Election : les catholiques pratiquants sont loin de s’engager en faveur du pauvre et de la protection de la nature.

Publié le par Michel Durand

vote_440x260.jpgSelon les sondages, voir par exemple celui réalisé pour La Vie, les catholiques pratiquants soutiennent les économies productivistes qui visent plus à l’enrichissement personnel qu’au partage solidaire et fraternel des ressources. On se tourne vers le travailler plus pour gagner plus selon le slogan usuel.

« Pas moins de 47% des catholiques pratiquants réguliers ont voté pour Nicolas Sarkozy, contre 26,9% de l’ensemble des Français. »

Les catholiques s’entendent pour descendre dans la rue afin de défendre l’école libre ; je parle souvent des manifestations de 1984 dont je regrette ne pas retrouver les photos prises place Bellecour à Lyon ; plus de 150 000 personnes !

Je dis en même temps que selon l’Évangile cette foule devrait se retrouver dans la rue pour signifier la fraternité du frère étranger. Elle devrait être là cette Église pour soutenir les « sans papiers ». La conférence des évêques de France proclame que « l'accueil de l'étranger est un défi lancé à notre société, aussi bien française qu'européenne. L'Église catholique, elle-même impliquée dans l'accueil des étrangers, rappelle qu'il doit se faire dans le respect de leur dignité et dans la fidélité à l’Évangile ». De longtemps, parfois accompagné de quelques mouvements catholiques et de prêtres (les anciens prêtres-ouvriers), c’est plutôt la gauche politique qui souhaite descendre sur les places pour réclamer plus de justice.

Quelles sont les raisons pour lesquelles les catholiques votent autant pour Sarkozy ? « Commentant les motivations des 3000 personnes interrogées, Jean-Daniel Lévy insiste sur l'intérêt des catholiques réguliers pour les questions économiques et européennes. Ainsi, les thèmes qui ont le plus compté dans le vote de ces catholiques sont dans l'ordre : la lutte contre les déficits, l'emploi, l'Europe, l'immigration, la compétitivité des entreprises françaises, la moralisation de la vie politique et la politique étrangère » (tout cela selon l’article de La Vie). Ils abordent ces questions plus à la lumière de leurs affaires économiques que de l’éclairage qu’apporte l’Évangile. Cela invite à des commentaires violents de la part des lecteurs de La Vie : « Si des catholiques votent Sarkozy c'est pour deux raisons essentielles. La trouille de perdre leur richesse personnelle pour certains. Croire que les socialistes sont de dangereux staliniens ou léniniste qu'il faut combattre à tout prix. Ces cathos se gargarisent de la doctrine sociale de l'Église, mais font tout pour qu'elle ne soit jamais appliquée. »

Et l’écologie ?

Le quotidien La Croix du 24 avril, présentant le document « Enjeux et défis écologiques pour l’avenir » (j’en reparlerai) écrit que les évêques appellent les chrétiens à un sursaut majeur sur l’écologie. Ceux-ci ne sont pas assez sensibles à toutes ces questions. Ils ne veulent pas aborder la nécessité de changer de modes de vie. Et pourtant, sans sombrer dans un catastrophisme paralysant, les raisons pour lesquelles il nous faut convertir « nos façons de penser, de communiquer et de nous déplacer, de travailler et de consommer » sont  .  Il s’agit donc « de donner des raisons d’agir au moment où le score des écologistes aux élections s’est effondré et où la préoccupation écologique passe au second plan derrière la crise économique ».

Puisque Sarkozy arrive largement en tête chez les catholiques pratiquants (selon La Vie), ce n’est pas par eux que l’on obtiendra une ouverture à une vie sobre et simple où il y a moins de biens, justement pour avoir plus de liens. Jadis, les évêques demandaient à ce que les catholiques « ne retirent pas égoïstement leur épingle du jeu ». Il y a encore beaucoup à attendre pour la protection de l’homme et de l’environnement par les catholiques pratiquants réguliers.

Ceci étant dit, peut-être dois-je me poser la question : mon vote expliquerait-il que je ne suis pas un bon catholique pratiquant ?

