L'amour de Dieu apprend à aimer les autres pour eux-mêmes, tels qu'ils sont, dans leur beauté, dans leur misère

Publié le par Michel Durand

Toujours dans la ligne de ces derniers jours, je suis heureux de vous partager  une page de Robert Daviaud, responsable du Prado, qui nous parle de l’amour du monde et de l’alliance évidente entre amour de Dieu et amour des hommes, amour du monde tel qu’il est et contemplation de la beauté divine.

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Un regard contemplatif

 

 

 

Daviaud06-85062.jpgL'union à Dieu invite le croyant à entrer dans le dynamisme de l'Incarnation. La « demeure en Dieu » entraîne la sortie vers les frères, en plein cœur de l'humanité. Sans cesse Dieu a porté le souci de son peuple, le souci de l'humanité, au point d'envoyer son Fils, d'envoyer l'Église comme sacrement du Salut au sein du monde. Dans l'Évangile, nous constatons combien Jésus se déplace et se montre abordable. Il se laisse approcher par les pauvres, les pécheurs, les personnes de toutes conditions.

Nous avons toujours à nous interroger sur notre présence effective et durable auprès de ceux vers lesquels nous sommes envoyés, sans oublier d'abord tout ce qui nous fait participer de la commune humanité. La rencontre du prochain, pour les prêtres, vivant le célibat, s'effectue d'une manière originale qui nous touche au plus profond de ce que nous sommes. L'amour humain est un don de soi qui, dans un couple, amène à aimer l'autre pour lui-même. À plus forte raison, s'il s'agit, pour nous, de porter en notre personne l'amour du Christ vis-à-vis des autres. L'amour de Dieu apprend à aimer les autres pour eux-mêmes, tels qu'ils sont, dans leur beauté, dans leur misère, dans leur espérance, dans leur capacité à grandir et à se convertir. Cela ne va pas sans un dépouillement intérieur, sans une certaine pauvreté, à l'image du Christ, Serviteur, que la rencontre des humains a fait passer par la crèche, par Nazareth, par la croix, dans le renoncement à lui-même, afin de rester fidèle à la Mission confiée par le Père.

Entrer dans le regard contemplatif du Christ

Entrer dans le regard du Christ, c'est accueillir le monde comme le champ que Dieu aime et cultive. Son Esprit est à l'œuvre. Nous sommes appelés à devenir les collaborateurs de cet agir de Dieu. Dans les responsabilités au cœur de la société comme dans les services que l'Église nous a confiés, nous sommes invités à rejoindre et à regarder les personnes et les groupes humains, avec les yeux mêmes de Jésus Christ, Pasteur de son peuple. Que l'Esprit Saint nous donne un « œil » simple et clair ! (Lc Il,33-38).

Ne pas tricher avec la réalité et les personnes. Dans le « cahier de vie » et dans la « révision de vie », se joue l'obéissance au réel. On donne du prix aux personnes elles-mêmes en étant précis sur ce qu'elles expriment, sur ce qu'elles deviennent. Les événements sont pris en compte pour ce qu'ils sont dans leur complexité. Il est bon de donner consistance propre à tout l'humain. Cela suppose de sortir d'une trop grande subjectivité ou de notre imaginaire... Ne plus considérer les autres et les événements seulement à partir de nous, mais en leur reconnaissant toute leur densité propre. Il nous faut sortir de nous-mêmes, pour nous ouvrir au réel des autres qui existent indépendamment de nous, mais pas de Dieu. Le regard contemplatif amène à considérer les personnes selon de mystère de Dieu. « En toi est la source de la vie. Par ta lumière nous voyons la lumière » affirme le psaume. Il faut que le regard du Christ devienne le nôtre :

- regard de compassion : « Voyant les foules, il fut pris de pitié pour elles » (Mt 9,38) ;

- regard qui aime et qui discerne celui qu'il va appeler. Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui « alors que tu étais sous le figuier, je t'ai vu » (Jn 1,47-51);

- regard parfois de colère devant les gens qui se perdent (Mc 3,5) ;

- regard qui sait voir le cœur : « Il savait quant à lui ce qu'il y a dans l'homme » (Jn 2,25).

