ÉTIQUE

Publié le par Michel Durand

 

Mon duvet, mon bon gros duvet ne me servait donc plus à rien et il était de plus en excellent état, alors, j’ai bien vite eu l’idée de le déposer dans l’usine, en bordure d’un bureau.

 

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C’était il y a trois ou quatre ans… l’hiver avait été bien froid. Allant faire mes courses une ou deux fois par semaine, le long de la rue Pierre Courtade à Fontaine j’avais remarqué la présence de personnes qui avaient trouvé un abri de fortune dans une usine désaffectée. C’était une usine ou plutôt des bureaux, saccagés, ouverts aux quatre vents, sans plus aucuns meubles, vitres ou portes, et là « logeaient » donc une famille originaire de Roumanie, peut-être même deux ou trois… À cette époque, j’avais déjà pas mal raccroché en matière de montagne : je ne pratiquais plus la randonnée, ou presque, enfin, je ne me lançais plus à dormir dans la neige par des condition parfois difficiles ; mon duvet, mon bon gros duvet ne me servait donc plus à rien et il était de plus en excellent état, alors, j’ai bien vite eu l’idée de le déposer dans l’usine, en bordure d’un bureau. Je l’ai fait, et puis je n’y ai plus pensé. Quelques jours ont passé… et je remarquais que le duvet n’avait pas bougé – mais vraiment pas bougé. Les sans-logis venaient pourtant toujours trouver refuge pour la nuit dans les lieux, mais ils avaient délibérément décidé de ne pas utiliser ce duvet mis à leur disposition. Sur le moment, je n’ai pas compris. J’ai donc, après quelques de temps, récupéré mon sac de couchage, et c’est un peu plus tard que j’ai vraiment compris, que j’ai réellement compris ce qui avait pu se passer… compris que les personnes pauvres ou bien très pauvres peuvent avoir parfois, et même souvent, un grand sens du respect – une étique – ; pour elles, pour cette ou ces familles qui passaient la nuit là, dans les conditions qu’on imagine, eh bien ce sac pouvait bien appartenir à un autre, à un autre pauvre, à une autre personne démunie et sans aucun domicile… un sac qui aurait été déposé là pour un temps par un inconnu de passage – alors, elles se sont bien gardé d’utiliser ou de prendre ce qui pouvait appartenir à un autre sans logis : c’est ainsi, c’est ce que j’ai compris par la suite… Quand on écouteras d’avantage les pauvres, quand on leur laissera réellement, effectivement, concrètement, la possibilité de nous enseigner sur la vie, sur l’entraide, sur le respect, sur le partage, sur l’amitié et sur l’amour, alors notre société, malade et parfois vérolée, aura vraiment fait un grand pas, un grand pas en avant – un pas que vous ne pouvez peut-être même pas imaginer tant il peut vous emmener sur bien d’autres Contrées !...

Je vous salue bien.

 

Jean-Marie Delthil. 4 mars 2010.


Publié dans J. M. Delthil

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