Est-il possible de laisser rouiller en paix dans un coin la grande usine à gaz du Vatican, de repartir à zéro avec les mots de l'évangile ?

Publié le par Michel Durand

Robert, prêtre ouvrier en retraite active, du Prado, toujours attentif à ce qui se vit et se dit, communique sur internet de nombreux textes ; ceux qu’ils jugent comme très important à lire.  

Jacques-Noyer-copie-1.jpgJe vous transmets aujourd’hui, une Tribune parue dans Témoignage Chrétien le 3 octobre 2013. Son contenu me semble bien s’incérer dans la ligne des postes précédents.

Mgr Jacques Noyer, conscient que l'Église ne peut bouger en un jour, même avec ce pape qui étonne, aperçoit une « espérance remise en marche ».

 

François, le dernier des papes ?

 « François anticipe dans sa personne une forme eschatologique d'existence, qui en tant que forme générale de vie, appartient encore à l'avenir. » Ceci est une citation de Benoît XVI ! ou plutôt de Joseph Ratzinger quand il n'était que théologien. Je vous précise tout de suite qu'il s'agit de François d'Assise vu par saint Bonaventure et non pas du Pape François annoncé par son prédécesseur.

En le voyant quitter les apparats de Souverain Pontife, comme le premier François rendait sur la place d'Assise ses vêtements de bourgeois à son père, on pourrait le penser. Un pape qui souhaite « bon appétit » à ses interlocuteurs, un pape qui paye sa note d'hôtel, un pape qui voyage son bagage à la main, un pape qui parle de rejoindre les pauvres et les périphéries et qui va à leur rencontre à Lampedusa...

Pendant des mois, je restais bouche bée devant tant de surprises. Nous avions des idées sur l'avenir de l'Église, sur les qualités souhaitées pour le nouveau pape, sur la priorité des réformes à entreprendre. Mais nous n'avions pas prévu cela : un pape qui ne joue pas au pape !

J'attendais ce qui allait se passer : une fin du monde ? En étions-nous aux derniers jours de l'Église quand s'ouvre le Royaume de Dieu ? Hélas, mon âge ne me permet plus de voler facilement dans l'enthousiasme de l'Apocalypse. Je voyais cette Église, son poids, ses habitudes, ses certitudes. Je savais son inertie. Comment ce papillon-là pourrait-il réveiller la baleine ? Je me demandais s'il était possible peut-être de laisser rouiller en paix dans un coin la grande usine à gaz du Vatican et de repartir à zéro, avec les mots de l'évangile. Notre Église serait-elle capable de muer comme un serpent qui abandonne sur place sa carapace encombrante ? À notre pape, il suffit d'une place vide où donner rendez-vous à tous les assoiffés de la Bonne Nouvelle.

L'espérance

Bon ! Je sais que je rêve. On n'efface pas d'un coup le poids de mil ans de chrétienté. Il y a les ambassades. Il y a des cardinaux. Il y a des policiers. Il y a des gardes suisses. Il y a des finances. Il y a des bureaux. Il y a la curie. Alors je me demande s'il saura, avec son sourire désarmant, transformer le décor qu'il ne peut effacer. On a déjà vu quelques gestes prophétiques. On a vu la différence entre un pasteur soucieux des personnes et un docteur soucieux d'un discours. On a entendu l'appel à rejoindre les périphéries au lieu de s'assembler docile autour du centre. On a vu la priorité d'une attention à tous ceux que ce monde ne veut pas voir. On attend des mots neufs, des images inattendues, des gestes improvisés. On commente, on s'amuse... Mais les médias ne voient que des opérations de communication plus ou moins habiles. Dans l'Église, il n'y a pas la révolution. On a changé les portraits dans les sacristies. Mais tout continue comme avant. Du reste, ce serait faire injure au nouveau pape d'imaginer qu'il puisse vraiment dire autre chose que ses prédécesseurs. Qui oserait appliquer la consigne du Pape François aux jeunes : mettez de la pagaille dans tout cela ?