Le discernement du Christ s'appuie sur sa relation intime avec le Père : « Moi, je ne puis rien faire de moi-même : je juge selon ce que j'entends et mon jugement est juste parce que je ne cherche pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jn 5,30). Le Christ éduque lui-même le regard de ses disciples (Lc 12,24-27; Lc 6,41). L'obstacle majeur est l'incrédulité, l'incapacité à voir dans le réel la trace de Dieu, comme en Jn 6. Nombre de disciples refusent de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu, l'Envoyé du Père, le vrai pain du Ciel.

Comme nous l'avons déjà évoqué au deuxième chapitre de ce livre, la contemplation, le regard de foi, font comprendre les personnes dans la relation que Dieu établit avec elles avant même que j'arrive, comme Dieu créateur qui invite chacune à tenir sa place dans le monde, comme Dieu Sauveur du mal en Jésus Christ, comme Dieu animant chacune de l'Esprit de vie, comme Dieu offrant à chacune le don possible de la vie au-delà de la mort. Par la foi, il s'agit de voir l'invisible, ce qui est caché (cf. He 11). Les personnes, même si elles sont indifférentes en dehors du don d'amour de Jésus Christ. Elles sont aimées de Dieu, sauvées, appelées à répondre d'une certaine façon à cette vie divine en elles.

Contemplation de la vie des gens et mission

Dans la mission, l'Église va à la rencontre d'une grâce. Elle est la servante de l'agir de l'Esprit Saint. La proximité et la communion avec les gens, amènent à un regard contemplatif qui pousse à être porteur de la Bonne Nouvelle. Les personnes, les groupes humains sont reconnus dans leur situation devant Dieu, dans le dessein de Dieu sur eux. Cela fait rendre grâce pour les avancées et les réponses positives à l'Évangile. Combien de fois dans l'Évangile, Jésus lui-même est admiratif de la foi de telle ou telle personne. Comment recevoir des gens, des pauvres, le témoignage du Christ ressuscité ? Nous sommes invités également à nous montrer lucides sur les failles, sur tout ce qui détruit l'humain et le vivre ensemble, sur tout le péché, en particulier sur les points particuliers où les personnes et les peuples ne veulent pas que l'Évangile intervienne. La rencontre des personnes et la contemplation de Dieu ne peuvent que renforcer le pasteur et l'Église dans le dialogue et la proposition de chemins de conversion.

Nous l'avons vu : seul un homme spirituel peut entrer dans le regard contemplatif (cf. 1 Co 2). Le père Chevrier affirme : « Il faut que ce soit le Saint Esprit qui nous donne le sens des choses spirituelles et divines et qui nous découvre Jésus Christ, qui nous donne des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cœur surtout pour sentir et nous attirer à lui ) (Véritable Disciple – livre du père Chevrier - 118). C'est l'attitude même du prophète: « Oracle de l'homme au regard pénétrant, oracle de celui qui entend les paroles de Dieu. Il voit ce que le Tout Puissant lui fait voir. Il tombe en extase et ses yeux s'ouvrent ) (Nb 24,2-7).

Par ailleurs, dans la contemplation de la vie des hommes, on ne peut en rester à un regard extérieur. Le regard de foi sur la réalité serait faussé s'il n'était accompagné d'un amour qui se donne, pour soutenir ceux qui sont fatigués, pour relever ceux qui sont tombés, ceux pour qui la vie est rude en ce moment.

La contemplation n'empêche pas, bien au contraire, de chercher les moyens les plus efficaces pour que les pauvres en particulier soient les sujets et les acteurs de leur vie. Le regard de contemplation ne s'oppose pas au regard lucide des analyses et à la réflexion. En revanche, il s'oppose à la prétention de celui qui chercherait à expliquer la réalité en excluant l'action de l'Esprit Saint. C'est lui qui agit au cœur des personnes, mais aussi dans les cultures et dans les événements de l'histoire, invitant chacune et chacun à prendre toutes ses responsabilités pour la réussite de la création.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Témoignage

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