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Bertrand Puel 02/05/2012 14:55


Que la moitié des catholiques votent Sarkozy ne m'étonne pas, même si c'est désespérant par rapport par rapport à ce que je crois comprendre du message et de la façon de vivre du Christ. C'est
qu'on assiste à un renfermement de l'Eglise de France, avec le soutien plus ou moins net du Vatican, dans le conservatisme contre l'évolution de la société. Il n'y a plus que les nostalgiques
d'autrefois, un autrefois idéalisé, moral, où les couples ne se séparaient pas, où les inégaltés étaient la juste rançon des mérites, où les gens biens avec des bonnes manières n'avortaient pas,
etc., qui se trouvent à l'aise dans une église devenue moralisatrice qui est en train de s'isoler, en France, du reste de la société. Les jeunes en particulier, à part ceux des milieux
conservateurs, sont devenus complètement étrangers à cette insitution de vieux que l'on entend surtout édicter des interdictions !


Heureusement il y a encore un vieux clergé plein de bon sens, de charité et de l'esprit de vatican II qui a su persévérer et qui maintient encore un peu d'ouverture dans une institution qui
menace de ruine mais les nouvelles recrues sont très majoritairement dans une vision conservatrice et contribuent au repliement de l'Eglise de France sur son conservatisme de droite, d'où le vote
favorable à Sarkozy de ceux qui restent.


Mon sentiment est que la situation de l'Eglise de France est critique. Il y a un travail paroissial à imaginer pour sauver les meubles et continuer à faire vivre l'institution. Mais l'Eglise va
devoir remettre en question la ségrégation des femmes dans ses postes de pouvoir, ou de service, et reconsidérer son organisation pour aller au devant des pauvres de notre temps, les chômeurs,
les foyers monoparentaux, les étrangers, les demandeurs d'asiles, et vers ceux, particulièrement les jeunes, qui n'ont aucune idée du message du Christ et qui attendent autre chose qu'un discours
moralisateur.

Michel Durand 03/05/2012 20:24



Il m'arrive souvent de dire à des personnes que je rencontre et qui me donnent leurs impressions que je partage leurs idées et convictions. Cela ne solutionne rien, mais apporte une communion.


La situation est grave. Mais nous ne pouvons pas désespérer. La miséricorde de Jésus, le Christ ne peut que triompher du moralisme. Il faut que les groupes de réflexion se multiplient et
témoignent de leur attachement à l'Evangile. C'est ce que j'essaye de dire à travers ce blog et je sous remercie de la contribution que vous y  apporter.



Dominique Collet 29/04/2012 15:53


On pourrait se dire que pas loin de la moitié des catholiques pratiquants qui votent Sarkozy est un constat totalement désespérant. Comment en effet trouver une personnalité et une idéologie qui
personnifie le mieux tout ce que dénonce l’Evangile ? On se dit que ce pourcentage signe l’échec d’une Eglise qu’il ne resterait plus qu’à brûler. Tous les matins je passe devant une école privée
(c’est le juste terme) tenue par des religieux. Des automobiles de luxes y déposent des enfants des classes « privilégiées ». Cela me fait mal de voir l’Eglise trahir sa mission en s’occupant de
ces enfants et se détournant de ceux vers lesquels sa vocation devrait la conduire. Par contre on croit, ou fait semblant de croire, dur comme fer à l’immaculée conception et on rejette droit
dans ses bottes les hérétiques qui préfère la cohérence évangélique.


Tout système en s’effondrant se rétracte et se crispe au lieu de se transformer. C’est vrai aussi pour les personnes qui nous déblatèrent des sottises pour justifier leur vote pour Sarkozy quand
on les place face à leurs contradictions. La seule justification devient l’insulte de l’adversaire. Force de constater que le « catholicisme social » est plus que jamais un catholicisme de classe
où l’on se fréquent entre gens du même monde. Un monde riche qui espère se reproduire sous le verni des bons sentiments. Ces bons sentiments sont le masque du Diable bien sûr.


Dominique Collet

Michel Durand 29/04/2012 16:57



Ceci dit, avec Joseph Moingt je dis "croire quand même" ; avec Joseph Doré : "A cause de Jésus ! (je dis) pourquoi je suis demeuré chrétien et reste catholique...


Voir ces livres.