L’évangélisation ne peut qu’être nouvelle, car elle est sans cesse Bonne Nouvelle.

Publié le par Michel Durand

DSCN7497.jpg

St-Polycarpe. Inauguration de la 8ème Biennale

d'art sacré actuel. Lyon, septembre 2009

Il m’est arrivé d’entendre dire (et j’ai certainement déjà témoigné de cela en ce lieu) que la transmission de la foi ne posait aucun problème. En effet, il suffit que, dans une famille, les enfants voient leurs parents prier. Les enfants feront de même, étant spontanément instruits par les adultes. L’Église se forme par une action interne de diffusion de la foi.

L’histoire de l’Église et de la théologie nous montre, par contre, que la communication de l’Évangile ne se réalise pas toujours de la sorte. Il existe des jeunes qui n’ont jamais entendu parler, par exemple, de la résurrection, tout simplement parce que leurs parents ignorent cette réalité ou, la connaissant, affirment absolument ne pas y croire.

Constatant cette différence entre ceux qui ne savent pas ou ne croient pas et ceux qui adhérent au Christ et à l’Église, la tradition théologique a distingué deux modes d’action pastorale, celle ad intra et celle ad extra. Le disciple du Christ fidèle à son baptême et développant la mission confiée par Jésus : « prêcher la Bonne Nouvelle à toute la création » ne se comportera pas de la même façon s’il se trouve en pays conquis au Christ ou non. Mais, nous savons que les pays dits de chrétienté n’existent plus, ce qui invite fortement à réfléchir sur son mode de présence chrétienne dans le monde d’aujourd’hui.

En effet, aujourd’hui, quand un jeune adulte décide d’épouser les modes de pensées et les convictions des chrétiens, alors qu’il n’avait aucune référence de ce type dans son milieu familial d’origine, il s’avance vers le baptême et reçoit celui-ci à l’intérieure d’une communauté qui sera chaleureuse et pleine d’attention, sans avoir la possibilité d’en parler à ses proches. Souvent, il lui a été difficile, voir impossible d’en parler à ses propres parents. Et par respect pour ceux-ci, il est apparu non opportun de les inviter à la célébration liturgique du baptême.

D’où me viennent ces pensées ?

Tout simplement de conversations que j’ai eues cette semaine avec quatre personnes m’avouant leur difficulté à être acceptée dans la famille avec cette conviction que le Christ est plus qu’important dans leur vie ordinaire. Ces jeunes adultes n’en veulent pas à leurs parents de ne pas avoir été initiés dès l’enfance aux saveurs évangéliques, mais ils auraient bien apprécié être acceptés, sinon compris dans leur nouvelle démarche de foi. L’un deux me dit ne pas avoir réussi à passer l’information de son baptême sans une certaine maladresse, voire violence. Un autre me dit que son père, ne voyait pas comment son fils pouvait vivre avec des conceptions si différentes. Ce dernier, pour gagner en liberté, ressentait qu’il ne pouvait que rompre avec la famille. Un autre, à l’occasion du baptême de sa première fille, m’exposa la réaction de la grand-mère originaire du Chili : « on a été communiste toute notre vie, ce n’est pas maintenant que je vais entrer dans l’Église ». Il est alors bien difficile d’inviter les parents à la célébration d’un baptême, voir de son propre baptême.

En conséquence, sur un territoire précis, il me semble que les deux actes traditionnels de la mission ad extra et ad intra devraient être soutenus.

Quand le « public » se trouve majoritairement en dehors de l’Église, celle-ci risque fort de ne pas avoir de nombreuses demandes de sacrement. Elle sera alors en manque d’activités types « ad intra » d’où une faiblesse financière évidente. Mais nous savons qu’une pastorale ne peut se mesurer à la seule dimension d’autonomie financière.

C’est ce que j’écrivais il y a quelques semaines suite à certaines réunions parlant de la restructuration pastorale de l’arrondissement. La réflexion des théologiens allemands Le manifeste "Kirche 2011, Ein notwendiger Aufbruch"  (" Église 2011 : un renouveau indispensable")  me semble très opportune. Lisons :

§ 2. Paroisse

Les paroisses chrétiennes doivent être des lieux dans lesquels l’on partage des biens matériels et spirituels. Mais la vie paroissiale est en train de s’éroder. Sous la pression du manque de prêtres, on met en place des unités administratives de plus en plus grandes – des paroisses XXL -, dans lesquelles la proximité et l'appartenance peuvent à peine être ressenties. Les identités historiques et les réseaux de sociabilité construits au cours du temps sont abandonnés. Les prêtres sont «envoyés au casse-pipe» et s’épuisent. Si on ne leur fait pas confiance, les fidèles ne se décident pas à participer aux responsabilités et à prendre leur place au sein de structures plus démocratiques de direction de leur communauté. Le ministère ecclésial doit servir la vie de la paroisse, et pas l'inverse. L'Église a aussi besoin d’hommes mariés et de femmes aux ministères ecclésiaux.

