L'Eglise face aux inévitables médias de communication.

Publié le par Michel Durand

Cet article a été publié le mercredi 23 mai 2012 ; j'en ai oublié une page, alors je complète ici-même ; il s'agit d'un regard sur le capitalisme, sujet dans lequel je me replonge cette semaine.

 

Le dilemme du chartreux, Médias et Eglise

 

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Je pense que l’on n’apprend rien de vraiment nouveau avec l’ouvrage de Pierre de Charentenay, jésuite, directeur de la revue Études. Néanmoins, la lecture de ces 235 pages mérite d’être accomplie. Entre autres, elles apportent, par une lecture facile, une juste photographie de l’Église catholique.

On parle de Média comme on parle de l’Argent, de Capital ; ce ne sont que des outils, des moyens. L’Argent, dit-on, n’est pas mauvais en soi ; c’est l’usage qui en est fait qui peut être mauvais. Il peut également être bon. Pourtant, l’Évangile dit que l’homme ne saurait avoir deux Maîtres : ou il adore Dieu, ou il adore l’Argent. Les Médias ne seraient-ils pas Belzeboul – comme l’Argent ?

« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre ; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. »

Dieu ou l’argent idolâtré.

Pierre de Charentenay est catégorique :

« Il apparaît clairement que le discernement doit s’exercer plus qu’ailleurs dans ce rapport aux médias, qu’il ne faut ni diaboliser, ni aduler. Ils sont un instrument pour la vie en société d’aujourd’hui qui doit être maîtrisé pour être mis au service de chacun et de sa relation avec tous ». (page 231)

 

Au temps de Jésus (comme en tout temps) les malades, les exclus subissent un manque dans leur vie d’hommes et de femmes. On dit, autour d’eux, que Jésus comblait ce manque. Ils ont confiance. Ils ont foi en Jésus. « Seigneur, si tu veux (tu le peux), guéris-moi ! ». Jésus : « Comme ta foi est grande ! Va, qu’il en soit selon ton désir. » Et il fut guéri sur-le-champ, à ce moment même. « Va te montrer aux prêtres et ne dis rien à personne. »

 Discrétion.

Aucun triomphalisme dans l’attitude de Jésus. Beaucoup de personnes peuvent voir et ne sont témoins de rien. Les membres de sa famille, les scribes et les pharisiens, scandalisés dans leur conception religieuse parce que Jésus ne respecte pas la Loi, par exemple, du Sabbat, disent, les uns qu’il a perdu la raison, les autres qu’il est possédé par Satan. Jésus continue sa route. Tout cela, nous le voyons, l’entendons en lisant Marc.

Jésus, fils de Marie et de Joseph, est bien concret. Il mange, il boit, il parle, il écoute, il enseigne, il fait le bien. Les foules venaient à lui, même de loin, pour être guéries.  Jésus développe en eux leur part d’humanité. Il accomplit pour eux un accroissement de dignité, un meilleur humain. De très nombreux « bénéficiaires » disparaîtront dans la foule. L’Evangile n’en parle plus. Quelques-uns deviendront disciples. Ils se mettent à la suivre pour entendre sa parole, son enseignement, pour mieux cerner sa personne : mais, qui est Jésus qui nous parle tellement bien de Dieu, avec autorité (il n’est pas comme les bafouilleurs légalistes, scribes, pharisiens ou autres prêtres, lévites) ? Et qui est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme ( ?)  dit une hymne.

D’autres, enfin, deviendront Apôtres, les envoyés du Père.


Gaël Giraud, Jésuite, économiste, dans un article de « La Croix », avait (je pense en 2011) une attitude semblable vis-à-vis du capitalisme. Il écrivait que ce système n’était en lui-même ni bon, ni mauvais, ce n’est qu’un instrument, un container.  Mais il en disait tellement de mal que le lecteur pouvait se demander s’il ne jetait pas en même temps, le baigneur, l’eau du bain et la baignoire.

Le capitalisme et les mass média qui l’accompagnent ne sont-ils pas intrinsèquement pervers ? Ceci dit pour reprendre le jugement officiel de l’Eglise sur le socialisme, le marxisme.

Le débat est permanent. Quels outils, quelles techniques, quels moyens demeurent compatibles avec l’esprit évangélique - quelle Eglise ?

Je vous livre ici quelques pages qui alimenteront à merveille l’exigence du discernement.

 

Des outils.

« Malgré leur pouvoir immense, les moyens de communication de masse sont et resteront simplement des instruments, des moyens qui sont ouverts à des usages bons ou mauvais et devant lesquels on peut prendre des distances. Ils ne sont en eux-mêmes ni bons ni mauvais. Nous pouvons en faire ce que nous voulons. Le choix est nôtre. En ce sens, les médias n'appellent pas une nouvelle éthique. Ils ont besoin de l'application des principes éthiques que nous connaissons déjà dans les questions sociales en général. Tout le monde est acteur de cette éthique, les producteurs comme les consommateurs de cette matière.

Mais il faut prendre la mesure de l'importance des médias dans la société d'aujourd'hui. Ce n'est qu'un instrument, mais c'est un instrument extrêmement puissant. À cela il faudra répondre par une éthique tout aussi forte. Nous ne sommes plus simplement dans la transmission d'informations et de nouvelles. Ce sont des mass media, qui utilisent des images, qui les répètent, qui les organisent et les manipulent. Pierre Bourdieu (Sur la télévision, 1996, p.160) le disait déjà, il y a quinze ans : “Par son ampleur tout à fait extraordinaire, la télévision produit des effets qui, bien qu'ils ne soient pas sans précédent, sont tout à fait inédits” » (page 37)

Et si le mal n’existait pas, si seule comptait la sincérité, l’authenticité individuelle (page 52) ! « Pour beaucoup, l’authenticité de la vie et de l’action prime sur sa qualification morale, tout spécialement sur le plan religieux. C’est l’intensité de la vie qui compte, non son rapport au bien. Or, c’est la force du christianisme de savoir affronter le mal sans l’éviter, ce que les médias se refusent à faire. »

 

Voilà deux visions :

« Deux courants s'opposent à ces interventions de l'Église : d'abord un scientisme digne du XIXe siècle, où l'homme fait confiance à toutes les capacités de la technique et de la sience pour aller dans le sens de ce qui leur semble un progrès, avec des promesses immenses mais aussi des risques tout aussi graves. Le deuxième courant est un néopaganisme moderne qui va de la nouvelle droite d'Alain de Benoît des années 1970, au Figaro Magazine de Louis Pauwels des années 1980 et aux livres de Michel Onfray aujourd'hui, qui idéalisent un monde antique heureux et souriant, fait de sagesse et de liberté, qui aurait été perverti par le christianisme en introduisant l'idée du mal. Ces courants ne sont pas à la recherche de la grandeur de l'homme et de sa générosité mais poursuivent une liberté liée à la recherche de l'épanouissement personnel, sans prendre en compte la complexité de la nature humaine qui est faite de bonheur, de plaisir et de joie mais qui aussi doit prendre en compte les zones d'ombre et les difficultés de la vie.

La culture d'opposition à l'Église n'est plus liée à une idéologie comme lors du temps du marxisme. L'opposition était alors frontale, planétaire, à la fois philosophique et géostratégique. Aujourd'hui, il s'agit plutôt d'une culture athée et antichrétienne nourrie par de multiples initiatives individuelles, relayée par les médias » (p. 57).

 

Dans quelques jours je devrais pouvoir publier un texte de Chrétiens et pic de pétrole qui reprend ces questions touchant au capitalisme.


 


 


Publié dans évangile

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