Il est plus que nécessaire que nous adoptions un mode de vie sobre. « La décroissance ou le clash !

Publié le par Michel Durand

« Jérémie reviens ! Ils sont devenus fous ! »

 

Parce que, me semble-t-il, nous avons glissé nos références informatiques dans « facebook », j’ai reçu, il y a quelques semaines un courriel d’Emmanuel Lafont. Il devait avoir lu quelques pages de ce blog notamment dans la catégorie intitulée « chrétiens et pic de pétrole ».


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Facebook, twitter et autres réseaux sociaux ? Je les utilise. En même temps, sans prendre les moyens de combler mon manque, je regrette de ne pas en saisir la philosophie fondamentale, donc je demeure dans l’ignorance tenace des principes de fonctionnement. Mais je suis heureux que cela m’ait mis en correspondance avec l’évêque de Cayenne.

Je connais Emmanuel, certes par sa notoriété de curé de Soweto, mais aussi, et surtout par les années passées ensemble au séminaire français de Rome. Plus jeune que moi, il était plus avancé dans les études. Il est vrai, comme il l’écrit dans « Jérémie reviens », qu’il n’avait que dix-sept ans le 11 octobre 1962, alors qu’il entendait Jean XXIII prononcer le discours d’ouverture du concile Vatican II.

Quelques années après, je me rappelle que, séminaristes, nous voulions communautairement rédiger un texte pour l’envoyer au quotidien « le Monde ». Si mes souvenirs ne me permettent pas d’énoncer le contenu de cet article, qui devait vraisemblablement être une contestation ou un appel à un plus, à autre chose, j’ai une nette mémoire de la prise de paroles décisive d’Emmanuel, tard dans la nuit : « ce n’est pas encore mûr, il faut remettre à plus tard ». Sa sagesse l’emporta sur la détermination des plus hardis à vouloir quand même adresser un texte au journal.

J’avais donc sur ce blog posté divers articles parlant du laboratoire organisé conjointement par  Chrétiens et pic de pétrole et l’Espace Saint-Ignace, « quelle société voulons-nous ? L’impact de la pensée de Jacques Ellul ». J’avais parlé du projet du colloque de 2014. J’avais évoqué la phrase de Dominique Bourg indiquant que si l’humanité, plus exactement l’Occident surindustrialisé et les pays émergents qui veulent suivre ce même chemin, ne changent pas de modes de vie, nous plongerons tout droit dans la catastrophe. Il est plus que nécessaire que nous adoptions un mode de vie sobre. « La décroissance ou le clash ! »

 

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Alors, Emmanuel m’écrivit pour me demander si j’avais lu son livre : « Jérémie reviens ! Ils sont devenus fous ! » chez Desclée de Brouwer, témoignage, septembre 2012. Voilà qui est fait. Et j’encourage tout le monde à lire ce rapide et précis témoignage.

Les auteurs cités, les références présentées sont plutôt différents de ce que j’ai l’habitude de lire et citer. Même dans le domaine biblique, je me réfère plus volontiers à Isaïe qu’à Jérémie. Que nos sentiments se rejoignent en ayant bu à des sources différentes est une preuve supplémentaire du bien-fondé de la question posée et de son caractère dramatique. Il est impossible de continuer ainsi. Nous devons révolutionner (convertir) nos comportements sinon ce sera l’Exil, la déportation, l’anéantissement, le clash.

Je pense alors à l’invasion de l’Empire romain par les Barbares. L’évêque d’Hippone, Augustin, se montra complètement incapable de comprendre la  nouvelle situation. Il ne voyait dans ces étrangers prétendus sans culture qu’une fin apocalyptique anéantissant toute vie. Grande lamentation.

Un tournant était à prendre. Les chrétiens de culture gréco-romaine mirent des siècles à s’adapter à la nouvelle donne. Le résultat fut-il le meilleur possible ? Pas si sûr !

Devant le dessin de cette situation apocalyptique où la fin d’un monde se mêle à la fin du monde, j’adopte généralement l’attitude de la prévention. Il faut tout faire pour éviter le pire. Nous en sommes capables. Il faut nous préparer à affronter l’inévitable. Il faut éviter le clash. C’est l’attitude, je pense, de celles et ceux qui, en politique, disent aménager des situations de transitions. On envisage une évolution et non une révolution. On aménage les temps futurs. On se sent capable de ne pas foncer la tête baissée droit dans le mur, de trouver la solution à ces maux qui nous submergent –plus exactement qui écrasent les habitants des quartiers et pays déjà largement engloutis par la crise.

Du reste, laboratoire et colloque que nous organisons, ne sont-ils pas fondés sur l’espérance (la croyance) que l’homme, intelligent et raisonnable, sera capable d’éviter le pire ?

Pour chrétiens unis pour la terre, un carême sans viande ni poisson, serait un début de solution au problème, une conversion intérieure qui d’individuelle deviendra collective et ainsi bouleversera l’économie. Changeons maintenant nos modes de vie et tout ira pour le mieux. Préparons-nous dès maintenant au monde de demain et les situations catastrophiques seront assumées vers un mieux. Politique de transition !

Emmanuel Lafont m’a fait réfléchir sur cet optimisme. En des termes qui lui sont propres, bibliques avec sa relecture de Jérémie, il montre que nous ne subissons pas une crise, laquelle n’est que passagère et ouvre sur un mieux, mais une situation systémique qui ne changera que si nous attaquons les racines de ce système sans avenir. Il cite nos idoles : l’argent, le marché, les actionnaires, les économistes, nos droits, notre corps, ses droits, la consommation, la publicité, l’exploitation…

Appelons chat un chat ; disons ce qui est. L’argent est Satan. Nous en sommes devenus complices. Jérémie dénonce. Pourquoi pas nous aujourd’hui ?

Jérémie ne voit pas d’issue. En voyons-nous ? C’est le clash inévitable ! L’homme doit passer par là pour rejoindre des rives plus raisonnables, plus humaines, plus sociales, plus communautaires, plus fraternelles, plus paisibles, plus proches du Royaume.

Israël ne voyait pas, ne voulait pas voir l’inévitable déportation à Babylone. Nous de même. Emmanuel écrit : « Partageant mes sentiments avec un de mes frères évêques, en août 2011 à Lourdes, je m’attirais cette réponse : “Tu as raison. Notre monde ressemble à un train qui roule à toute vitesse vers une rivière au-dessus de laquelle il n’y a pas de pont. Tout le monde le sait. Personne ne sait comment arrêter le train, et  nul n’a envie de le quitter ».

Désormais, plutôt que de chercher à prévenir afin d’éviter la catastrophe, plutôt que de croire que nous pouvons améliorer la situation, je me demande s’il ne faut pas attaquer de front le dieu argent et ses prêtres. Anéantir ceux et celles qui alimentent l’idée qu’une évolution est possible. « Jérémie ne croit plus à la conversion ; ni au salut, du moins ne l’entrevoient-ils possible qu’après une terrible épreuve ».

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