Gaudium et spes : une espérance pour demain

Publié le par Michel Durand

En prolongement de la méditatio d'hier

Texte publié dans le quotidien La Croix.

Je souligne les passages qui concernent directement la recherche de Chrétiens et Pic de Pétrole.

 Alain Thomasset, jésuite, Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris.


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La mort du P. Jean-Yves Calvez, jésuite, survenue en janvier dernier, nous a fourni une occasion supplémentaire de relire la constitution conciliaire L'Église dans le monde de ce temps (Gaudium et spes), et plus particulièrement le chapitre sur la vie économico-sociale dont il fut l'un des rédacteurs. Quarante-cinq ans après le Concile, sa lecture se révèle d'une étonnante actualité, surtout lorsqu'on songe à la crise économique, financière et écologique actuelle.

L'une des originalités de ce texte est qu'il est l'un des premiers à faire du « développement » l'axe central de sa réflexion. Jean XXIII dans Mater et magistra (1961) parlait encore de « croissance » et appelait à plus de justice dans ce processus. Le Concile, quant à lui, veut insister sur le fait que le processus économico-social n'est pas simplement un accroissement des richesses produites mais aussi une transformation des relations entre les hommes. D'où son attention aux multiples dimensions humaines concernées (matérielle certes, mais aussi sociale, culturelle, spirituelle).

En rappelant que « c'est l'homme qui est l'auteur, le centre et le but de toute la vie économique et sociale » (n° 63), le Concile propose quatre principes pour guider le développement. En premier lieu, celui-ci doit contribuer au développement de tout l'homme, il est pour l'homme dans son intégrité (n° 64). Le second principe qui lui est lié est que le développement doit demeurer « sous le contrôle de l'homme » (n° 65). Une telle exigence suppose de ne pas se laisser prendre à des enchaînements irréfléchis dont nul ne mesure les conséquences. Songeons aujourd'hui aux répercussions proprement incontrôlables des « subprimes » et des investissements spéculatifs aux conséquences désastreuses. Cela suppose aussi qu'on ne se laisse pas séduire par ceux qui prétendent que les lois de l'économie pour être bénéfiques ne doivent pas être contrôlées. Le troisième principe dit la nécessité d'un développement pour tout homme et toute nation « sans distinction de race et de continent » (n° 64). Constatant de graves inégalités économiques et sociales, le Concile observe qu'elles s'accompagnent de discriminations et appelle à « mettre un terme à ces immenses disparités » (n° 66). Le dernier principe appelle à faire du développement un devoir de tout homme. À chacun de mettre en œuvre ses capacités, ses ressources au service de tous.

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Mais au-delà de cette mise en perspective du développement dont la pertinence ne saurait être déniée, les pères conciliaires précisent quelques éléments directeurs de toute vie économique dont l'actualité n'a pas vieilli d'un pouce ! Tout d'abord, selon eux, le travail « passe avant les autres éléments de la vie économique, qui n'ont valeur que d'instruments » (n° 67). Expression de la personne humaine dans sa liberté, facteur de vie sociale, le travail est aussi la participation à l'œuvre créatrice de Dieu, il doit donc passer avant toute chose. Jean-Paul II dans Laborem exercens dira même qu'il faut établir la « priorité du travail sur le capital ». Qui prétendrait, en ce temps de chômage, que des réformes ne s'imposent pas dans ce sens ? Par ailleurs, pour les pères conciliaires, l'entreprise étant une unité où tous les intéressés, travailleurs ou non, sont des « associés », « il faut promouvoir la participation active de tous à la gestion des entreprises » (n° 68). Et cette participation concerne non seulement la gestion sociale mais aussi la gestion économique. Là aussi cette idée, potentiellement révolutionnaire, reste loin d'être mise en œuvre aujourd'hui. Enfin, en rappelant la destination universelle des biens de la terre par le Créateur « à destination de tous les hommes et de tous les peuples », le Concile appelle à une répartition équitable de ces biens selon la justice. Il en tire la conclusion que l'homme, « dans l'usage qu'il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu'il possède légitimement comme n'appartenant qu'à lui, mais les regarder aussi comme communes » (n° 69). À l'époque le Concile en tira quelques conséquences, notamment sur la nécessité de réformes agraires en Amérique latine. Aujourd'hui, ce principe peut beaucoup nous aider dans la réflexion sur l'écologie, si on l'applique non seulement dans son extension géographique (envers tous les hommes et tous les peuples) mais aussi dans sa dimension historique (envers les hommes de l'avenir). Ainsi Benoît XVI, dans son message pour la paix le 1er janvier dernier, faisait ce prolongement : « L'usage des ressources naturelles devrait être tel que les avantages immédiats ne comportent pas de conséquences négatives pour les êtres vivants, humains et autres, présents et futurs ; que la sauvegarde de la propriété privée ne fasse pas obstacle à la destination universelle des biens ; que l'intervention de l'homme ne compromette pas la fécondité de la terre, pour le bien d'aujourd'hui et celui de demain ».

Comme le disait Paul Ricœur, les utopies de demain sont souvent alimentées par les attentes inaccomplies des hommes du passé. Sur le développement intégral, la priorité du travail, la régulation économique, la participation de tous et la destination universelle des biens, le Concile ne cesse de nous inspirer pour imaginer et réaliser une société plus juste « à la lumière de l'Évangile ». Gaudium et spes reste une espérance pour demain.

 

THOMASSET Alain

 

Publié dans Anthropologie

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