Inauguration de la biennale d'art sacré actuel, 2011 - le souffle

Publié le par Michel Durand

2011-0639.jpgPartons à la découverte du souffle. Il vibre dans les diverses créations exposées à notre vue pour que nous décelions le chemin parcouru. Le souffle du souffleur vient en aide aux hésitations qui nous habitent. Et, comme nous ne sommes assurés de rien, en rien nous ne le méprisons, si faible soit-il ; le souffle !

Je reprends, à ma façon, les mots de Jean Sullivan contenus dans le cahier des charges : si l’artiste est un homme de rupture, c’est en réalité pour retrouver une sagesse et un souffle. On aura donc tout intérêt à se tourner vers lui pour repenser à l’importance du souffle spirituel qui donne la vie au corps. Laissons nous traverser par les œuvres comme un souffle dont on ne sent ni d’où il vient ni où il va. C’est comme cela qu’il faudrait entendre l’Évangile… On ne va pas disséquer l’Écriture. On va la prendre comme une parole charnelle qui nous touche, nous bouscule jusqu’à la conversion. Le retournement de soi dans ne transcendance vers l’autre. Un sacrement.


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Rendre visible l’invisible est l’œuvre de l’artiste que nous sommes heureux de suivre, car il nous montre le chemin tracé dans nos bouleversements. Comme chaque biennale, celle-ci nous expose le point de vue d’un grand nombre de personnes sur l’existence. Il n’y a pas de révélation dogmatique qui s’impose avec tout le poids d’une autorité extérieure à soi-même ; mais l’invitation à reconnaître ce que, hommes, nous sommes. Le souffle de la vie est multiple. Il est d’abord biologique. Il anime le corps, le fait vivre, respirer. Il est aussi spirituel, construisant un monde nouveau, tissant des relations interpersonnelles. Il est élévation de la personne, comme nous le disions avec « l’homme debout » en 2006.

Partons à la découverte du souffle, en scrutant les « signes des temps » que les artistes dévoilent de l’existence. Croyant ou non en un Créateur et un Rédempteur, ils nous parlent de l’essentiel de la vie, de l’importance du spirituel, de la force de la rencontre. Nous sommes à leur écoute. Sur les traces plastiques qu’ils offrent à notre vue, se greffe, si le cœur nous en dit, le chemin de l’accès au Royaume universel, l’État du Dieu-Père amour.

Les entretiens que j’ai eus avec les uns et les autres montrent l’ouverture vers le ciel même si ce ciel est plus chargé de questionnement que de certitude. En effet, la tendance à la théologie négative semble l’emporter. Que dire de Dieu, du vrai, du beau, de la résurrection ? Ce que j’en dis doit immédiatement être contredit, parce de la beauté et bonté absolue je n’en sais rien ou si peu. Et pourtant, le petit peu qui est perçu, nous les spectateurs, nous sommes heureux de le percevoir. Merci aux artistes. Je recommande tout particulièrement de parcourir cette exposition en restant longuement devant chaque œuvre et, en portant attention à ce qu’elle nous disent eux-mêmes de leur travail quand ils répondent à la question : « en quoi l’œuvre que vous exposez correspond aux thèmes « le souffle » ? Le catalogue et les enregistrements Mp3 qui seront bientôt disponibles donnent la possibilité d’une visite de la basa en compagnie du créateur.

Revenons sur le mot « souffle ».

Pour certains, il s’agit du souffle de la vie sur terre. Pour d’autres, on est immédiatement conduit dans l’enceinte de l’Esprit Divin. Le souffle qui plane à la surface des eaux et constitue l’univers est le souffle de Dieu que l’Évangile nous montre en compagnie de Jésus. Il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix venue des cieux disait : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le " (Matthieu) ? Le souffle esprit fait grandir l’homme jusqu’en son épanouissement final, le paradis, le Royaume, la résurrection… autant de mots imparfaits qui ont quand même le mérite de montrer un sens, une direction. L’artiste chrétien nous place d’emblée sur ce chemin ; celui qui fait profession de ne pas pouvoir croire en la résurrection ouvre néanmoins la porte du spirituel. À nous d’être attentifs à ces signes des temps. Écoutons, ce qu’une artiste de la Biennale d’art sacré actuel m’a dit : « le souffle de la vie, par l’arrêt de celui-ci conduit au souffle divin ».

Si, en tant que commissaire de cette biennale, j’ai quelques responsabilités dans l’orientation prise, je dirais que j’attends des créateurs non des objets relevant de l’art religieux, tant ceux qui portent à l’acte de piété que ceux qui sont au service de la dérision… j’attends des artistes qu’ils nous donnent à voir, à sentir, ressentir les vibrations du souffle de l’esprit divin en nos corps charnels et spirituels. Rendre visible l’union du souffle incréé et du souffle humain. Mais nous savons que parfois l’art religieux atteint ce but.

Je dis cela en pensant à l’exposition, sous le titre « ainsi soit-il» qui se tient à deux pas d’ici, aux musées des Beaux Arts. Il y a des œuvres d’Henri dont nous avons évoqué la mémoire dans le dernier trimestriel de Confluences. La simultanéité de ces expositions, sans oublier ni la BAC, « une terrible beauté est née », ni la biennale internationale hors les normes, alimente débat que nous aurons le jeudi 24 novembre, ici même à 19 h : « Comment l’art contemporain peut-il être d’Église» ? »

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