Entretien de Radio Vatican avec Serge Latouche qui pense (pensait 2010) qu'au Vatican la prédominance de la doxa économique l'emporte sur la doxa évangélique

Publié le par Michel Durand

arton698-58e88.jpgSerge Latouche écrivait en août 2010, dans Le Monde diplomatique :

« Aux yeux de certains religieux (Alex Zanotelli, Achille Rossi, Luigi Ciotti, Raimon Panikkar, sans oublier les tenants de la sulfureuse théologie de la libération), ou à ceux d’Ivan Illich ou de Jacques Ellul, la société de croissance apparaît condamnable pour sa perversité intrinsèque, et non en raison d’éventuelles déviations. Cependant, la doctrine vaticanesque n’emprunte pas cette voie. Ni le capitalisme, ni le profit, ni la mondialisation, ni l’exploitation de la nature, ni les exportations de capitaux, ni la finance, ni bien sûr la croissance et le développement n’y sont condamnés en eux-mêmes : leurs « débordements » seuls sont coupables.

Ce qui frappe, c’est la prédominance de la doxa économique sur la doxa évangélique. L’économie, invention moderne par excellence, est posée comme une essence qu’on ne peut questionner. « La sphère économique n’est pas éthiquement neutre, ni par nature inhumaine et antisociale » (p. 57). De là, il découle qu’elle peut être bonne, de même que tout ce qu’elle implique. Ainsi, la marchandisation du travail n’est ni dénoncée ni condamnée. On rappelle que Paul VI enseignait que « tout travailleur est un créateur » (p. 65). Est-ce vrai pour la caissière de supermarché ? Cela sonne — est-ce un hasard ? — comme l’humour involontaire et sinistre de Staline qui disait : « Avec le socialisme, même le travail devient plus léger. »

 

Et voilà que Radio Vatican diffuse un entretien de Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’université d’Orsay, objecteur de croissance, auteur notamment de l’ouvrage Le Temps de la décroissance (avec Didier Harpagès), Thierry Magnier, Paris, 2010. Auteur également de Petit traité de la décroissance sereine, Mille et une nuits, 2007*

Radio Vatican ; dossier : La décroissance ou "l'après développement" . Voir ici

Avec la crise économique, nombre d’observateurs et d’analystes élaborent conjectures et solutions. Régulation plus forte, fin prochaine du capitalisme, nationalisme exacerbé... une analyse semble attirer l’attention des médias plus que d’autres : la décroissance. L'« après-développement » est la solution la plus durable pour certains, mais elle a ses détracteurs, ceux notamment qui pensent que la décroissance est synonyme de récession. C'est faux, se défend Serge Latouche, professeur émérite à l’université Paris-Sud, principal théoricien de la décroissance 
Serge Latouche est auteur de « Vers une société d’abondance frugale, contresens et controverse sur la décroissance ». Dossier réalisé par Thomas Chabolle.

 

 

* La décroissance n'est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler "d'a-croissance", comme on parle d'athéisme. C'est d'ailleurs très précisément de l'abandon d'une foi ou d'une religion (celle de l'économie, du progrès et du développement) qu'il s'agit. S'il est admis que la poursuite indéfinie de la croissance est incompatible avec une planète finie, les conséquences (produire moins et consommer moins) sont encore loin d'être acceptées. Mais si nous ne changeons pas de trajectoire, la catastrophe écologique et humaine nous guette. Il est encore temps d'imaginer, sereinement, un système reposant sur une autre logique : une "société de décroissance".

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