L’une des plus grandes injustices c’est l'exploitation démesurée des pays là-bas, enrichissant les Warren Buffett

Publié le par Michel Durand

flashmob-billets.jpgJe vous communique aujourd’hui un texte assez long (reçu de Robert Divoux, prêtre ouvrier, pradosien qui vit une active et heureuse retraite à l’écoute du monde), aussi demain je m’abstiendrai, à moins que…

Il s’agit d’une conférence de François Soulage, président du Secours Catholique, donnée le 28 février 2012 à Nancy.

Toujours en pensant à Diaconia 2013, servir la fraternité, je place cette conférence dans une actualisation de l’Evangile de Jean lu tous ces jours. Amour, vérité, fidélité, joie.

Lire ou relire cette conférence, alors que l’on vient de changer de président, est important pour soutenir ce qui est indispensable à l’homme. On dit que l’on veut maintenir la croissance (ce qui fait rire les objecteurs de croissance car, si les limites de la terre sont atteintes, il n’y a plus de croissance possible) est-ce pour plus de juste solidarité universelle ou pour maintenir la puissance d’un Etat -savoir et pouvoir ?

La conférence de F. Soulage, nous aide à trouver les chemins d’une réponse. Mais, pour que les chrétiens se fassent entendre sur ces questions de justice et d'amour fraternelle, ne faudrait -il pas qu’ils descendent dans la rue à ce propos ?

 

Parce qu’aujourd’hui, qu’est-ce qu’on a dans le monde ? On a les guerres, les difficultés économiques – je pense notamment aux Africains dans des pays extrêmement riches dans lesquels un certain nombre de gouvernants s’accaparent les richesses : quand je vois arriver des Gabonais, des Camerounais en France alors que c’est un pays qui est plein de ressources, on est amené à se poser des questions sur leur régime politique ! Comment se fait-il que les Camerounais ne peuvent pas rester dans leur pays ?

 

Nous avons dans l’Église de France lancé une grande opération : Diaconia 2013 (2013 est une date, on peut l’oublier). Dans l’encyclique Deus caritas est (Dieu est Amour), le pape dit la chose suivante qui a été pour moi une découverte, jamais je ne l’avais entendue auparavant : "notre vie de chrétien ne trouve sa plénitude que si nous sommes, dans le même temps, à célébrer les sacrements, à annoncer la Parole et à servir nos frères". C’est ce qu’on appelle la triple tâche des chrétiens.

 

 

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François Soulage s’exprime à partir de ce qu’il a entendu de son auditoire

« La question de la justice comme réparation d’un manque est venue régulièrement dans vos réflexions. Alors, je vais commencer par ce point, la justice, parce que trop souvent dans le monde catholique on parle de charité et peu souvent de justice, parce que la justice est connotée action politique, action institutionnelle, et on préfère se réfugier dans la charité.

Je vais m’appuyer sur la Lettre aux catholiques de France, de la Conférence des évêques en 1996, et sur deux encycliques de Benoît XVI : Deus Caritas est et Caritas in Veritate.

La justice a une définition simple pour les chrétiens : c’est donner à chacun ce qui est à lui (cela ne veut donc pas dire forcément l’égalité) ; et cela veut dire aussi avoir un travail de recherche, chercher ce qui devrait être à lui ; alors que le concept de la charité, c’est : donner à l’autre ce qui est à moi.

Pourquoi cette distinction ? Parce que le mot charité, la caritas, c’est l’amour de l’autre comme enfant de Dieu, comme je le suis moi-même. C’est tellement vrai que l’encyclique Caritas in veritate a été traduite par L’amour dans la vérité.

Ce mot charité n’est pas du tout un mot descendant ! L’action caritative est trop souvent vécue comme une action surplombante : on va “s’occuper des pauvres”, ce qui ne nous remet pas en cause. Dans le mot charité tel que je viens de le définir, je me dépouille en partie : je me dépouille de mon savoir, d’une partie de mon pouvoir, d’une partie de mon être, de mon avoir.

