« L'Église est en retard de 200 ans. Aurions-nous peur ? Peur au lieu de courage ? La foi, la confiance, le courage sont les fondements de l'Église »

Publié le par Michel Durand

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Bartolomé Esteban Murillo. Le Retour du fils prodigue. 1670-74.
The National Gallery of Art Washington, USA._

 

Au cours de ma rituelle journée de « désert », je me suis penché sur la revue du Prado nouvellement reçue. Il est clair que cette publication est interne et que certaines expressions ne conviennent pas vraiment quand elles sont perçues en dehors de la sphère des prêtres de l’Institut. Pourtant, je ne peux résister à vous en communiquer l’éditorial. En effet, il se situe tellement dans ce que j’ai vécu ces derniers jours que je trouve qu’il en apporte un heureux complément.

Samedi avec « chrétiens et pic de pétrole » (je vous communiquerai le compte qui en sera rédigé), je redisais une fois de plus l’appel de tous les baptisés conscients de leur baptême à mener une vie répondant à l’appel de Jésus à la vie simple selon la pauvreté évangélique. Dimanche, je commentais l’Évangile en mettant l’accent sur le service, ce qui invite l’Église à entretenir des actions sobres, proches des gens.

« Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres… Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. »

Aujourd’hui, aucun disciple du Christ ne peut oublier que

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi ».

Or, le Fils de l’homme, d’après le prophète Daniel (Dn 7), est celui qui est au service de toute l’humanité. Il est sacré roi de toute l’humanité accomplissant sa mission à genoux devant les hommes, au lieu d’être assis sur un trône placé au-dessus des autres.

Entendant cela, de la bouche même du Christ, je regrette effectivement, que nombreux symboles liturgiques, postures, vêtements presbytéraux n’arrivent pas à se détacher des habitudes prises à la cour de Constantinople de l’époque de Justinien (5e siècle).

Puis je rappelais combien le Christ, s’adressait à tous ; loin de lui l’idée de mettre à part celui (celle) qui ne serait pas dans les clous la morale catholique.

« Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés… »

Journée des missions et réflexion sur ladite nouvelle évangélisation, anniversaire du début de Vatican II… autant de méditations que je retrouve dans cet édito du N° 114 et que j’ai envie de vous partager. Cette nuance pradosienne, spirituelle et pastorale, plus que jamais mérite toute sa place dans l’Église et, très concrètement, dans ce quartier populaire, artistique et associatif des pentes de la Croix-Rousse tellement différent du reste de la presqu’île, centre ville de Lyon.

 

Enfin, voici ce que Michel Delannoy écrit récemment aux pradosiens. Cela peut concerner tous les chrétiens attentifs à vivre, à mettre en pratique l’Évangile.

« LIBRES DE SUIVRE L'APPEL DE JÉSUS »

 A l'heure où j'écris ce petit mot, la disparition du Cardinal Martini fait la une des médias. J'emprunte comme titre de cet article une de ses citations, tirée d'un de ses ouvrages « Le rêve de Jérusalem ».

Sa dernière interview a été reprise par la presse ; comme vous, j'en suis sûr, j'ai été marqué par sa parole libre et prophétique qu'il adresse à notre Église. En lisant son message, je me suis dit combien il rejoignait et interpellait "notre manière d'être" à nous, pradosiens. Je reprends ici quelques appels que je perçois :

 

Appel à la simplicité

« L'Église est fatiguée. Notre culture a vieilli, nos églises sont vastes, nos maisons religieuses sont vides, et l'appareil bureaucratique de l'Église se développe. Nos rites et nos habits sont pompeux... » (Cardinal Martini).

Antoine Chevrier nous dit : « Notre Seigneur avait grandement raison de dire : Si vous ne devenez pas comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. C'est-à-dire si vous vous conduisez par les raisonnements humains, vous n'écouterez jamais ma parole et ne la mettrez jamais en pratique, parce que ma parole vient d'en haut, et que vos raisonnements viennent d'en bas ... » (VD p.l26).

Appel, pour nous donc, à vivre notre ministère et notre vie pradosienne dans la simplicité comme nous l'a fait remarquer le Pape Jean Paul II dans la chapelle du Prado, le 7 octobre 1986 : « Que votre caractère distinctif soit toujours la simplicité et la pauvreté. Au sein de l'Église, nous avons besoin d'hommes et de femmes qui nous rappellent la force et la liberté que donne la pauvreté apostolique. Soyez pauvres et simples dans votre style de vie, de telle sorte que les hommes saisissent la beauté de la pauvreté évangélique. Soyez désintéressés. Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement ».

 

Appel à vivre en homme libre, attentif au prochain

«Je conseille au pape et aux évêques de chercher, pour les postes de direction, douze personnes "hors normes", proches des pauvres, entourées de jeunes, qui expérimentent des choses nouvelles. Nous avons besoin de ce contact avec des hommes qui brûlent, pour que l'Esprit puisse se diffuser partout» (Cardinal Martini).

À la suite de Jésus Christ, lui qui s'est dépouillé en prenant la condition de serviteur (cf. Hymne aux Philippiens 2,6-11), le Père Chevrier nous appelle à être apôtres auprès des pauvres et à partager leur vie : « Nous choisirons de préférence la compagnie des pauvres et des pécheurs » (V.D p. 402).