Pourtant je ne parviens pas à me résigner à ce pessimisme confortable. Les grandes révolutions demandent du temps. Il faut qu'elles se cassent les dents sur l'habituel. Il faut qu'elles rongent, qu'elles sapent, qu'on les croie étouffées pour qu'un jour les grandes institutions s'effondrent. M'est-il permis de croire en l'Esprit de Dieu qui renouvelle ainsi la face de la terre ?

Je sais déjà que des hommes et des femmes découragées par l'immobilisme de l'Église reprennent un peu confiance. Des initiatives presque clandestines osent doucement se manifester. Les évêques qui avaient cru faire plaisir au pape en lançant des chrétiens dans la rue pour défendre la morale voient peut-être aujourd'hui que le pape attend d'eux d'autres démarches envers les pauvres.

On est toujours dans l'attente. Attente de nouvelles initiatives du Pape pour approfondir la remise en cause de la pseudo-chrétienté du Pouvoir. Attente d'un écho plus clair de cette parole neuve dans les rouages compliqués de l'Église Attente aussi des réactions qui ne manqueront pas de soulever tous ceux qui ont leur sécurité dans les institutions du passé. Attente surtout que le désir d'avancer sur les chemins de l'évangile soit permis et encouragé. Jamais la tête n'avance sans les pieds !

Il est beaucoup trop tôt pour chanter l'Alléluia du dernier jour. Mais l'espérance déjà s'est remise en marche.


JACQUES NOYER, évêque émérite d'Amiens 

 

(1) La théologie de l'Histoire de saint Bonaventure, Joseph Ratzinger, PUF, page 81.

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Denis Garnier 14/01/2014 16:32


Cette question de la fécondité des femmes africaines est LA problématique du XXIème siècle. Il faut savoir qu'en 2100, à lui seul, ce continent aura autant d'habitants que la planète toute
entière en 1974, année ou vous (sans doute) et moi (c'est sûr) étions déjà nés...


Quatre millards d'humains sur un seul continent, alors que c'est sans doute la quantité maximale que la planète peut accueillir dignement : voilà une hérésie, au sens écologique du terme...


Si tant est que vous admettiez, comme moi, que la finalité première de notre espèce est de survivre le plus longtemps possible (le soleil lors son expansion ultime étant la limite maximale), eh
bien nous devons faire notre possible (dans le respect des libertés individuelles s'entend) pour aider nos frères et soeurs africain(e)s à stopper leur démographie galopante.

Michel Durand 14/01/2014 19:32



Il me semble que si l'économisme mondiale respectait les peuples d'Afriques, le joie de vivre serait autre et la démographie équilibrée. N'est-ce pas l'absence de limite à l'économie qui engendre
ce déséquilibre démoraphique.


JE vous donne à lire ce § sur la décroissance : un concept à la fois politique, économique et social selon lequel l'accroissement
permanent de la démographie mondiale et la croissance économique censée en découler, ne sont pas des bienfaits pour l'humanité, mais
représentent des dangers pour la paix, voire, dans les prévisions les plus pessimistes, pour la survie de l’Homo sapiens en tant qu'espèce, ce qui l'oppose au développement durable. Soutenu notamment par certains mouvements anti-productivistes, anti-consuméristes et écologistes, ce concept de « décroissance » est occasionnellement complété par des adjectifs tels que
« soutenable » ou « convivial ». Une autre appellation, plus récente, est « objection de croissance ».



France 12/01/2014 23:23


Un argument qui vient de l’influence occidentale n’est pas à réfuter en tant que tel : sinon, il faudrait aussi réfuter les autres influences occidentales, à commencer par les missions
chrétiennes et leurs dispensaires dont l’importation massive a déséquilibré l’équilibre entre la population africaine et son environnement (et aussi sur d’autres continents) .


