Hymne au silence

Publié le par Michel Durand

Beaucoup de gens s’interrogent sur le sens et la qualité du silence au cours des Cercles de Silence qui se tiennent une fois par moins dans de nombreuses villes de France en solidarité avec les migrants dits « sans papiers ». Un participant m’a passé ce texte, une méditation sur le silence.

 

CDS à Strasbourg


Le silence me fait penser que chaque mot a son histoire, un aujourd'hui et un demain.

Un mot provoque une réaction immédiate ; pourtant, il arrive fréquemment qu'un mot soit « créatif » et ouvre des horizons nouveaux, engendre un avenir. Mais pour qu'il puisse devenir semence, il a besoin de silence.

Le silence me permet de comprendre que la valeur d'un mot ne s'exprime pas seulement par son sens et sa définition, par le « quoi ». Le « comment » est souvent plus important : comment est-il compris ? Et qui est la personne qui parle ainsi ? Le silence me rend capable de saisir le sens d'un mot et de comprendre le cœur d'une personne.

Lorsque je réfléchis dans le silence, je prends conscience que de ma bouche et de mon cœur peut sortir le mal. Dans le silence, je deviens capable de pardonner le mal que l'on m'a fait.

Le silence me rappelle que je serais plus libre aujourd'hui si je n'avais pas hier parlé de façon irréfléchie, et que toute parole irréfléchie d'aujourd'hui risque de m'enchaîner demain.

Le silence me remet en mémoire que le fait de répéter simplement les paroles et les écrits d'autrui risque de m'engloutir comme une avalanche. Le silence me permet de respirer profondément.

Le silence exprime souvent mieux que la parole la solidarité avec la souffrance d'autrui.

Dans le silence, j'entends l'invitation : « Tu peux y aller, car tu es aimé ».

Le « tu dois » n'est pas la forme originelle de l'invitation à marcher à la suite de quelqu'un.

Le silence est semblable à un cocon dans lequel grandit un papillon. Il est pareil au nuage au sein duquel se produit la foudre.

Faire silence est le respect du mot juste plus encore que du mot exact ; c'est la source d'idées neuves, le terrain fertile qui renouvelle l'enthousiasme.

Le silence m'exhorte à tenir compte de mes propres limites avant de considérer celles des autres.

À travers le silence, je perçois l'invitation à engager un face à face avec moi-même, à écouter la voix de mon cœur et à la laisser se transformer en mélodie à laquelle d'autres pourront joindre leur voix.

Dans le silence, ma tristesse devient sérénité et se transforme en énergie nouvelle. Dans le silence, mes ténèbres se changent en rires, mon mutisme en Action de grâces, et ma stupéfaction en prière d'espérance.

 

Frère Hermann SCHALÜCK, franciscain


Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article