Illustration pour un "rencontre"

Publié le par Michel Durand

Il me fallait une photo, une illustration qui puisse accompagner le texte ‘RENCONTRE’ que vous avez peut-être lu (daté du 7 janvier 2011 -voir ci-dessous)… alors, ce matin, à huit heures et quelques, dans les rues de Grenoble, l’appareil de photos est dans ma poche… je marche… centre-ville, rue piétonne, l’arrêt de tram Maison du Tourisme est à deux pas, devant l’abri : un couple s’embrasse. Il s’embrasse très très tendrement, de vrais amoureux, incroyable !... L’homme et la femme doivent avoir dans les soixante et même plus tôt soixante-dix ans, ce n’est pas si fréquent, à cet âge — ‘Rencontre’, et comment !! Ils étaient sur le point de se séparer, je m’approche avec beaucoup de tact et de délicatesse…

 

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et il n'y eut pas de photos de la "Rencontre"


— « Excusez-moi… bonjour, voilà… je viens d’écrire un texte sur la rencontre, je suis journaliste, et j’aimerais bien faire une photo pour l’illustrer… »

L’homme et la femme me regardent, interdits, mais tout de même assez ouverts… et moi de poursuivre…

— « Je m’étais dit que de vous voir, comme ça, ça pourrait faire une très belle illustration, si vous en avez envie… », je n’allais bien entendu pas leur demander de s’embrasser de nouveau devant mon objectif, mais d’être là, d’être là, ensemble, tout simplement, l’un à côté de l’autre. L’homme et la femme me regardent, ils ne savent quoi penser, on peut les comprendre aisément finalement… au petit jour d’un samedi, pas un chat dans les rues, un genre de photographe qui vient faire irruption, journaliste qui plus est…

— (la dame) « Vous avez une carte, une carte de journaliste ? », là je vois que c’est fini, que la photo ne sera pas faite… je n’insiste pas…

— (moi) « Non, je suis désolé, je suis journaliste, mais au chômage aussi — je suis plus ou mois au chômage depuis une vingtaine d’années alors je n’ai pas de carte de journaliste ; remarquez, j’ai quand même un genre de carte, une carte d’ANPE » [du Pole Emploi maintenant], je vous cite le dialogue à peu près de mémoire — et j’étais alors, pour tout vous dire plus dépité que provocateur en répondant cela…

La femme me regarde. L’homme me regarde. Nous nous regardons. Plus de mots. Je m’apprête à les quitter, sur la pointe des pieds :

— « Continuez à vous aimer, c’est formidable ça ! Au revoir… »

Je pars, ils se serrent vaguement de nouveau l’un contre l’autre.

C’est à [peu près] gagné.

     Pour eux ?

     Pour moi ?

     Pour vous aussi ?...

 

Jean-Marie Delthil. 8 janvier 2011.

 

 

Pour mémoire : RENCONTRE

Orléans, dans les derniers jours de décembre… je marche sur le Mail – sur le trottoir de ce que les Orléanais nomment le Mail, un boulevard circulaire. Je suis à la recherche d’une adresse, un homme est là, à vingt mètres de moi, il se dirige dans ma direction :

— « Bonjour monsieur — vous êtes du quartier ? »

— « Oui, enfin, plus ou moins… »

Me voilà qui lui expose l’objet de ma demande, il ne connaît pas l’adresse recherchée, et, mais… nous voilà qui nous mettons à parler d’autre chose, je ne puis vous dire exactement de quoi, je ne m’en souviens plus vraiment… l’homme a un beau visage, ouvert, de plus en plus souriant à mesure que la conversation, que l’échange se poursuit, s’approfondit… nous en venons rapidement à évoquer le monde, nos sociétés, la notre en particulier. La solitude aussi, le besoin que nous avons — ou que nous devrions avoir — de communiquer, de communiquer vrai, sans ambages, directement, comme ça, au hasard de nos pas et de nos rencontres. La vie est ainsi faite. Elle est ouverte, terriblement ouverte si je puis dire, et c’est bien ça qui nous fait peur, parfois. Il est toutefois bon de remarquer que la fermeture à l’autre, à son propre univers intérieur également : ce peut être quelque chose de pire… pas toujours au début certes, mais à force…

L’homme que j’ai donc en face de moi est originaire de la région d’Angers, il a quatre-vingt-deux ans, il a perdu sa femme il y a plus de dix ans, sa fille est encore là, dans la région, ils s’aiment bien tous les deux, elle vient le voir souvent — ça lui apporte beaucoup de bonheur ! Puis tout à coup, le regard de mon interlocuteur s’éclaire davantage, un peu différemment, il y a de la lumière (permettez-moi l’expression)…

— « Écoutez monsieur, je vais vous confier quelque chose, vous allez peut-être être surpris que je vous dise ça sans bien même vous connaître… depuis dix ans que je suis ici à Orléans, vous êtes la première personne qui m’a parlé, comme ça, dans la rue !... »

Je n’en reviens pas. Le monsieur ajoute qu’il y aura bien eu au cours de ces dix années passées à Orléans quelques personnes qui lui auront demandé le chemin pour aller ici ou là, mais qu’une personne s’adresse à lui pour obtenir tout d’abord un renseignement banal, et que cela déborde ensuite et se poursuive par une vraie conversation, ouverte, amicale, bienveillante, pleine d’attention et de respect mutuel : ça, ça ne lui était jamais arrivé ici. Et Dieu comme nous étions heureux, lui comme moi, au cours de cet échange !... Un cadeau partagé, surprenant, ayant fait irruption dans la grisaille des jours, un cadeau de fin d’année — quelque chose qui ne s’oublie pas, jamais, qui ne se monnaye et ne s’échange pas bien entendu, ou plutôt si, qui se partage ensuite, qui s’étend, là par mes écrits, et puis par mes futures — et vos — futures rencontres… puissent-elles être inoubliables elles aussi…

Tel est mon souhait à votre égard pour cette nouvelle année !!

 

Jean-Marie Delthil. 7 janvier 2011. 


Publié dans J. M. Delthil

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