 


D’autre part, si ce souci d’éviter une explosion démographique vous paraît terriblement occidental, c’est que vous ignorez les nombreuses prises de conscience des responsables politiques et des
intellectuels des pays du Tiers Monde, en particulier en Afrique :


 


Par exemple :


 


au Burkina Faso : http://www.youtube.com/watch?v=kYHR-0D8dVI


 


Au Sénégal :
http://www.lesoleil.sn/index.php?option=com_content&view=article&id=34956%3Aprogression-des-prevalences-contraceptives-le-leadership-du-senegal-en-afrique-de-louest-francophone-magnifie&catid=140%3Aactualites


 


 


Au Bénin : http://news.acotonou.com/h/3205.html


 


 


au Botswana : http://www.bomwasi.net/?p=3149


 


 


au Malawi : http://www.demographie-responsable.org/surpopulation/demographie/malawi-987654321.html


 


au Nigeria : http://www.voanews.com/content/nigeria-birth-control-debate/1275536.html


 


 


en Tunisie : http://www.tunisie-news.com/international/dossier_258_il+faut+changer+notre+mode+vie+pour+sauver+terre+-+par+najeh+dali.html


 


Au contraire, en Europe et en France en particulier, on continue béatement de se réjouir de la croissance de la population, et on continue d’encourager
financièrement les familles à avoir trois enfants et plus. On aimerait parfois que nos dirigeants français aient la sagesse de Madame Chantal Compaoré (Burkina Faso) !


 


D’après l’OMS,


« On estime à 222 millions dans les pays en développement le nombre de femmes
qui souhaiteraient éviter ou espacer les grossesses mais qui n’utilisent aucune méthode de contraception, notamment pour les raisons suivantes:


choix limité des méthodes;


accès limité à la contraception, en particulier chez les jeunes, les groupes de population les plus pauvres ou les couples non mariés;


crainte ou expérience d’effets secondaires;


opposition culturelle ou religieuse;


médiocre qualité des services disponibles;


obstacles fondés sur le sexe.  »


http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs351/fr/


 


Si dans le monde, les pays les plus pauvres, et en particulier en Afrique, ont des taux de natalité explosifs, c’est surtout dû à un statut d’infériorité dont
souffrent les femmes, avec comme corolaires, la faible scolarisation, la soumission, la non égalité des droits, des violences sexuelles rituelles (excision), l’enfermement à la maison ou sous un
voile, et des mariages forcés pour des filles trop jeunes.


 L’éducation des filles est  un enjeu vital pour la planète, il est indissoci

Michel Durand 14/01/2014 19:22



Merci de permettre une approche documentée du problème. Je n'ai certes pas les compétences requises pour argumenter davantage. A la source de toutes réfléxions, je place l'idéologie des pays
industrialisés qui croit que le progrès est toujours possible. Alors que certains disent pas de limites à l'économie, ils prônent la limite des naissances. En fait les contextes ne sont pas
identiques.



France ANDRIGHETTO 21/12/2013 22:44



Il y a une révolution qui malheureusement n'est pas encore près d'arriver, et pourtant elle serait de toute première importance pour l'humanité, à l'heure où presque toutes les ressources
naturelles s'épuisent : le Pape a le pouvoir de réduire considérablement la misère dans le monde, sans que ça coûte un sou aux finances du Vatican :
il suffirait qu'il encourage l'utilisation du préservatif et des autres moyens contraceptifs, au lieu de les interdire.

Quand je dis "interdire", je pèse mes mots : si cette interdiction est peu influente en Europe, il ne faut pas oublier que toute oeuvre caritative perd son label "catholique" si elle fait un
tant soit peu la promotion ou la distribution des moyens contraceptifs. J'ai encore lu cela dans une revue catholique qui traînait chez ma mère : une note du Vatican rappelait cette exigence
aux différents organismes caritatifs catholiques. 

Quant il s'agit des nombreux dispensaires catholiques en Afrique, essentiellement tournés vers une meilleure santé des enfants et donc de la baisse du taux de mortalité infantile, si aucune
planification familiale n'y est associée, on abouti à une explosion démographique, et à un doublement ou triplement des problèmes à chaque génération , on enfonce la population dans une misère
croissante et de plus en plus difficilement réversible, soit tout le contraire du but recherché !  La modération démographique, la famille volontairement restreinte et la contraception ne
sont pas contraires à l'Evangile, au contraire, comme le montre ce texte : http://www.demographie-responsable.org/surpopulation/demographie/religions.html





Michel Durand 11/01/2014 19:23



Certes, il importe de connaître le type d'arguements que vous présentez. Ils viennent généralement de l'influence occidentale. Il me semble que nous devons croisez vos propos avec d'autres et on
observera que la question ne se pose pas autant en termes quatitatifs.


A suivre donc...