Instauration de la fête nationale

Publié le par Michel Durand

Robert Divoux a compléter le texte présenté hier avec ce qu'il a trouvé sur internet. En le lisant je me suis demandé : "que connais-tu du 14 juillet ?"

 

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Devant le renforcement de la majorité républicaine aux élections de 1879, le royaliste Mac-Mahon, découragé, démissionne de la présidence de la République et est remplacé par un vieux républicain modéré, Jules Grévy (1807-1891).

 

 

 

Désormais à toutes les commandes du pouvoir, les républicains prennent simultanément des mesures symboliques :

- transfert du siège des pouvoirs publics de Versailles (1871) à Paris (1879),

- amnistie accordée aux condamnés de la Commune (10 juillet 1880),

- adoption de La Marseillaise comme hymne national (1879)

- et du 14 juillet pour fête nationale (6 juillet 1880).

 

Cette première fête nationale se veut à la mesure de l’événement, à Paris comme en province, mais veille à ménager les opinions locales comme à Angers, dans le Maine-et-Loire, département catholique et conservateur. Le vote pour la « République » a rassemblé les partisans de la liberté et de la laïcité qui veulent établir sans délai l’égalité par le suffrage universel et une véritable souveraineté populaire. Cependant la France de 1880 n’est ni unanime ni paisible, et les nouveaux gouvernants n’affichent pas ouvertement leur doctrine : l’heure n’est pas à la propagande, mais à l’opportunisme républicain.

Partout le programme de la fête adopte le même rituel : concerts dans les jardins, décoration de certaines places, illuminations, feux d’artifice et distributions de secours aux indigents. À Paris doit dominer la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée, à Longchamp.

 

Interprétation :

La République s’implante dans le décor et dans les mentalités. La victoire politique déborde du domaine politico-institutionnel au domaine quotidien et aux représentations populaires et folkloriques. Mais on ne peut alors prévoir jusqu’à quel degré d’extension et, moins encore, pour combien de temps.

Après quatre-vingt-dix ans de bouleversements, c’est bien au triomphe de la Révolution qu’on assiste, mais il se fait sans qu’apparaissent ni les images officielles de la République ni le nouveau président Jules Grévy. La lithographie publiée à Paris exprime la symbolique spontanée de la masse du parti démocratique, tandis que l’affiche d’Angers présente, sous l’égide du progrès et de la neutralité, le programme d’une municipalité républicaine qui ménage les divergences d’opinions.

La victoire républicaine que symbolise Marianne adopte un visage différent selon les contextes : à Paris, sous le bonnet phrygien, c’est une Marianne « de gauche » dans laquelle les élites ne peuvent se reconnaître, tandis qu’à Angers, l’étoile et les lauriers ornent une Marianne « de droite ». Mais le contenu subversif du bonnet s’effacera bientôt, le transformant en emblème commun de la République.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS

 

*  *  *

Victor-Hugo3.jpgVictor Hugo :

Troisième discours au Sénat pour l'amnistie. Séance du 3 juillet 1880

J'appellerai seulement votre attention sur un fait. Messieurs, le 14 juillet est une fête ; votre vote aujourd'hui touche à cette fête. Quelle est cette fête ? Cette fête est une fête populaire. Voyez la joie qui rayonne sur tous les visages, écoutez la rumeur qui sort de toutes les bouches. C'est plus qu'une fête populaire, c'est une fête nationale. Regardez ces bannières, entendez ces acclamations. C'est plus qu'une fête nationale, c'est une fête universelle. Constatez sur tous les fronts, anglais, espagnols, italiens, le même enthousiasme ; il n'y a plus d'étrangers.

Messieurs, le 14 juillet, c'est la fête humaine. Cette gloire est donnée à la France, que la grande fête française, c'est la fête de toutes les nations. Fête unique. Ce jour-là, le 14 juillet, au-dessus de l'assemblée nationale, au-dessus de Paris victorieux, s'est dressée, dans un resplendissement suprême, une figure, plus grande que toi, Peuple, plus grande que toi, - l'Humanité ! (Applaudissement)

Oui, la chute de cette Bastille, c'était la chute de toutes les Bastilles. L'écroulement de cette citadelle, c'était l'écroulement de toutes le tyrannies, de tous les despotismes, de toutes les oppressions. C'était la délivrance, la mise en lumière, toute la terre tirée de toute la nuit. C'était l'éclosion de l'homme. La destruction de cet édifice du mal, c'était la construction de l'édifice du bien. Ce jour-là, après son long supplice, après tant de siècles de torture, l'immense et vénérable Humanité s'est levée, avec ses chaînes sous ses pieds et sa couronne sur sa tête.

Eh bien, messieurs, ce jour-là, on vous demande de le célébrer de deux façons, toutes deux augustes. Vous n'y manquerez certainement pas. Vous donnerez à l'armée le drapeau, qui exprime à la fois la guerre glorieuse et la paix puissante, et vous donnerez à la nation l'amnistie, qui signifie concorde, oubli, conciliation, et qui, là-haut, dans la lumière, place au-dessus de la guerre civile la paix civile. (Très bien ! - Bravos. )

Le 14 juillet a marqué la fin de tous les esclavages. Ce grand effort humain a été un effort divin. Quand on comprendra, pour employer les mots dans leur sens absolu, que toute action humaine est une action divine, alors tout sera dit, le monde n'aura plus qu'à marcher dans le progrès tranquille vers l'avenir superbe.

Messieurs, ce sera un double don de paix que vous ferez à ce grand pays : le drapeau, qui exprime la fraternité du peuple et de l'armée ; l'amnistie, qui exprime la fraternité de la France et de l'humanité.

 

Rendons grâce à la République.

Publié dans Politique

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