 

Avoir, savoir, pouvoir : ce sont les 3 piliers.

 

Ce que dit le pape : le combat pour la justice est le combat premier (§ 6 de l’introduction de Caritas in veritate, encyclique très facile à lire). Le combat pour la charité ne peut prendre place qu’à partir du combat pour la justice.

Au Secours catholique, depuis une quinzaine d’années, nous disons que le combat contre les causes de la pauvreté est le combat prioritaire. Ce combat, c’est le combat pour la justice, ce n’est pas le combat pour la charité. Et si vous ne bataillez pas pour changer les causes de la pauvreté, c’est le tonneau des Danaïdes : vous serez toujours en train d’aider des gens qui continueront à être dans la même situation !

Quand vous dites "la justice c’est la réparation d’un manque", quel manque ? Je le définis, parce que je trouve intéressante cette expression : c’est le non-respect des droits fondamentaux attachés à chaque individu, y compris dans une société républicaine. Le droit à la santé, le droit à l’éducation, le droit au logement, le droit à l’emploi, le droit au respect des libertés de chacun, -nous sommes dans une société de droit– droit écrit en plus, contrairement au monde anglo-saxon qui est une société de droit oral. Et donc, le combat pour la justice, il est très simple : c’est le combat pour le respect des droits. Ce qui conduit en termes d’actions à travailler pour que chacun soit rétabli dans le droit qui est le sien.

Je suis intervenu dans l’émission Mots croisés du lundi 28 novembre 2011 en reprenant le discours du Président de la République (Nicolas Sarkozi) à Bordeaux où il avait dit “Les pauvres ont perdu leur dignité, lorsque qu’on tend la main, on n’est pas digne” ; ne pouvant être d’accord, j’ai insisté : la dignité de la personne est impartageable, elle est attachée à la personne ; le respect de sa dignité peut être bafoué, mais il n’a pas perdu sa dignité, sinon, c’est dramatique ! Le plus pauvre, il est d’abord digne : digne d’être aidé, digne d’être accompagné, digne d’être respecté ; il n’a pas perdu sa dignité ; elle n’est pas respectée, ce qui est totalement différent. Et j’ai été même plus loin en disant : croyez-vous que celui qui tend la main, il a perdu sa dignité ? Non, il tend la main parce que personne ne la lui a tendue auparavant, donc il est obligé, lui, de la tendre.

Ceux qui ont perdu leur dignité, c’est peut-être ceux qui n’ont pas tendu la main – c’est mon interprétation du Bon Samaritain qui a tendu la main à celui qui était sur le bord de la route. Il faut aussi se battre pour que les mots aient un sens. Est-ce que celui qui contourne le blessé de la vie respecte, pour lui, la propre dignité dont la Création l’a dotée ?

C’est vraiment le point de départ sur justice et charité. Arrêtons de faire des complexes avec ce mot charité, parce que si nous le mettons comme supplément au combat pour la justice, alors nous sommes en plein dans le monde et pour reprendre une expression du cardinal Vingt-Trois, “ Le combat pour la justice et la charité, c’est le combat pour la transformation de notre pays dans une société plus juste et plus fraternelle” – ce qui est par ailleurs le mot d’ordre du Secours catholique.


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On peut parler de solidarité, de fraternité, mais il faudrait d’abord savoir de quoi on parle.

La solidarité : attention là encore au mot galvaudé ! La solidarité, elle doit normalement être réciproque : c’est "je donne, je reçois". Or, le drame de notre société, c’est qu’on a utilisé le mot solidarité en séparant trop nettement le "je donne" de "je reçois".

"Je donne", c’est souvent dans notre société, et pourquoi pas, sous forme d’un impôt, d’une taxe ; c’est la solidarité nationale, d’ailleurs cela porte un nom ; l’impôt de solidarité sur la fortune.

Et le "je reçois" donne l’impression toujours qu’existe une espèce de pot commun dont on ne sait pas très bien d’où il vient et qu’il y a encore des gens qui passent leur temps à tirer dessus. C’est ce qui donne lieu au mot "assistanat" : il y a des gens qui profitent – vous avez tous entendu cela, nous l’entendons tout le temps.

