L'Eglise de Belgique est en effervescence!

Publié le par Michel Durand

"La hiérarchie romaine choisit systématiquement aujourd'hui pour des postes à responsabilité des gens dont la première qualité doit être ce que j'appellerais la 'ligne claire', la doctrine ; mais la doctrine au sens littéral du terme".


Jacques  Dieudonné, plasticien, diacre vivant en France, m'adresse ce courriel. Il est Belge de par ses origines.
Son travail d'artiste est totalment imprégné de l'esprit de Vaticna II.
Il m'adesse ce courriel :

Selon un sondage de ce WE dernier : 70% des catholiques Belges sont opposés à la venue de Mgr Léonard au poste de primat de l'Eglise de Belgique. (15% indifférents puisqu'ils ont déjà quitté l'Eglise et 15% enthousiastes)  Pourquoi ? Tapez dans Google chrome "Mgr Léonard" et vous trouverez 7 280 000 résultats ... Courage !

Une des nombreuses réactions à la nomination de Mgr Léonard est à lire : celle de Gabriel RINGLET.mgr_leonard-pic.jpg

 


17.01.10 - 23:00

Pour Gabriel Ringlet, Mgr Léonard est un représentant "moderne" d’une doctrine figée. Parlant, selon lui, au nom d’une grande majorité des fidèles, il plaide l’autonomie des institutions catholiques par rapport à la hiérarchie de l’Eglise.

Il n’y aura d’ailleurs plus d’évêque dans les instances dirigeantes de l’UCL. C'est une information RTBF.

Jésuite, ancien vice-recteur de l'Université catholique de Louvain, Gabriel Ringlet est une voix "libre" de l'Eglise. Professeur, écrivain, prêtre... Ses multiples engagements lui confèrent un rôle de témoin attentif de l'évolution de l'Eglise, une Eglise qu'il voudrait voir poursuivre les efforts d'ouverture accomplis sous la houlette du cardinal Danneels au cours des trente dernières années. Il se sent parfaitement à sa place au cœur de l'Eglise même si, lucide, il aperçoit bien que la volonté de Rome en nommant Mgr Léonard a d'abord été de poser un geste de "fermeture"...

L'auteur de "L'Evangile d'un libre-penseur" se prépare manifestement à des heures difficiles au sein de l'Eglise. Il ne sera pas du rang des simples observateurs. Pas tout à fait une dissidence, non, mais plutôt l'obligation morale de dire haut et fort que la parole de l'Eglise ne peut-être figée et que les chrétiens doivent être traités en adultes. Avec la certitude de parler au nom du plus grand nombre.

Pour lui enfin, l'autonomie par rapport à Rome des institutions catholiques, comme les hôpitaux et les centre de recherche, est un impératif. D'ailleurs, la nouvelle Académie Louvain, qui sortira de terre en septembre prochain l'affirmera très clairement : les évêques et le premier d'entre eux n'auront plus aucun pouvoir sur l'université avec la disparition programmée du pouvoir organisateur. Un "cadeau" d'adieu de Mgr Danneels, nous dit Gabriel Ringlet. Pour entendre l'entretien : ici.


De nombreux fidèles se disent en recherche d'une plus grande ouverture de l'Eglise à leurs préoccupations. Ne pensez-vous pas que la désignation d'André-Mutien Léonard comme Primat de Belgique risque de détourner certains d'entre-eux de l'Eglise, alors même que Rome prétend justement "ré-évangéliser" ?

"Oui, je pense que vous avez tout fait raison. L'une des conséquences pourrait être qu'un certain nombre de catholiques disent 'Cette fois-ci, ça suffit !' Enfin, on le dit depuis longtemps... J'ose espérer, mais je prends peut-être mes désirs pour des réalités, que les catholiques sont suffisamment mûrs pour se rendre compte que l'avenir, non seulement de l'Evangile, mais que l'avenir de l'Eglise, de leur propre institution, ce n'est pas qu'une affaire de hiérarchie, et que la hiérarchie n'a pas à définir un monopole sur ce terrain-là. On pourrait d'ailleurs aussi émettre une hypothèse beaucoup plus positive, à savoir que devant une nomination qui signifie manifestement une fermeture, les gens au contraire soient plus déterminés, réagissent, se sentent plus libres d'une véritable parole.

Je pense que nous sommes plusieurs à avoir beaucoup protégé le cardinal Danneels au cours de ces dernières années, parce qu'il menait de très gros efforts pour avoir une Eglise la plus ouverte possible. Je crois qu'on a essayé d'être délicat, mais il se pourrait que maintenant les choses soient plus claires, d'une certaine manière."


Ce que vous évoquez à l'instant, ce serait la consécration, quasi officielle, de deux courants antagonistes au sein de l'Eglise belge ?

"Ah, ça me parait tout à fait clair, et pas seulement au sein de l'Eglise belge. La nomination de Mgr Léonard, ici en Belgique, n'est pour moi qu'un épiphénomène par rapport à une situation qui est beaucoup plus large et qui concerne bien des pays. La France est encore plus marquée par cette évolution-là. Autrement dit, la hiérarchie romaine choisit systématiquement aujourd'hui pour des postes à responsabilité des gens dont la première qualité doit être ce que j'appellerais la 'ligne claire', la doctrine ; mais la doctrine au sens littéral du terme. Je respecte la doctrine car elle est un héritage, mais on doit toujours la réinterpréter de génération en génération, de culture en culture. C'est vivant une doctrine..."

