L’idée démocratique peut et doit inspirer les modes de relation à l’intérieur de la communauté chrétienne

Publié le par Michel Durand

Robert Divoux diffuse cet article publié dans La Croix  du 25-26 août 2012 - Forum.
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Des accents de Vatican II à retrouver

par Gaston Piétri, prêtre à Ajaccio

 

Ce sont quelques accents, parfaitement fidèles à la Tradition chrétienne la plus ancienne, qui sont apparus dans l’œuvre de Vatican II comme novateurs. Ce sont ces mêmes accents qui déjà non seulement s’estompent mais encore trop fréquemment disparaissent du discours et des pratiques de certaines de nos communautés.

 

 

Pour exprimer la condition commune des croyants en Christ, la Constitution Lumen gentium met en avant l’égalité : « une véritable égalité règne entre tous les baptisés à qui est confiée la construction du Corps du Christ » (n° 31). En dehors de cette égalité qu’y aurait-il sinon des chrétiens de 1re classe, des chrétiens de 2ème classe ?

Le Concile ne manque pas dans le même texte de noter la différence des fonctions et parmi ces fonctions celle de pasteur. Pourquoi parler si peu de l’égalité et avoir si peu d’audace pour la vivre de façon plus visible ? Sans doute par crainte de « noyer » les pasteurs dans la communauté. Par insuffisante compréhension de la vraie nature des différences. Et en définitive par une regrettable dévaluation de ce nom commun de « chrétien » que les disciples ont reçu un jour à Antioche (Ac 11, 26). Qu’y aurait-il donc, pour nous, au-dessus de l’honneur d’être chrétien, c’est-à-dire du Christ ? On l’a dit, mais il faut le redire : il n’y a pas de super-chrétien. On entend parfois « les chrétiens et les pasteurs ». Énoncer ainsi la distinction n’a aucun sens dans la logique du christianisme.

Dans le décret sur le ministère et la vie des prêtres, Vatican II rappelle combien le ministère des prêtres est irremplaçable « dans et pour le peuple de Dieu », et il précise aussitôt : « avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur (…). Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique corps du Christ dont la construction a été confiée à tous » (n° 9). La relation de fraternité est la plus fondamentale qui soit et, si elle ne se voyait pas dans la vie quotidienne, l’aspect de « paternité spirituelle » que comporte le ministère pastoral se dénaturerait en perdant son sens évangélique : « vous n’avez qu’un Père, et vous êtes tous frères ». Pendant « l’année du prêtre », on a eu beaucoup de peine, dans l’abondance des publications, à déceler quelques traces nettes et insistantes de ce remarquable rappel conciliaire. Où est la crainte ? Nous avons besoin de vocations au ministère presbytéral. Croit-on que la valorisation urgente de cette vocation puisse être féconde et surtout bien comprise, si elle ne prend pas sérieusement en compte le « rapatriement » du ministère du prêtre dans le peuple de Dieu tel que l’inclut la dynamique de Lumen gentium ?

 

Dans le décret sur l’œcuménisme, le Concile recommande une présentation de la foi chrétienne qui mette à sa vraie place, c’est-à-dire à une place centrale, ce qui a très directement « rapport avec les fondements de notre foi » (n° 11). À ce titre il parle d’« une hiérarchie des vérités ». Les dévotions ont leur raison d’être. Elles illustrent parfois de façon opportune tel aspect du Mystère chrétien. À d’autres moments les coups de projecteur nombreux et persistants finissent par occulter ce qui est au cœur de la Révélation du Dieu de Jésus-Christ et du même coup ce qui nous est commun entre confessions chrétiennes. L’identité catholique, qu’affichent ces dévotions nées au cours des siècles, doit être subordonnée à la spécificité chrétienne en ce qu’elle a d’essentiel. Et c’est elle qu’il faut d’abord donner à voir.

 

La Constitution Gaudium et spes envisage l’originalité de l’Église qui ne saurait se réduire à aucun modèle politique. Mais elle le fait en situant cette particularité dans la société où elle est solidaire de tous les acteurs de la vie commune. Le Concile n’hésite pas à présenter l’Église et la société en situation de réciprocité. Ce que l’Église apporte au monde ne va pas sans ce que l’Église reçoit du monde (n° 41 à 44). C’est du Christ lui-même que nous recevons sans cesse l’Évangile du salut pour le proposer au monde. C’est « de l’histoire et de l’évolution du genre humain » que l’Église reçoit de nouvelles indications pour sa présence effective parmi les hommes de ce temps. Nous ne pouvons prendre prétexte des errements individuels et collectifs de nos contemporains pour placer l’Église en surplomb vis-à-vis d’une société qui n’aurait rien à nous dire.

L’idée démocratique par exemple ne s’applique pas à l’Église à l’égal de la société politique. Elle peut et doit cependant inspirer les modes de relation à l’intérieur de la communauté chrétienne. Il ne suffit pas de répéter à satiété « l’Église n’est pas une démocratie ». Il serait plus sage de montrer ce que peut apporter de vivifiant un sain esprit démocratique dans la mise en œuvre de ce « moment commun » qu’est l’expression du peuple de Dieu. Croit-on vraiment à ce « moment commun » où le même Esprit « parle à l’Église » ?

 

Ces accents n’épuisent certes pas l’œuvre de Vatican II. Les revivifier est nécessaire pourtant si l’Église tient à ce que ces arêtes vives du renouveau voulu par le Concile ne s’émoussent pas. Sinon la véritable Tradition ecclésiale y perdrait pour une part le souffle qui s’est manifesté il y a cinquante ans et dont la communauté chrétienne a plus que jamais besoin pour être fidèle témoin de l’Esprit qui « renouvelle la face de la terre ».

Publié dans Eglise

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