Or, notre société est une vraie société de solidarité, dans laquelle en effet la puissance publique est en charge de la mise en œuvre de la solidarité nationale. Le drame, c’est qu’on a oublié les deux aspects. Au passage, rien n’est fait pour mettre les deux choses l’une avec l’autre !

Un exemple : lorsque pour financer le revenu de solidarité active, le RSA, on avait beaucoup travaillé avec Marin Hirsch pour mettre en place le RSA activité, le complément de RSA que gagnera la personne lorsque par ailleurs elle se remettra à travailler, de manière à ce qu’elle garde une partie de son indemnité, même si elle travaille. Il fallait qu’on trouve un milliard et demi. Donc on a dit : on va mettre en place une taxe spécifique de 1,1 % sur les revenus des placements financiers. J’ai eu le malheur d’écrire dans un édito du journal Message que je me réjouissais que ce 1,1 % n’entre pas à cette époque-là dans le calcul du bouclier fiscal, c’est-à-dire que quand on calculait tout ce qu’on payait comme impôt, à 50 % du revenu cela s’arrêtait, celui-là il n’entrerait pas dans ce champ ; de toute façon, tout le monde le paierait.

Je ne vous raconte pas le nombre de courriers d’injures de lecteurs de Message – ce sont des gens qui sont quand même donateurs du Secours catholique, ce qui m’a posé quelques problèmes – me disant que je n’y comprenais rien, que c’est un scandale de toujours demander aux mêmes, qu’on payait déjà suffisamment d’impôts comme cela et qu’il y en avait marre de voir des pauvres qui toujours quémandaient… Des discours étonnants !

Tout cela parce que le mot solidarité n’est plus au cœur de nos préoccupation, qu’on considère qu’il y a des gens qui prélèvent en permanence et d’autres qui sont appelés à payer en permanence. Or une société solidaire, c’est une société où on réfléchit à ce que chacun donne et reçoit, non pas à ce que chacun donne, les autres reçoivent, mais à ce que chacun donne et reçoit.

Quand on parle d’une société plus solidaire, c’est ça ; et celui qui a beaucoup reçu, qui a fait de très belles études – on a un bon enseignement public en France, moi j’ai fait toutes mes études dans l’enseignement public et si je suis là où je suis, c’est parce que c’est la communauté nationale qui a payé, et il y a un effet retour, mais cela vous n’en entendez jamais parler !

Lorsque vous êtes propriétaire d’une maison, d’un appartement, que dans la Région parisienne des lignes de train de RER s’ouvrent, tout d’un coup le prix de votre maison augmente, vous n’y êtes évidemment pour rien. Donc, lorsque le secrétaire d’État à la ville, Monsieur Christian Blanc, avait fait le projet du Grand Paris, il ne savait pas comment le financer et il a eu une idée que j’approuve : tous ces terrains agricoles, lorsque les lignes de métro vont exister, vont devenir des terrains constructibles, et autour des stations il y aura évidemment des constructions et donc les gens vont voir la valeur de leurs biens multipliée par 10 ! Est-ce que c’est illogique de faire payer le métro par les gens qui vont profiter de cet enrichissement pour lequel ils ne sont pour rien ?

De droite comme de gauche, tout le monde a tapé sur cette proposition. Rassurez-vous, les chrétiens n’ont rien dit : ce serait trop beau ! Parce qu’on entrerait dans la chose publique. On a le droit de ne pas être d’accord, mais réfléchissons à ce que cela veut dire : cet enrichissement sans cause, il y a quand même un certain nombre de passages dans l’Évangile qui nous rappellent cette question. Qu’on passe un minimum de temps pour savoir ce que cela veut dire – surtout que la rente foncière ce n’est pas du marxisme, c’est Ricardo, c’est-à-dire 30 ans avant.

