Jésus-Christ ou Mohamed ? Le mystère de Dieu

Publié le par Michel Durand

Souvent avec des musulmans convaincus de l'excellence de leur religion, la question de la suprématie de l'Islam revient dans les conversations. Comme le chrétien parlera d'un salut définitivement et exclusivement apporté par le Christ Jésus, dans son sacrifice sur la croix, la rencontre est loin d'être possible.

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J'évoquais ce conflit religieux avec Daoud, ibadite du M'Zab (Algérie) qui se demandait pourquoi il y a des oppositions alors que Juifs, chrétiens et musulmans ont tous pour père Abraham.

- « Puisque nous avons un même Abraham, comment faire pour qu'il n'y ait pas d'opposition ? »

Il me semble, lui ai-je répondu, que nous devons distinguer ce qui dépend de nous les hommes, notre comportement, notre façon d'agir, notre moral (l'éthique) de ce qui dépend de Dieu, son mystère, sa révélation, sa parole. Si l'homme est incapable de percer l'insondable divin, il demeure maître de son agir. Celui-ci, en plus des indications contenues dans la Bible, est orienté par sa conscience individuelle. Par la sagesse qui lui est conaturelle, tout homme a la connaissance du bien à faire et du mal à éviter. L'humain, vocation adamique, créé à l'image de Dieu, découvre par lui-même et en lui-même la conduite à tenir. Certes, libre, il peut choisir de ne pas obéir à  sa conscience. Il se sait (ou se sent) alors pécheur.

Celui qui veut le bien se construira et construira un monde qui va dans le sens de la volonté divine et de sa conscience.

Je disais donc à Daoud que nous pouvons être unis dans la descendance d'Abraham en construisant selon notre conscience un monde juste et meilleur. Nous pouvons au moins nous accorder sur ce terrain-là, même si nous ne sommes pas capables de nous entendre sur le mystère de Dieu. L'insondable Dieu unique tel qu'il se présente à nous les hommes dans sa révélation demeure par nous inconnaissable et nous aurons des difficultés à nous accorder sur une explication de Dieu considéré en lui-même (par exemple, le mystère de la Trinité des chrétiens - ce fut l’une de ses questions). Mais, nous pouvons nous accorder sur nos comportements, notre morale.

 

Allons plus loin dans la méditation.

Que cherche un croyant en Dieu ? Le bonheur, la réalisation complète de son être. Il tend vers cette perfection sans avoir pour autant une exacte et complète définition de Dieu.

Une fois de plus, je ressens que la dimension mystique dans ma réflexion l'emporte sur l'attente de définitions dogmatiques. Apophatisme, théologie négative, m'incite à ne pas attendre d'avoir tout compris de Dieu pour me disposer à son Esprit afin qu'il me modèle à son image. Le mystère de l'être divin ? Je le laisse à Dieu. C'est à lui de se débrouiller pour qu'il nous éclaire sur sa propre volonté. C'est à lui que revient la réalisation de tous les croyants sur terre. Quant à nous, tâchons de vivre le moins mal possible. Autrement dit, que Dieu, dans nos actes quotidiens nous rende Saints et que nous consentions à cette sanctification.

Des textes de la Bible, de l'Évangile, hyper connus, m'aident à travailler mon intériorité pour que j'assume en moi de désir d'être rendu saint.

Psaume 110, 3 : « la sainteté de Dieu est communiquée au roi et à son peuple ».

« Le jour où paraît ta puissance, tu es prince éblouissant de sainteté ».

Matthieu 5, 48 : ceci est adressé à des multitudes : « soyez parfaits comme votre père céleste est parfait ».

Appel à la conversion. Devenir des outres neuves pour recevoir la nouveauté de la révélation.

Matthieu 7, 12 : La règle d'or :

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c'est la loi et les prophètes. »

Matthieu 5, 44

« Aimez vos ennemis … injustes »

 

Agissant ainsi, nous ne souhaitons rien d'autre que d'être comme Dieu. Pour devenir le fils du Père, nous attendons qu'il nous communique sa sainteté tout en sachant que nous ne serons jamais capables de comprendre le profond mystère de cette sainteté.

Juifs, chrétiens, musulmans, dans cette quête de sanctification, nous devons être en concurrence. Une saine compétition autour de la sainteté de Dieu agissant en nous ne peut que servir au bonheur des hommes et œuvrer à la gloire de Dieu. Devenir saints pour notre bonheur et pour que l'ensemble des non-croyants voit à travers nous, monothéistes, la réalité du Dieu des vivants qui ne veut que la paix entre les hommes, un peuple de frères.

Enfin, Sourates 5, 48

« Si Dieu avait voulu, il aurait fait de nous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu'il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans vos bonnes actions ».

Je ne vois pas de meilleure conclusion à mon propos.

Si le dessein de Dieu est insondable et impénétrable, il n'en va pas de même pour nos modes de vie. Ce sont eux qui révèlent le mystère du Créateur.

« La foi chrétienne, écrit Christoph Théoblad, n'est pas une doctrine (comme une tradition l'a prétendue) mais un "style de vie" ou une manière de vivre de la Sainteté même de Dieu : seule l'expérience effective de l'Esprit de sainteté nous permet de confesser et de comprendre un jour l'inséparable excellence du Fils unique du Père ».(p. 794)


Publié dans écrit de Béni Isguen

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Daddy 04/12/2011 21:35


Cher Michel,


Je trouve votre article sur la région du Mzab très intéressant et très documenté. En complément d'information, je vous invite à visiter ce site : www.eboxeditions.com 


On y trouve une importante matière culturelle sur le Mzab et l'ibadisme.


Cordialement

Michel Durand 09/12/2011 14:10



Bonjour


Un grand merci pour cette information. Dans quelques semaines je retourne chez mes amis de Béni Isguen pour une bref séjour. J'emporte les ouvrages que vous m'indiquer. Vous a-t-on parlé d'une
étude (universitaire) de M. Cherifi ? sur les Ibadites ?


Avec mes cordiales salutations.


Michel