m’explique :

Je rencontre beaucoup de personnes, soit des personnes que je connais – et parfois bien –, soit des personnes que je croise un peu par hasard et avec lesquelles je parviens tout de même à tisser un petit dialogue… eh bien il ressort de tout cela, une sorte de radicalisation si je puis dire ; pour simplifier, certaines personnes adoptent volontairement un « je n’ai rein vu », « cela ne m’intéresse pas », « laissez-moi en paix », et tout ce que vous voudrez ; et d’autres se montrent ouvertes, disponibles, prêtes à la réflexion autant que faire se peut… et c’est bien entendu cette deuxième option qui m’intéresse, car elle me semble être directement liée à l’avenir, à un désir de mieux vivre ensemble – à la vie pour tout dire !

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Enfin voilà, nous sommes bien, depuis quelques semaines (quelques mois ?), à et dans une période de révélation, ou chacune et chacun se montre finalement tel qu’il est – c’est parfois affligeant, parfois c’est encouragent ; et très encouragent, même (dans de rares cas, il est vrai).

Une période « révélatoire », oui, c’est cela : « révélatoire » – et le mot n’est pas français.

Voici une anecdote qui remonte à un peu plus d’un quart d’heure :

Une amie m’a téléphoné. C’est une ancienne amie qui a longtemps habité Grenoble ; elle a fait pas mal de politique, elle est issue également d’une famille [un de ses aïeux] qui a fait aussi beaucoup de politique. Elle vit à présent dans un autre coin de la France. Je lisais « Dans le nu de la vie » de Jean Hatzfeld lorsqu’elle m’a appelé. Je le lui dis, sitôt les salutations échangées. Elle n’est pas surprise. Elle sait que je creuse au sujet de ce sale « mariage » entre l’État français et le génocide rwandais. Cette amie a un fils militaire. Elle est au courant de beaucoup de choses, y compris au sujet de cette implication française au Rwanda qui a eu lieue. Elle me le confie (qu’elle sait des choses), mais elle ajoute aussitôt qu’elle ne peut rien me dire – notez que je ne lui avais rien demandé. Elle ajoute un peu après (comme en une sorte d’excuses ou bien de précision) qu’elle se sait être sur écoute téléphonique ; pour la rassurer, je lui confie que moi aussi, je suis au courant que je suis sur écoute téléphonique…

(elle) – « Ah bon, tu es au courant ?! »

(moi) – « Oui, bien sûr, ça fait un moment que je suis au courant que je suis sur écoute »

Bon. Elle ne répond rien. Puis nous passons à un autre sujet, des projets personnels, etc.

Entre-nous : s’il n’y avait que moi, et qu’elle, qui soient sur écoute téléphonique… ce serait pas mal, finalement, et nous serions alors dans une presque démocratie… Mais ce n’est pas le cas, c’est loin d’être le cas – et bien des gens le savent, en France.

Alors quel est le sens de ce que j’écris, quels sont les liens entre ces idées et ces réalités ? Premièrement : qu’il y a de la méfiance dans l’air que nous respirons… mais deuxièmement : qu’il y a des paroles vraies qui filtrent si on y prends garde, si on sait les déceler ou qu’on les laisse venir. Je n’ai rien appris de nouveau auprès de cette amie en ce qui concerne la France et le génocide, mais je perçois tout de même comme un désir (chez elle comme chez bien d’autres), non pas de parler, ce serait trop brûlant, mais comme un désir d’un genre de retournement, d’un peu plus de vérité quoi qu’il en soit (sur ce sujet comme sur bien d’autres)… Ce n’est pas simple tout cela… on attends toujours que ce soit l’autre qui fasse les premiers pas, qui prenne des risque finalement – et certains prennent des risques, j’en rencontre, ils sont parfois dans mes écrits ; parfois ils ne le sont pas, et ils n’en sont pas moins actifs pour faire advenir une société où l’on ait une vie meilleure, plus humaine, plus chaleureuse et fraternelle. Mais il faut jouer carte sur table. C’est à mon sens incontournable.

La vérité n’est pas négociable, d’ailleurs, elle ressurgit toujours : là où on ne l’attendait pas, ou bien là où précisément on l’attendait – c’est pourquoi je suis confiant sur l’avenir. Mais il faut travailler, il nous faut travailler sérieusement à l’avènement de ce « bien mieux vivre… ensemble… (en France, aussi !) ».


Jean-Marie Delthil. Écouté (téléphoniquement), peut-être d’avantage ?

23 juillet 2009.


Publié dans J. M. Delthil

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