La solidarité, ce serait accepter que ce que la collectivité vous a donné, vous en rétrocédiez une partie. Je ne sais pas si l’ouverture de la ligne de tramway à Nancy a connu les mêmes affaires, avec tous les problèmes qu’il y a eu dans sa mise en service et dans les pannes à répétition… Dans 20 ans, quand le centre-ville sera complètement encombré de bagnoles et qu’on voudra aller à la gare facilement, on sera content d’avoir le tramway à la porte. Donc, quoiqu’il arrive, vous aurez de la rente foncière, parce que simplement c’est un transport public par rapport à une évolution sociétale qui fera que les villes seront de plus en plus encombrées, que d’être au bord d’une voie si propre – parce que la prochaine ligne ne sera probablement pas un tramway – ce sera une facilité d’entrer ; on sera content de l’avoir dans 20 ans ; donc vous verrez, les biens autour vont gagner de la valeur.

 

La fraternité, c’est encore autre chose. Il y a deux sens différents - j’ai envie de vous faire partager ce que j’ai découvert en 4 ans de président du Secours catholique parce que, avant, personne ne m’en avait parlé en ces termes.

 

La fraternité, c’est ‘l’autre est mon frère’, cela veut dire que s’il est mon frère aux yeux de Dieu – la grande différence avec les humanistes, c’est que nous avons un Père, ce n’est pas une petite différence ! – et c’est donc mon frère d’un père unique, c’est-à-dire la reconnaissance dans l’autre que Dieu a voulu qu’il soit comme moi, ce qui me donne une responsabilité : est-ce que j’ai le droit de le traiter comme un inférieur ? C’est cela le recours au concept de "père et frère". C’est là que je retrouve la dignité de chacun : l’autre est mon frère aux yeux de Dieu, il a donc droit à l’égale dignité. Et le combat pour le respect de la dignité de chacun, il est là, dans l’idée de fraternité. Ce n’est pas évident.

Quand on voit dans nos accueils du Secours catholique (il y en a 2700) des gens vraiment déglingués, qui ont battu leurs femmes, qui ont abandonné leurs enfants … on a du mal à les prendre pour nos frères ! Quand nos équipes dans les prisons vont voir de grands criminels, ils sont aussi nos frères aux yeux de Dieu. Je peux vous dire que de temps en temps on a besoin de relecture derrière ! Ce n’est pas évident, et pourtant, c’est incontournable.

 

(L’immigré)

Et donc du coup, le combat pour la dignité est un combat qui ne se discute pas, et cela s’applique sur toute la question de l’immigré. C’est à partir de là que nous disons clairement : aujourd’hui, l’immigré sans-papiers, illégal sur notre territoire, il est quand même mon frère et donc je dois l’accueillir dans sa pleine dignité, parce qu’il est là à côté de moi. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il faut ouvrir largement les frontières, accueillir tout le monde, non ! Je parle de celui qui est là, qui vient nous voir dans nos accueils, dans les accueils de nos paroisses : c’est la maman qui vient inscrire au catéchisme et on s’aperçoit qu’elle n’a pas une carte d’identité parce qu’elle est sans-papiers … Je n’ai pas choisi que l’immigré soit là, c’est l’accueil inconditionnel (cf. le livre de François Soulage et Geneviève Médevielle Immigration, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire).

Mêmes retours le jour où j’ai écrit cela dans Message : « veuillez nous retirer immédiatement de vos fichiers » etc. On a perdu quelques donateurs, mais je crois qu’on en a gagné d’autres. Des gens ont écrit : « Il est insupportable d’entendre un discours pareil venant d’un chrétien. » Je disais que nous sommes obligés d’appliquer cet accueil inconditionnel de celui qui est présent sur notre territoire. Certains, se trompant dans la citation, m’ont rétorqué : « Je vous rappelle ce qu’a dit Michel Rocard : on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Manque de pot, j’étais un peu proche de Rocard en son temps, je sais exactement ce qu’il a dit : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais on doit en prendre notre juste part. »

