Evangile et sacrements

Publié le par Michel Durand

Le christianisme n’est pas une morale, mais un art de vivre où, disposé à recevoir en soi la force du Ressuscité, on se construit (on est construit) pas à pas jusqu’à recevoir la ressemblance avec Dieu. « Soyez parfaits comme mon Père céleste est parfait », dit Jésus.


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Quand des parents demandent le baptême pour leur bébé, alors qu’ils n’ont pas complété leur propre baptême par le sacrement de la Confirmation (la Chrismation), et qu’ils ne souhaitent pas vivre le sacrement du mariage, j’essaye de réfléchir avec eux sur la place des sacrements dans leur vie chrétienne, la vie des baptisés.

Cela donne des échanges sincères très intéressants. Est-ce que cela va plus loin ?

 

Dans le cadre d’un approfondissement de la lecture de l’Évangile de Jean, des membres de « Reliance » (divorcés remariés souhaitant vivre à fond les sacrements), m’ont incité à formuler des questions qui aident à se situer personnellement avec la lecture des Évangiles

 

Voilà ces questions :

Faut-il lire les synoptiques plutôt que l’évangile de Jean ?

Pour choisir, ne faut-il pas d’abord s'interroger sur la différence entre les synoptiques et Jean ?

Quand je suis face à Mt, Mc, Lc (les synoptisues) quel regard suis-je invité à porter sur le Christ ? En quoi ce qu'il est, dit et fait, me touche ?

Est-ce un appel à imiter tout ce qu'il est ?

 

Quand je lis Jean, quels sentiments sont éveillés en moi à l'écoute des paroles  prononcées par le Christ ?

À quoi suis-je invité face au témoignage de ses actions ?

 

Jésus a vécu dans la durée de l'histoire. Seigneur, Christ, il (Jésus-Christ) transcende le temps. 

Quelle est ma perception  du Ressuscité et de la résurrection ?

En quoi ma référence à Dieu, mon attachement au Créateur de l'univers est-il modelé par ma communion au Ressuscité ?

 

Et que dire sur notre rôle de baptisé dans le monde d'aujourd'hui à la lumière de cet évangile de Jean ?

 

Évangile selon saint Jean (6, 44-47) " Celui qui croit en moi croit à la vie éternelle "

Évangile selon saint Jean (4, 5-14) " Donne-moi à boire... "

Evangile selon saint Jean (7, 37-39) " Des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur "

Évangile selon saint Jean (19, 31-35) " Afin que vous croyiez vous aussi "

 

 

Enfin, j’ai trouvé ce texte de José Lavaud qui me semble très intéressant :

 

Approche paulinienne et approche johannique du baptême chrétien

 

Saint Paul, lorsqu’il écrit aux chrétiens de Galatie, s’élève contre la pente naturelle de ces églises naissantes : la recherche d’un salut individuel, par l’intermédiaire des pratiques du culte, ou d’expériences spirituelles extraordinaires. Contre l’individualisme, l’apôtre défend l’esprit communautaire, l’engagement dans l’histoire, pour édifier le corps du Christ, l’Église tout entière, c’est-à-dire les chrétiens vivants de Jésus-Christ. Le baptême signifie donc cette entrée dans un dynamisme nouveau qui nous engage dans une communion plus fraternelle. Pour que l’Église soit vivante, il faut que chacun puisse pour son compte et à sa place, développer en lui la grâce offerte au baptême. Le baptême n’est donc pas, comme étaient enclins à le penser les chrétiens de Corinthe, un titre de sécurité, une sorte d’assurance, ou de dispense qui nous permettrait de vivre désormais, dans une sorte de mystique non éprouvée par la vie quotidienne ; le baptême n’est donc pas le sacrement des bras croisés, le fait pur et simple du baptême ne garantit rien du tout, à l’inverse de l’acte magique, qui lui prétend modifier comme par enchantement l’être sur lequel il s’exerce. Le sacrement ouvre à un avenir nouveau, c’est précisément le chemin du Christ. Saint Paul l’explicite dans la lettre aux Romains, il s’agit d’aller à la suite du Christ, cheminer avec le Christ qui est crucifié par le péché du monde et qui ressuscite à une vie nouvelle.

Vivre en fils de Dieu, vivre en frères les uns des autres, est davantage une tâche à réaliser qu’une réalité qui serait achevée, accomplie (Romains, 6, 3-4).

Il s’agit donc de réaliser dans notre histoire personnelle ce que l’on a reçu au jour de notre baptême. Le salut du nouveau baptisé ne peut être privé. Il y a au plus profond du baptême, une dimension communautaire et universelle.

Le baptême n’est donc pas le sacrement des bras croisés ;  le sacrement ouvre à un avenir nouveau.

 

Saint Jean présente en contrepoint une note complémentaire dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il ne faudrait pas penser en effet que le salut chrétien engagé par le baptême se réduit au seul horizon de l’histoire humaine. Saint Jean met l’accent sur la relation dans l’Esprit avec le Christ vivant. Par là il met en lumière l’origine et l’élan du devenir chrétien. Il veut écarter ainsi toute réduction simplement humaniste du baptême. Nul ne peut en effet voir le Royaume de Dieu s’il ne naît d’en haut : « en vérité, en vérité je te le dis, déclare Jésus à Nicodème, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Nicodème lui dit : comment un homme peut-il naître étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? Jésus répondit : en vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître de l’eau et de l’esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » (Jean, 3, 3-5).

C’est dire encore que sans l’illumination divine de l’Esprit Saint, l’esprit humain n’atteint pas sa pleine destination. Le baptisé est donc cet être nouveau, qui habité par l’esprit du Christ, est appelé selon son charisme propre, à bâtir le Corps dont le Christ est la tête. Mais il ne le peut, et c’est là l’enseignement essentiel de saint Paul, ni dans une fuite hors de l’histoire, ni, selon l’écueil inverse, dans un enlisement activiste et volontariste, qui n’aurait d’autre horizon que l’histoire des hommes, et c’est là l’enseignement essentiel de saint Jean, lorsqu’il nous rappelle que le baptême est à revivre toujours et à nouveau dans la prière et le sacrement de pénitence, c’est-à-dire dans la conversion au seul Seigneur du monde et de l’histoire.

José LAVAUD

Publié dans évangile

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