En tout domaine, vie privée, écoute des désirs, conquête altruiste, prouesse technique, liberté économique… il importe de poser des limites

Publié le par Michel Durand

Je venais de terminer la relecture de mon homélie du dimanche 30 juin 2013 (voir ci-dessous). C’était samedi soir. J’ai alors eu l’occasion d’échanger quelques mots au téléphone avec un ami à propos de l’action militante.

 

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Nous avons parlé de l’importance de garder fermement les principes auxquels nous croyons, c’est-à-dire l’urgence de poser des limites tant dans le secteur de l’économie, sur-exploitation de la terre, que dans celui de la vie personnelle, mariage pour tous avec procréation médicalement assistée, secteur où les partisans du droit à l’enfant ne souhaitent aucune limite technique. Pour parler brièvement, disons que les anti mariage pour tous risquent de ne vouloir aucune limite dans le libéralisme économique et que les partisans des limites indispensables face à l’exploitation des ressources de la terre, revendiquent la liberté la plus totale quand il s’agit de leur corps.

Le militant, assuré de ses propres convictions, à juste titre, fera tout ce qui est en son pouvoir pour mettre en œuvres ses orientations. Va-t-il le faire avec intransigeance ?  Va-t-il se montrer intraitable avec les personnes qui ne partagent pas ses opinions ?

Il me semble que, tout en gardant fermement les principes auxquels nous croyons, nous ne pouvons pas verser dans l’intransigeantisme. Plus exactement, alors que nous nous trouvons en présence de personnes qui se sont engagées dans une voie autre que l’acceptable, nous devons manifester, dans l’écoute de la situation objectivement déviante, beaucoup de miséricorde. Dans une situation précise, face à la personne concernée, l’intransigeant ne peut plus l’être à cause de la fondamentale attitude spirituelle et pastorale propre au disciple du Christ. C’est, m’a dit mon ami, le conseil que saint François de Sales donnait aux prêtres : "Soyez des loups en chaire, des agneaux au confessionnal".

Homélie du dimanche 30 juin

L’annonce biblique que nous venons d’entendre me fait réfléchir sur l’attitude d’intransigeance propre à toutes personnes qui ont de fortes convictions. Il me semble qu’il est juste de tout faire pour que les bonnes idées soient mises en œuvres. Mais va-t-on les imposer avec des actions extrémistes parce que la vérité doit triompher à tout prix ? L’intransigeance morale et religieuse doit, me semble-t-il, s’accompagner d’une écoute forte en miséricorde vis-à-vis des gens qui, à cause de leur vécu ordinaire, ne sont pas aptes à vivre les exigences évangéliques qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer ici parce que nous les connaissons bien.

Regardons l’Évangile de Luc au chapitre 9, verset 51 et suivant.

Jésus et ses disciples sont en route vers Jérusalem. Le groupe pressent que l’opposition des chefs religieux et politiques ne peut que d’accroître. Tous sentent grandir l’opposition aux paroles dites. Pourtant, ce que le prophète Jésus annonce est en plein dans la ligne de tous les anciens prophètes. Ce que Dieu, par exemple, annonce par la voix d’Élie ne peut que s’accomplir : tous les serviteurs des faux dieux seront exterminés. N’en sera-t-il pas ainsi avec Jésus ?

Jéhu frappa dans Izréel tous ceux qui restaient de la maison d’Achab, tous ses grands, ses familiers et ses prêtres, sans en laisser échapper un seul. Puis il se leva, et partit pour aller à Samarie. 2 R 10, 11-12

Alors, au moment où les Samaritains leur bloquèrent la route, la colère emplit les apôtres. La vieille haine entre habitants de Jérusalem et Samaritains se réveilla. Furieux, Jacques et Jean suggérèrent à Jésus de faire tomber le feu du ciel sur les Samaritains. Il le peut comme Élie l’avait fait pour que triomphe la reconnaissance de l’unique Dieu, l’unique Vérité. Prophète, Jésus est doué de capacité divine. ¨Pourquoi ne serait-il pas intransigeant face à l’erreur ?

Qu’elles sont aujourd’hui, les raisons pour lesquelles, chrétiens, nous serions invités à l’intransigeance ? Je ne souhaite citer aucun fait d’actualité, mais je nous invite à réfléchir sur les situations radicalement inacceptables que nous rencontrons. À chacun d’en faire une liste et de tracer l’action adéquate pour anéantir les erreurs, les comportements négatifs des hommes. Et soyons déterminés pour mettre, efficacement, tout le monde dans le droit chemin. Mais voilà que l’Évangile de ce jour nous indique que cette manière de penser et de faire n’est pas celle de Jésus. Il ne suit pas la voie de l’action intransigeante, voir violente ou radicale et se lance dans ce que nous pourrions appeler une catéchèse.

- Les renards ont un terrier et les oiseaux du ciel ont un nid.

Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête.

- Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père

Laisse les morts enterrer leurs morts

- laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison

Celui qui regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu.

Expliquons.

Le Fils de l’homme, c’est-à-dire, le personnage divin n’est pas limité à un espace terrestre. Il ne se repose pas sur les lois de la terre, mais sur la réalité de la sainteté et de l’amour de Dieu. Il n’a pas à faire triompher un bon ordre social, mais à conduire tout son être dans la volonté de Dieu. Il n’est pas un chef théocratique qui dirige les hommes au nom de Dieu, exterminant les mauvais selon son jugement, mais, le divin l’habitant de plus en plus, il conduit de l’intérieur les gens à qui il s’adresse. C’est parce que l’Amour absolu de Dieu l’habite (attitude mystique) qu’il est apte, sans violence, à conduire à la vérité. Il convertit sans condamner. Il me semble que dans cette attitude pastorale se trouve la rencontre de l’intransigeance et de la miséricorde qui doit être celle de tout missionnaire, de tout apôtre, de tout militant, et plus fondamentalement encore, de tout parent appelé à élever leur enfant sur et dans les chemins christiques de l’Évangile.

La vérité et la vie résident en Dieu. C’est lui qui en est la source. Alors, quand on se tourne vers lui, vérité, justice, fraternité, respect d’autrui se réalisent sur terre. On marche dans et vers le Royaume. Telle est la vie que Christ nous donne.

Autrement dit, suivre le Christ et annoncer le règne de Dieu est la démarche, l’éducation qui introduit l’être humain dans la vie.

Suis-moi, a dit Jésus.

Les apôtres sont initiés à ce mode d’action et nous à leur suite. « Suivons quotidiennement le Christ dans cette montée vers Jérusalem ; non pas l’ancienne, mais la nouvelle. Elle est la ville éternelle de la Transcendance, la cité de la Vie et la terre des sillons sacrés de Dieu » (André Sansfaçon).

Voir sur le site de la paroisse de Lyon, St Polycarpe

 


Publié dans Anthropologie

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visit here 25/09/2014 13:51

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