"Nous sommes des adultes responsables"


Cela veut-il dire pour vous que Rome, et Benoît XVI, sont découplés de la réalité que vivent les chrétiens sur le terrain, dans leur communauté ?

"Non seulement ils sont en décalage par rapport à toute une série de communautés, mais ce que je trouve encore plus inquiétant, c'est qu'ils invitent à répéter une doctrine, à la conserver au lieu de la faire vivre. Et donc d'une certaine manière - et je vous assure que je mesure le paradoxe - je pense que la hiérarchie n'est pas fidèle à la tradition, qu'elle répète la tradition de manière figée alors que tout au long de l'histoire de l'Eglise, la tradition a toujours vécu. Elle choisit des gens, et c'est vraiment le cas de Mgr Léonard, qui, avec séduction, je dirais même une certaine modernité, sont capables de "répéter"... Dans le fond, Mgr Léonard c'est un chantre moderne, je mesure mes mots, de la tradition la plus stricte : il exprime la pensée du pape mieux, à la limite, que le pape pourrait l'exprimer lui-même."


L'un des reproches qui était formulé par Rome à l'endroit de Mgr Danneels était justement son manque de "combativité" face à certaines évolutions éthiques. On pense à l'avortement, à l'euthanasie notamment, mais à d'autres dossiers aussi comme la bioéthique. Avec Mgr Léonard, y aura-t-il une plus grande implication de l'Eglise dans la vie politique belge, plus particulièrement dans ce champ de l'éthique et de la morale ?

"Je ne sais pas du tout. Je ne vais faire aucun procès d'intention mais on verra très très vite à mon avis comment le nouveau primat de Belgique va se situer devant ces questions-là. Mais je serais tenté de dire, pardonnez-moi, que l'enjeu n'est pas là. Que l'enjeu c'est que les chrétiens, et notamment les grandes institutions qui sont confrontées à ces choix éthiques soient suffisamment autonomes. C'est ma conviction profonde. Des questions comme l'avortement, l'euthanasie et toutes les questions bioéthiques, qui sont extraordinairement complexes, les hôpitaux chrétiens y sont confrontés tous les jours, y compris nos universités catholiques. Je vous assure que je ne parle pas qu'en mon nom propre car je suis absolument certain que les recteurs disent la même chose, mais nous entendons rester totalement autonomes sur ce terrain-là. Ce n'est absolument pas de la rébellion mais c'est dire 'nous sommes des adultes responsables, la hiérarchie a absolument le droit le plus strict de nous dire ce qu'elle pense de ces questions-là. Nous pouvons même quelques fois nous en nourrir, il peut y avoir des arguments qui sont de qualité. Mais nous aussi qui sommes sur le terrain, qui sommes confrontés à des situations tout à fait concrètes, nous avons des arguments'. Donc ce que moi j'attends, ce que beaucoup de mes collègues attendent, c'est un dialogue adulte auquel on peut participer en toute liberté de parole et d'action."


Les universités catholiques sans pouvoir organisateur, "l'évènement"

Vous faites ici immédiatement référence à ce qui a été votre rôle pendant des années comme vice-recteur de l'UCL. En disant cela, vous anticipez sur la crainte que vous pourriez avoir d'un plus grand poids de la tradition incarnée par Mgr Léonard au sein du pouvoir organisateur de l'UCL, ce qui pourrait influer sur la manière dont certains programmes de recherches sont menés ?

"Et bien figurez-vous que ce sera le contraire ; et cela c'est pour moi une très grande joie. Je le dis vraiment sans aucun triomphalisme, mais l'événement pour Louvain, ce n'est pas l'arrivée d'un nouveau primat de Belgique, l'événement c'est l'arrivée en septembre d'une toute nouvelle université qui va regrouper quatre universités francophones. Mais ce que le public ne sait pas encore qui est décidé et c'est un grand événement, c'est la suppression du pouvoir organisateur de cette nouvelle université. Pour être très concret, Mgr Léonard n'aura pas du tout le pouvoir qu'avait Mgr Danneels à l'égard 'des' universités de l'Académie Louvain. Plus de pouvoir organisateur, cela veut dire que l'Eglise hiérarchique n'aura plus de pouvoir à Louvain, et ne va plus rien organiser. C'est très très clair.

Je ne dis pas du tout cela de manière 'péjorative' à l'égard de l'Église hiérarchique, car c'est le grand cadeau, le dernier cadeau que nous fait Mgr Danneels. Dans le même mouvement, les quatre universités vont fusionner et se sont mises d'accord avec la conférence épiscopale dans laquelle siège Mgr Danneels, sur la mise en place d'un conseil sans valeur juridique et qui est simplement la manière pour des gens de bonne volonté de se rencontrer. Un conseil université-communauté chrétienne - ce n'est donc pas un conseil université-conférence épiscopale ! - où tous les courants seront représentés, va permettre de mettre en commun des questions qui nous préoccupent ensemble. Et le Cardinal Danneels nous a dit lui-même que sur ce terrain-là, l'Eglise officielle passe d'un lieu de pouvoir à un lieu de dialogue. Ce n'est pas rien !"