Plus concrètement

 

Voici ma réflexion formulée à propos de la communauté paroissiale Saint-Polycarpe dont j’ai reçu la charge. Cela peut paraître très abstrait à celui qui ne connaît pas le quartier des pentes de la Croix rousse et ses engagements historiques. Je suis disposé à répondre à toutes les questions, car je pense très profitable d’élaborer une théologie pastorale à partir du vécu quotidien, de la pratique.

 

Ce qui existe désormais au centre de Lyon, Nord du deuxième arrondissement :

Le curé de la plus grosse paroisse (St Nizier) prendra en charge en septembre les paroisses de Saint-Vincent et de Saint-Paul. Il s’engage à respecter pour un an la méthode de catéchisme du diocèse utilisée de longue date par la catéchiste en place. Après cette année, il avisera ce qui est le meilleur et pourra opter pour la méthode qui lui est propre ; c’est-à-dire celle de la communauté de l’Emmanuel.

 

Ce qui se dit

St Polycarpe ne peut demeurer paroisse parce que c’est, selon la pratique ordinaire d’une paroisse, vraiment une trop petite paroisse. À l’issue de cette nouvelle année, il faut y mettre une communauté de prière (Moines de St Gervais, par exemple). Si on n’en trouve pas, les gens iront où ils veulent ; St Nizier est la plus proche. Il ne peut pas y avoir un prêtre desservant dans toutes les églises

On peut aussi unir St Polycarpe à St Bonaventure, sans que cela soit paroissial.

 

Ce que je dis

Indépendamment de ma personne, de ce que je ferai après St Polycarpe, j’estime que l’Église à Lyon se doit d’entretenir une présence ecclésiale orientée vers les personnes qui sont éloignées de l’Évangile et/ou de l’Église, les artistes, les militants, les associations humanitaires (RESF, CDS), l’homme, la femme en quête d’un spirituel quelque peu diffus… toutes des réalités fortement représentées sur le quartier.

Arts cultures et foi (ACF) bénéficient avec les engagements de Confluences-Polycarpe d’un ancrage missionnaire très concret dans l’agglomération. L’outil que représente St-Polycarpe est indispensable pour que soit réalisée cette mission.

Si une communauté se présente, il importe donc qu’elle maintienne les contacts de réseaux mis en place en lien avec ACF et qu’elle entretienne l’ouverture culturelle développée dans St Polycarpe.

La présence d’Église ad extra mérite d’exister au moins autant que la présence ad intra.

 

Que faire de mon avenir est-il demandé ? - Je ne suis pas disposé, pour le bien de l’Église et de l’Évangile, à abandonner pure et simplement, les contacts pastoraux acquis à la suite de longues années dans les divers réseaux artistiques et militants où je me trouve inséré. Or ces contacts ont besoin d’une incarnation ; celle qu’offre, actuellement l’outil St Polycarpe. Par ailleurs, collaborer avec un nouveau curé nécessite le partage d’une théologie commune.

 

ce qui revient très souvent

St Polycarpe ne peut pas durer comme paroisse, il faut arrêter cela, y mettre une communauté de prière ; tu ne peux pas rester ici indéfiniment. St Polycarpe à lui seul coûte trop cher.

 

Ce que je n’entends pas

la reconnaissance des activités d’évangélisation à partir des réalités humanitaires et culturelles, des réseaux actifs dans les personnes bénéficiant de l’infrastructure de St Polycarpe (Théâtre, Confluences, BASA, Cercle de silence, chrétiens et objection de croissance…), unique à Lyon. Si ce lieu n’est pas le meilleur, rien n’a été dit de concret sur l’endroit optimal.


Publié dans Eglise

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

adrien 16/05/2011 23:48






Comme paroissien ce message ne peut que faire réagir.


Moins de 30 ans, sociologiquement plus proche de la grande paroisse voisine et y comptant un certain nombre d’amis, on peut se retrouver et grandir dans la théologie développée à St Polycarpe et
ne pas se retrouver du tout dans la théologie descendante qui semble (re)devenir la règle dans l’église lyonnaise.


