Je pense de nouveau à la voie religieuse, spirituelle. Une force intérieure qui propulse vers le changement, le précède ou l’accompagne.

Publié le par Michel Durand

Après avoir, récemment évoqué mon attrait pour les pays sahariens où la rigueur du climat invite à une vie sobre, je me suis rappelé du livre de Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007-2009.  J’écrivais : « Il importe de regarder de près les modes de vie des populations qui n’imaginent même pas qu’un progrès matériel infini soit un but vital à poursuivre » ; tout en précisant que mes pensées à propos de Douiret, relevaient de cette même observation.

 

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Douiret, pression de l'huile d'olive ;
je montrerai bientôt toutes les séquences de la fabrication de l'huile d'olive.


En 2007, Hervé Kempf constatait que la situation écologique empirait à une vitesse telle qu’il devient impossible d’en freiner le cours ; la volonté manque. Il notait aussi que « le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s’arc-boute de manière aveugle contre les changements qu’il est indispensable d’opérer si l’on veut conserver à l’existence humaine sa dignité et sa promesse. »

Que faire pour éviter une catastrophe ?

Actuellement, il semble de plus en plus plausible que la catastrophe se produira. À défaut de l’éviter, pouvons-nous nous préparer à vivre le moins mal possible l’après cataclysme ?

Personnellement, je le pense et je me dis que mes séjours en terre africaine côtoyant avec  le plus de proximité possible les habitants (malgré le luxe qu’il représente dans son déplacement, l’avion), me préparent à cette éventualité. J’accepte toutefois que l’on puisse contredire cette idée en me signifiant que j’entretiens la plus complète des illusions. Bref, dans ces séjours hors ville occidentale, hors conforts standardisés, dans ce retrait du monde technico-industriel, il y a une préparation individuelle, mystique, religieuse dont je parle, me semble-t-il, assez souvent. Un refus du « système piloté par une couche dominante qui n’a plus aujourd’hui d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie ».

Mais, - et c’est là que m’est revenu le souvenir du texte de ce journaliste considéré comme  l’un des journalistes français d’environnement les plus réputés, pour que les décideurs mondiaux ne diffusent plus « dans toute la société une idéologie de gaspillage » - , l’engagement individuel ne suffit pas. À la recherche écologique du bien-être personnel qui peut s’alimenter d’une quête personnelle d’intériorité doit s’ajouter la prise de conscience que le problème dont il est question rencontre des conséquences sociales. Le refus du gaspillage s’accompagne d’un combat contre la pauvreté. « De même qu’il y a, écrit H. Kempf, synergie entre les différentes crises écologiques, il y a synergie entre la crise écologique globale et la crise sociale : elles se répondent l’une l’autre, s’influencent mutuellement, s’aggravent corrélativement ». Connaître le vécu des pauvres n’est-il pas indispensable pour lutter contre les rouages qui engendrent la pauvreté ? Or, nous savons que celle-ci augmente de partout sur la terre comme nous constatons qu’augmentent les revenus des plus riches. Il me semble que l’Église Réformée de France a demandé officiellement que les cadres d’entreprise touchant un salaire trop élevé renoncent à ce dernier. Une voie à suivre.

Autrement dit, quel chemin prendre pour réussir la révolution ?

Je pense de nouveau à la voie religieuse, spirituelle. Une force intérieure qui propulse vers le changement, le précède ou l’accompagne. Pour cela, après avoir nettement contesté le capitalisme, nous ne pouvons guère nous tourner vers le socialisme. Celui-ci, « devenu le centre de gravité de la gauche, est fondé sur le matérialisme et l’idéologie du progrès du XIXe siècle. Il a été incapable d’intégrer la critique écologique » (H. Kempf). On ne le voit pas développer une écologie sociale.

Alors que faire ? Nous devons trouver. Et en cette tâche de découverte, la poésie ne peut suffire. Des penseurs comme Jean-Marie Pelt, très souvent sollicité par les instances chrétiennes catholiques en appellent à la grandeur d’âme d’humanité qui habite en tout homme. Il y a là une belle poésie. Combien insuffisante ! Nombreux textes d’Église demeurent dans ce climat « bien-pensant » alors qu’ils en appellent à la bonne raison humaine, oubliant de combattre ceux qui, dans leurs bureaux climatisés, nourrissent les écarts entre pauvre et riches. Une B.A. catho de suffit pas. L’engagement politique, social s’avère indispensable pour combattre les méchants qui refusent de voir la réalité paupérisante engendrée. L’écologie, réflexion sur l’environnement ne peut que s’accompagner d’une claire vision de la dimension sociale, c’est-à-dire des « rapports de pouvoir et de richesses au sein des sociétés » (H. Kempf).

Écrivant cela, je ne fais que redire ce qu’enseigne Jacques Ellul, comme les participants du laboratoire, quelle  société voulons-nous ? et moi-même, l’ont, cette année, découvert.

Que faire ? Résumons :

- engagement personnel, spirituel et (ou) religieux ; mais le religieux ne devrait pas aller sans le spirituel. C’est toute la question de la quête intérieure qui donne le dynamisme de l’action.

- engagement collectif social. Il y a des « méchants » qui par égoïsme de « classe » refusent de dévoiler le vrai et d’entretenir le juste. Il y a quelques temps, j’ai parlé sur ce chapitre des influences du diable.  J'en reparlerai. Une lutte sans merci est, mondialement, à mener contre toutes les structures qui favorisent l’enrichissement maléfique, diabolique de quelques-uns au dépens d’un grand nombre de pauvres. Cela ne passera que par une prise de conscience politique collective ; des stratégies à mettre en place sont nécessaires.

- engagement écologique, certes pour la protection de l’environnement terrestre, mais dans la perspective d’une mise à disposition en faveur de l’homme. Maintenir, améliorer (rendre) possible la vie humaine sur la planète.

- retour, alors, sur la dimension humaine spirituelle de chacun avec sa dimension collective. Ce que nous mettons en place est une société de partage. Nous reconnaissons que Dieu, la terre, la nature est don, y compris l’homme. C’est alors une invitation à rendre grâce. Plusieurs fois, au cours du colloque de 2011 de CPP, les intervenants ont évoqué l’appel à la gratitude. La politique visée est donc au service d’autrui pour que tous vivent bien. Le Christ , Verbe incarné, crucifié et ressuscité apporte la clef de la réussite d’une humanité universelle de frères tournés vers le Père.

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