L'église de l'Eglise, un outil pour l'annonce

Publié le par Michel Durand

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Je songe dans cette méditation aux croyants qui participent régulièrement au repas eucharistique dominical de la communauté paroissiale ; et je me place, bien évidemment, au sein de cette assemblée. Comment nous situons-nous à l’intérieur du bâtiment église ? Quel rapport avons-nous avec lui ?

Dans un quartier comme celui des pentes de la Croix-rousse à Lyon, la façade de Saint-Polycarpe impressionne par sa majesté enserrée de toutes parts de hauts immeubles. On ne voit cette église que si l’on a le nez dessus, pourrait-on dire. Et, quand il entre à l’intérieur de l’édifice, le nouveau visiteur est surpris par l’immensité de l’espace, sa hauteur, sa profondeur, le nombre de chapelles latérales avec celle du fond du bâtiment.

Quand on connaît les églises de Saint-Bernard et du Bon Pasteur, situées l’un et l’autre à seulement quelques minutes, on est surpris que ce quartier soit doté de trois lieux de culte catholique aussi vastes. On lira dans les livres d’Histoire que ces deux derniers relèvent d’une volonté politique de l’Empereur : inciter les ouvriers et artisans canuts à la récitation de prières pour garder une bonne morale afin d’être de bons travailleurs. La troisième république se ressource dans un anticléricalisme provoqué par cette fausse conception de l’Église gardienne des bonnes mœurs.

Aujourd’hui, la fermeture des deux églises est le signe inéluctable de la faiblesse numérique des chrétiens catholiques. L’Église est, dit-on, en perte de vitesse. Qui peut encore croire en elle ? La distance entre le monde et l’Église ne pourra que s’accentuer, si l’Église continue ainsi à se replier sur elle-même. Je ne veux pas développer ici toutes les attaques entendues, ni toutes les marques d’indifférence que nous constatons. Il y a du reste plus d’indifférence que d’agressivité même quand on écrit qu’un bâtiment affecté au culte selon la loi de 1905, ne doit avoir que des activités cultuelles à l’exclusion de toutes dimensions culturelles. Je veux seulement souligner les conséquences impliquées dans notre vocation de baptisés. Parlons d’évangélisation.

Un beau bâtiment du XVIIe

Constatant la beauté de Saint-Polycarpe, il y a 8 ans, j’ai ressenti qu’il fallait rendre à ce bâti toute sa dignité. Vider les chapelles encombrées de divers objets ; nettoyer les sols et ce que l’on pouvait des murs ; nettoyer les statues ; organiser quelques espaces pour qu’ils puissent recevoir des œuvres picturales. Mettre un éclairage adéquat. C’est en effectuant ces travaux que nous avons découvert l’autel en marbre rouge des oratoriens du XVIIe siècle et l’avons, grâce à un décor mural, intégré dans le mur de la chapelle de gauche, devenue chapelle du Saint-Sacrement, lieu de la présence eucharistique : le tabernacle. C’est Omar Kadi, un ami décorateur, qui a accompli ce travail.

Chrétiens, quel rapport avons-nous avec cette église ?

Nous parlons généralement d’art sacré quand il s’agit d’une architecture et de son décor dédié au culte, à un acte religieux. Le mot « sacré » souligne la transcendance du lieu. Certes, les chrétiens ne voient pas, aujourd’hui, dans le sacré un tabou intouchable. Jadis, par exemple dans le sanctuaire, il était interdit de pénétrer. Les Coptes, me semble-t-il, posent encore leurs chaussures pour entrer dans leur église. Les prêtres le doivent quand ils pénètrent derrière l’iconostase (parfois un simple rideau). Non, nous n’avons pas ces interdits. Mais cela ne signifie pas que nous pouvons tout nous permettre. L’appel à respecter ce lieu signifiant la grandeur de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, l’Église, se traduit par la beauté et le sens des meubles, des objets, des œuvres d’art déposés au meilleur endroit. Tout devient symbolique de la réalité du Royaume. L’autel, symbole (Sacrement) du Christ, n’est pas une table sur laquelle on pose des vases à fleurs, des livres… L’ambon, lieu de la Parole, indique que notre existence dépend de la Révélation divine. Le siège du président montre que celui-ci, officiant au nom du Christ, prêtre pour les fidèles (sacerdoce ministériel) est aussi avec le peuple des fidèles du Christ, baptisés comme eux (sacerdoce prophétique). La chapelle de la présence eucharistique et le lieu de recueillement. La petite lumière rouge rappelle que Dieu, en Christ, est là. C’est un espace de recueillement où le chrétien croyant en la résurrection prend plaisir à venir seul pour se recueillir. Méditation et prière silencieuse. La chapelle de la sainte Réserve Eucharistique est le lieu que je devrais visiter en premier quand je me rends dans une église avec le désir d’être en présence de Dieu. Certes, Dieu et présent partout ; mais, notre corps, charnel, a besoin de ce rituel pour sentir tant l’immanence que la transcendance divine.