Nombreux sont les pradosiens qui vivent cette proximité avec les petits, les pauvres, les pécheurs. Ce n'est pas une question d'âge ; c'est un état d'esprit, une attention dans les différentes réalités de vie et de mission. Souvent, cela est vécu avec d'autres acteurs (personnes, associations, syndicats, mouvements et groupes d'Église).

Ainsi sont rejointes des personnes que peu regardent comme des personnes (pour reprendre les mots de la petite Bernadette quand elle parlait de la Vierge, « elle me regarde comme une personne ») : les immigrés, les malades de l'alcool, les personnes à la rue, les prostitués, ceux qui n'arrivent pas à "joindre les deux bouts"... mais aussi ceux qui sont loin de l'Église, et ils sont nombreux.

"Diaconia 2013" sera l'expression d'une réalité de vie, de services et de charité, vécus avec et par les pauvres eux-mêmes. Il libérera la Parole des exclus et quelle belle image de notre Église ce rassemblement donnera pour le monde !

 

Appel à se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu

« Seul celui qui reçoit cette Parole dans son cœur peut aider au renouvellement de l'Église et saura répondre avec justesse aux demandes personnelles... Ni le clergé ni le droit canonique ne peuvent se substituer à l'intériorité de l'homme. Tous les règlements, les lois, les dogmes ne nous sont donnés que pour clarifier la voix intérieure et aider au discernement de l'Esprit ».

Le Père Chevrier nous invite à ouvrir le livre des Écritures et à suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ de plus près, lui notre lumière : «C'est à sa lumière que nous devons apprendre à connaître chaque chose, à connaître la vérité, la valeur spirituelle de chaque chose terrestre, à connaître le vrai du faux, le juste de l'injuste, le bien du mal... » (VD p.90).

 

Benoit XVI, en tant que nouvel évangélisateur, donne trois lois pour que la Parole de Dieu se répande dans le monde

- La première loi, c'est « la loi où les chrétiens se font serviteurs humbles de la "grande cause de Dieu, non-propriétaires" », « ne parlant pas en leur nom propre ». L'évangélisation n'est jamais une affaire privée, car, derrière, il y a toujours Dieu et l'Église.

- La deuxième loi ressort de la parabole du grain de sénevé. Celui qui annonce l'Évangile ne doit pas prétendre obtenir des résultats immédiats, qualitatifs et quantitatifs.

- La troisième loi est celle du grain de blé qui meurt pour porter du fruit. Dans l'évangélisation, la logique de la croix est toujours présente.

« Le monde d'aujourd'hui a besoin de personnes qui annoncent et témoignent que c'est le Christ qui nous enseigne l'art de vivre, le chemin du vrai bonheur parce qu'Il est la route de la vie. Le monde d'aujourd'hui a besoin de personnes qui parlent à Dieu pour pouvoir parler de Dieu. Et nous devons aussi toujours rappeler que Jésus n'a pas sauvé le monde par de belles paroles ou des moyens tapageurs, mais par sa souffrance et par sa mort ».

Nous pouvons rendre grâce aujourd'hui pour tous les efforts déployés par nos Églises locales et par les pradosiens pour ouvrir à l'intelligence des Écritures. Ici et là, ce sont des équipes qui se réunissent pour partager l'Évangile et y lire Dieu dans leur vie, les maisons d'Évangile pour inviter à ouvrir l'Écriture. Que de trésors partagés et offerts, que de lumières dans nos vies !

 

Appel à vivre une plus grande miséricorde auprès des personnes qui souffrent et à leur offrir les sacrements de l'Église

« Les sacrements sont pour moi, non pas des instruments de discipline, mais un appui à la guérison des hommes pris dans les faiblesses de la vie. Portons-nous les sacrements à ceux qui ont besoin d'une force nouvelle ? Je pense à tous les divorcés et aux familles recomposées. Ils ont besoin d'une protection spéciale. L'Église soutient l'indissolubilité du mariage. C'est une grâce lorsqu'un mariage et une famille y parviennent (... ) l'attention que nous porterons aux familles recomposées sera déterminante pour la proximité de l'Église avec la génération de leurs enfants. Une femme abandonnée par son mari trouve un nouveau compagnon qui s'occupe d'elle et de ses enfants. Ce second amour réussit. Si cette famille est discriminée, la mère et ses enfants s'éloigneront. Si ces parents se sentent extérieurs à l'Église, ne se sentent pas soutenus par elle, l'Église perdra les générations futures... La demande d'accès des divorcés à la communion doit être prise en compte. Comment l'Église peut-elle venir en aide avec la force des sacrements à ceux qui vivent des situations familiales complexes ? » (Cardinal Martini).

Là encore, de nombreux témoignages de pradosiens nous disent l'amour de Dieu qui passe par l'accueil et l'attention à ceux et celles qui vivent des déchirures dans leur couple et leur famille. Puisse l'Esprit Saint éclairer notre Église pour une plus grande manifestation de la miséricorde de notre Dieu à travers la vie sacramentelle.

Au moment où notre Église ouvre "l'année de la foi" et où va se vivre le synode sur la nouvelle évangélisation et l'anniversaire du Concile, nous ne pouvons que nous réjouir des débats dont notre Église sera témoin.

Le cardinal Martini nous invite à ne pas céder à la peur: « L'Église est en retard de 200 ans. Aurions-nous peur ? Peur au lieu de courage ? La foi, la confiance, le courage sont les fondements de l'Église ».

Publié dans Témoignage

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