L'affaire « Leonarda » nous rappelle que derrière l'accueil de l'autre, il y a toujours une personne humaine

Publié le par Michel Durand

Le nombre des demandeurs d’asile qui se retrouvent débouter du droit d’asile, donc ne peuvent rester dans un CADA, donc se découvrent sans papiers et sans toit, semble considérable.

Chaque semaine presque je rencontre un bénévole en quête de logements, pour des déboutés du droit d'asile, soit directement, soit par téléphone.

 

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Les centres d'accueils des demandeurs d'asile (Cada), comme celui-ci de Créteil, logent les réfugiés en attente du traitement de leur dossier. Voir La Croix 22/10/2013 :

"Une trop longue durée du traitement des demandes"

Notre système de protection des réfugiés pâtit notamment de la durée du traitement de la demande, qui s’est inexorablement allongé ces dernières années (lire les repères). En quatre ans de présence sur le territoire, dont deux ans de procédure, le ménage kosovar avait eu le temps de prendre ses premières marques en France, notamment avec la scolarisation des enfants.

Cet allongement de la durée de traitement des dossiers est préjudiciable pour les trois quarts des demandeurs qui, au terme de leur procédure, n’obtiennent pas l’asile demandé.

Parmi les personnes connues des paroissiens de St Polycarpe, plusieurs sont en train de constituer des dossiers pour relancer leur demande d’asile. La complexité administrative et l’aléatoire de la démarche semblent sans limites. « L’allongement de la durée de traitement des dossiers est préjudiciable pour les trois quarts des demandeurs qui, au terme de leur procédure, n’obtiennent pas l’asile demandé. » (Jean-Baptiste François)

 

Le Quotidien La Croix a publié le mardi 22 octobre et le mercredi 23 octobre (voir ci-dessous) des articles utiles pour cerner l’impasse dans laquelle se trouve l’Europe et particulièrement la France. Je dis cela en pensant aux associations, type Sans Abris, ou Secours Catholiques, qui n’arrivent pas à résoudre le problème de l’accueil. Le « 115 » est complètement désolant.

 

L’évêque de Saint-Denis dit des paroles que tous les chrétiens devraient appliquer en agissant, politiquement, pour qu’il en soit ainsi.

Il ne cache pas son inquiétude face à la radicalisation des débats autour de la question migratoire et rappelle que l'accueil de l'étranger est au centre du message évangélique.

 

Comment appréhendez-vous la réalité de l'immigration dans votre diocèse ?

Mgr Pascal Delannoy : On estime généralement à plus de 160 le nombre de nationalités présentes dans le département de Seine-Saint-Denis. Il faut prendre en compte les différences culturelles ainsi que les périodes historiques d'immigration. Dans la sphère ecclésiale, nous disons souvent que les différences doivent devenir des richesses. Mais avant que cela soit effectivement le cas, un long chemin doit être parcouru ... Même si elle est toujours difficile, la rencontre est évidemment primordiale, car elle implique l'écoute et la connaissance des cultures : le rapport à la naissance, au mariage, à la mort, mais aussi l'éducation des enfants, le rôle du père et de la mère. Accueillons-nous mutuellement avant de nous juger. Ceci est aussi valable dans l'expression de la foi : nous sommes appelés à vivre dans les communautés chrétiennes ce que nous souhaitons pour le reste de la société.

 

Ce discours ne se heurte-t-il pas à certaines réalités ? Peut-on vraiment accueillir les étrangers sans réserve ?

Mgr D. : L’Église reconnaît aux États le droit de contrôler les flux migratoires. Mais, pour nous chrétiens, l'Évangile ne met aucune réserve à l'accueil de l'autre. Dans la parabole du Bon Samaritain, il va même plus loin : nous ne choisissons pas celui que nous accueillons ou que nous sommes invités à accueillir. C'est toute la force de l'Évangile : être chrétien dans le monde d'aujourd'hui, c'est un choix original, qui nous engage.

 

Comment réagissez-vous à la polémique qui déchire ces jours-ci la société française autour de la question du droit d'asile ?

Mgr D. : L'affaire dite « Leonarda » nous rappelle que derrière l'accueil de l'autre, il y a toujours une personne humaine. On voit bien que le raisonnement global sur l'immigration conduit les uns et les autres à souhaiter des mesures radicales et à tenir des propos très durs. Or, le discours se modifie dès lors qu'il porte sur une situation individuelle que l'on connaît personnellement. Celui qui était étranger devient un proche, ce qui change tout.

 

Les tensions perceptibles depuis plusieurs jours vous inquiètent –elles ?

Mgr D. : Oui, car je crains que le débat ne devienne très passionnel alors que c'est un sujet qu'il faut évoquer avec raison et sérénité. Car à travers ce débat, nous parlons d'hommes et de femmes. Dire cela, ce n'est pas faire preuve de naïveté. L'État a le droit de penser la régulation des flux migratoires, c'est même parfois une condition pour bien les accueillir.

Avant de prononcer des discours trop radicaux, il faudrait se souvenir de drames comme ceux de Lampedusa. Ils nous rappellent que l'immigration n'est pas un choix : elle est dictée par les contraintes économiques, et souvent par la misère. Il ne suffit pas de dire « les étrangers viennent nous prendre du travail », il convient de rappeler que ces personnes ont droit à des conditions de vie qui respectent leur dignité. Ce qui nous entraîne dans une réflexion sur le développement des peuples aujourd'hui.

 

Ressentez-vous un encouragement dans les propos vigoureux du pape François, dénonçant un « drame de l'indifférence» après le naufrage de Lampedusa ?

Mgr D. : Oui, car il nous invite à une attitude d'ouverture et d'accueil. Le message de l'Église et des papes a toujours été celui-ci mais ce pape l'exprime avec des gestes symboliques forts. Cela marque peut-être davantage les esprits.

 

RECUEILLI PAR BRUNO BOUVET . :  LA Croix 23 10 /2013.

 

Lire aussi : Qui sont en France les migrants aujourd'hui

Publié dans Politique

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