Entendre parler de fermeture du « bâtiment église» sonne donc pour nous comme mettre sous cloche une « communauté Eglise » et nier ce qui se vit au sein de celle-ci. Un récent
sondage intra-paroissial mettait en évidence les qualités d’humanité de cette communauté, ses qualités d’ouverture sur le monde. Pas un petit monde où résident quelques irréductibles
Croix-Roussiens… non, le monde tel qu’il est.


Pourquoi y a t’il une théologie particulière à St Polycarpe ? Parce qu’au sein de ce monde si divers et si mélangé, on peut se dire chrétien et se rassembler autour de notre Prêtre : le
Christ ! en unissant toutes nos différences, nos espérances et nos questionnements dans le respect de chacun. Bref vivre avec notre pasteur, le Christ, au sein de notre lieu de vie. Faire
l’unité entre notre foi et notre lieu de vie avec ceux qui le composent (en l’occurrence la population des pentes : artistes, Croix-Roussiens,Bobos, étudiants, décroissants etc…). Cela par
opposition à un enseignement de l’église qui devrait se faire une place dans nos vies. Nous choisissons le sens inverse !


Notre espérance ?  Construire l’Eglise Universelle comme le rassemblement de communautés différentes forte de leur identité locale où chacun à sa
place et non construire l’Eglise universelle comme une reproduction de clone (plus ou moins endoctriné).


Quelle place pour le prêtre (serviteur du Christ) dans une telle communauté ? Actuellement il semble être incongru que le prêtre ne soit pas le  leader  de la vie paroissiale, responsable du management de ses paroissiens et du marketing de la bonne nouvelle.  Avant tout, il est un paroissien car habitant la paroisse parmis nous, chrétiens
et non chrétiens et partageant son actualité. Paroissien particulier, ayant répondu tout spécialement à l’appel du Christ et de l’Eglise, il est l’intermédiaire par les sacrements entre les
croyants et le Christ.  Les croyants seulement ? Justement non ! Par sa vocation propre, il est témoin du Christ au monde, toujours
respectueux des sensibilités de chacun. Cette vocation propre s’exprime par plusieurs orientations : l’Art Sacré Actuel, la reflexion sur le mouvement de décroissance, la présence auprès des
migrants… Qu’importe ces choix, ils sont ceux auxquels il se sent appelé. Et comment ne pas s’en réjouir quand ils sont en plus abandonnés par l’institution ?


 Nos récentes lectures du dimanche nous invite nous aussi à ouvrir nos cœurs pour reconnaître le Christ qui vient frapper à notre porte. Voilà ce que
nous cherchons à vivre à St Polycarpe : reconnaître le Christ dans notre lieu de vie, auprès de ceux qui y vivent, avec ce qu’il s’y crée.


 Mais pour s’en rendre compte, faudrait il encore venir voir ce qu’il s’y passe et entendre les paroissiens….


Cela ne règle en rien les soucis structurels réels au sein de la paroisse. La vrai question pour l’avenir de St Polycarpe est : Conscients des réalités (spirituelles, humaines,…) qui s’y
vivent, des difficultés rencontrées( au sein de la paroisse, manque de prêtres au niveau du diocèse),comment pouvons nous imaginer une structure pour pérenniser cette présence chrétienne sur les
pentes sans la dénaturer ?


Si nous partageons le constat, les réponses devraient s’imposer naturellement.


 




Michel Durand 17/05/2011 19:54



Merci Adrien pour ce commentaire qui, d'une façon ou d'une autre, rejoint divers commentaires. J'espère que cela donnera envie d'entrer dans un véritable forum. Christ, tête de l'Eglise. Membres
du corps attachés à la tête : une autre image qui complète bien celle du Bon Pasteur de dimanche dernier.


Tu dis qu'il y a une théologie particulière à Saint Polycarpe. Je pense qu'elle est plutôt très commune et qu'elle s'enracine profondément dans la tradition ecclésiale.


A suivre...



DELTHIL Jean-Marie 14/05/2011 18:08



Cher Michel, j'unie mes petites prières aux tiennes... puisse la Providence ouvrir des portes à cette situation paroissiale quelque peu compliquée.


Bien à toi Michel.


Jean-Marie.



Michel Durand 17/05/2011 19:28



Oui, la situation est complexe. Il y a crise et dans ses périodes les passions se font plus vives. Je regrette personnellement de ne pas être autant serien qu'il convient.