Les peintures ont également cette orientation. Réparties le long des nefs latérales, elles invitent à un regard sur soi et appellent à un dépassement qui nous conduit au Bonheur. En principe les œuvres artistiques les plus humaines se trouvent près de l’entrée de l’église et celles qui évoquent le ressuscité, dans le sanctuaire. Architecturalement, il y a tout un travail à faire pour que l’aménagement cultuel selon Vatican II puisse harmonieusement s’intégrer à la conception historique et dépassée du Concile de Trente.

Parlons encore de l’espace  appelé « chœur ». Ce sont les bancs, les sièges, les stalles qui, au moyen âge se trouvaient derrière un chancel. Là, les chrétiens, en vis-à-vis,  chantent les psaumes, écoutent la Parole de Dieu, prient communautairement. Pour des raisons de conforts, notamment de chauffage en hiver, ou d’intimité entre les fidèles, il arrive que ce lieu de prière commune trouve sa place dans une petite salle attenante à la trop grande église. Tel est le cas à Saint-Polycarpe, dans ce qui semble être la plus ancienne des deux sacristies.

Dans tous ces lieux marqués, de sacré, donc d’invitation à la transcendance, il va sans dire que l’appel au silence, au respect, à l’attitude digne est permanent. On n’y mange pas, on n’y fume pas, on n’y boit pas. Ce n’est pas un salon où l’on cause. Les concerts, spectacles ou expositions qui y sont donnés ne peuvent que respecter, dans le contenu de leurs expressions artistiques, le caractère sacré du lieu.

Beauté de ce qui est propre

Enfin, et je terminerai ainsi ma méditation, l’Église est un lieu qui doit toujours être propre, absent de poussière et luisant de beauté. La décoration florale, entre autres, souligne le sens du soin apporté : une communion, une rencontre de Dieu qui, en Jésus, devient humaines pour nous parler de son Amour.

Annonce d'une Bonne Nouvelle

DSCN8583.jpgAlors, pourquoi avoir commencé ma méditation en soulignant le côté « hors Église » des habitants du quartier des pentes de la Croix rousse ?

Dans l’ensemble de la presqu’île, c’est dans ce quartier que l’on trouve, selon les statistiques, les familles au revenu annuel le plus faible. C’est là que se trouvent nombre d’associations intervenant au bénéfice des plus démunis. C’est là que la densité de la population est la plus grande. C’est là où l’on enregistre rarement un ou deux mariages religieux par an. C’est là où il y a vraiment peu d’enfants inscrits au catéchisme par les parents… etc. C’est donc là où la Mission doit être première. Non pas une mission comprise à partir des personnes qui se réunissent cultuellement en Église, mais un engagement des baptisés qui vivent l’Église et, dans cette vie même, transpirent naturellement autour d’eux le bonheur que Dieu donne. Plaisir et non obligation.

L’Église sacrement de salut pour le monde reçoit, dans le bâtiment église, un outil pour dire au monde : visiteurs étrangers, habitants du quartier,  nostalgiques du passé, angoissés en quête de paix intérieure, hommes et femmes en recherche de sens d’existence… toute la saveur de l’Évangile. Dans ses éléments cultuels et culturels, l’église de pierre est, analogiquement, conçue comme un sacrement qui dévoile que les chrétiens ne s’adressent pas au monde pour avoir de l’argent ou pour que le monde entre dans son Église. L’église de pierre est signe de la joie, de l’amour de Dieu : du bonheur. Un signe qui doit parler de lui-même.

Publié dans Art

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