Était-ce une attitude partagée par Mgr Léonard, qui était lui-même membre du pouvoir organisateur de l'UCL en tant qu'évêque de Namur?

"Il a été partie prenante de toute cette négociation, et de toutes façons c'est fait, c'est fini... L'accord est là et cela veut donc dire que, plus qu'avant, les universités catholiques seront autonomes. J'ai envie de vous dire, par parenthèse, qu'il ne manquerait plus que ça, d'ailleurs ! Nous sommes financés entièrement par l'Etat et par nos propres ressources. L'Église, elle, ne nous donne pas un seul euro. Mais ça ne veut pas dire dans mon esprit que la parole de la hiérarchie ne compte pas : ça veut dire que la hiérarchie n'est pas la seule à définir l'Église."


"Répéter une doctrine, c'est de la dictature"

Que va-t-il se passer maintenant avec les prochaines nominations d'évêques ? On sait que certains d'entre eux vont atteindre la limite d'âge dans les prochaines années. Le signal donné par Rome en portant Mgr Léonard à l'archevêché va-t-il se perpétuer dans d'autres nominations ?

"Écoutez, on a de bonne raisons de le craindre... Mais je suis toujours prêt à accueillir une heureuse surprise. Je ne croyais pas jusqu'il y a quinze jours que Mgr Léonard serait désigné. Il l'est. Il y a donc, là, confirmation d'une ligne. Mais est-ce que cela va se confirmer lorsqu'il s'agira de son remplacement à Namur, ou est-ce que cela va se reproduire dans quelques années lorsqu'il s'agira de remplacer l'évêque de Liège ? Moi je n'en sais strictement rien. Je peux certainement le craindre. Et là vous touchez du doigt une véritable question, qui est la politique de nomination des évêques. Parce que quelle que soit l'autonomie des chrétiens de la base, des institutions catholiques, c'est quand-même mieux quand on se trouve avec un évêque avec lequel on peut dialoguer franchement comme nous en avons eu l'occasion avec Mgr Danneels. Donc, la procédure de nomination des évêques ne fait que renforcer la difficulté. Oui, on peut craindre la perpétuation du signal donné avec la désignation de Mgr Léonard... Mais je vous le dirai lorsque je me trouverai devant les noms des personnes désignées..."


Est-ce qu'on peut dire, en vous entendant, que vous et d'autres dans l'Église de Belgique, vous entrez sinon en "résistance" au moins en "dissidence" par rapport à ce qui se passe aujourd'hui ?

"Résistance, dissidence... Ce sont peut-être de grands mots. Ils ne me font pas du tout peur, hein ! Mais, curieusement, je me sens très au cœur de cette institution. Moi je pense, même si vous trouvez cela paradoxal que je suis quelqu'un de très classique, de très fidèle à ce que je pense être le cœur du christianisme, et je suis convaincu aussi qu'un chrétien, un catholique, doit être un adulte avec sa liberté de penser, sa liberté de parole. Mais je pense aussi qu'une famille où la doctrine se serait arrêtée une fois pour toutes et où l'on serait chacun chargé de répéter cette doctrine, ça n'est pas une famille, ça, c'est une dictature. Je crois donc que le point de vue que je vous exprime aujourd'hui, contrairement parfois à certaines perceptions publiques, est très très largement partagé par un grand nombre de communautés, y compris par des paroisses que l'on qualifie parfois de classiques. J'ai la grande chance, depuis plus de dix ans, de donner de très nombreuses conférences, y compris dans les plus petites paroisses du pays, et le vent général va vraiment dans le sens de ce que je vous raconte maintenant. Je ne suis pas du tout isolé sur ce terrain-là, loin s'en faut !"


Qu'allez-vous dire à Mgr Léonard lorsque vous le rencontrerez dans les prochains jours ?

"Nous nous tutoyons depuis très longtemps et je vais lui redire ce que je lui ai toujours dit : que le problème de la hiérarchie, et son problème en particulier, c'est le statut de la parole. Pour que les choses soient très claires, je ne reprocherai jamais à André-Mutien Léonard de dire 'sur telle question, voilà ce que je pense profondément, et voilà mes arguments, et je voudrais que vous les preniez en compte'. Je suis tout à fait prêt à les prendre en compte, et je voudrais que dans le même mouvement, il puisse entendre que moi, membre de l'Université de Louvain, moi, membre de telle paroisse, j'ai aussi sur ce même sujet des arguments à faire valoir, que nous en échangions et qu'il soit absolument normal qu'à l'intérieur de la même institution, ces deux paroles se fassent entendre et soient en dialogue, et qu'en aucun cas on me dise 'Oui mais Rome a parlé, la cause est entendue'. Non ! Ça, c'est définitivement fini !"

Propos recueillis par Thomas Nagant

Publié dans Eglise

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