Le débat sur la juste part n’a jamais eu lieu ; on ne peut pas être les seuls à l’ouvrir, cela renvoie à la dimension européenne : ne pourrait-il pas y avoir, enfin, une politique européenne sur l’immigration ? Effectivement, si un pays, seul, dit "j’ouvre", c’est impossible à supporter, c’est évident ! On n’est pas des naïfs, on n’est pas des rêveurs, on n’est pas des fous. D’où la bataille politique pour que l’Europe s’ouvre à la question de l’immigration dans des conditions qui soient acceptables. Parce qu’aujourd’hui, qu’est-ce qu’on a dans le monde ? On a les guerres, les difficultés économiques – je pense notamment aux Africains dans des pays extrêmement riches dans lesquels un certain nombre de gouvernants s’accaparent les richesses : quand je vois arriver des Gabonais, des Camerounais en France alors que c’est un pays qui est plein de ressources, on est amené à se poser des questions sur leur régime politique ! Comment se fait-il que les Camerounais ne peuvent pas rester dans leur pays ? Et quand vous avez des Éthiopiens qui arrivent parce que c’est le désert, des Somaliens parce que c’est la bataille, quand c’était en son temps des Tamouls parce que c’était le conflit au Sri Lanka, au nom de quoi notre continent se fermerait à ces populations qui sont en grande souffrance ? Comment, à l’intérieur, nous prenons notre "juste part", à la fois en accueillant, mais aussi en nous bagarrant pour une politique qui soit une vraie politique d’accueil ?    

Au passage… L’Europe est en train de manquer de main d’œuvre : l’Allemagne a sa population qui baisse, l’Espagne, l’Italie… Tous les démographes et tous les économistes disent que dans un premier temps, c’est plutôt bénéfique, mais dans un deuxième temps, c’est catastrophique, parce que c’est autant de non-producteurs et de non-consommateurs. Là, on marche sur la tête. Mais pour l’instant la politique de l’Europe est une politique extrêmement restrictive dans laquelle notre ministre de l’intérieur a plongé les deux pieds en avant ! Il n’y a pas de jour où on ne nous annonce des mesures qui pour beaucoup d’entre elles existent déjà et on sait qu’elles ne sont pas applicables.

J’ai la chance de rencontrer beaucoup de préfets qui sont très malheureux : ils appliquent des directives avec lesquelles eux-mêmes, souvent, ne sont pas d’accord, d’ailleurs certains démissionnent ou prennent leur préretraite.

Je trouve que ce climat de campagne électorale est très dangereux parce qu’il est le moment où tous les discours sécuritaires peuvent être mis en avant. Je vous donne un exemple qui me révolte : M. Guéant a dit l’autre jour qu’il avait restreint les conditions de dépôt d’une demande d’asile. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, nous avons en gros 25 % des demandes d’asile qui sont acceptées, soit par l’OFPRA, soit par la Commission nationale du droit d’asile, et c’est 25 % d’un flux qui ne cesse d’augmenter, car dans un pays comme le nôtre, c’est le meilleur moyen d’être un tout petit peu en règle parce que du jour où vous avez déposé votre demande, vous avez le droit de rester sur le territoire – pas le droit de travailler, faut quand même pas rêver ! Comme cela vous êtes sûr d’aller dans la clandestinité pour vivre, ça c’est un détail, ça n’intéresse personne… Comme le nombre de demandes augmente, et qu’on veut maintenir un pourcentage raisonnable, eh bien, on va éviter que le nombre de demandes augmente, donc on restreint le dépôt de demandes. C’est contraire à tout le droit international ! Le droit international autorise les États à mettre des conditions pour obtenir le droit d’asile, pas pour le demander. Dans notre livre, hélas on anticipait, on disait qu’on a déjà un certain nombre d’endroits où on le réduit, non pas le droit d’asile, mais le dépôt de demandes ; là, c’est officiel.

On revient à justice / charité : quand on se bat contre ces directives, c’est au nom de la justice puisque c’est un droit qui est bafoué ; on n’invente rien, nous ne sommes pas des dangereux révolutionnaires qui tout d’un coup réinventent le monde : nous sommes dans une société du droit et nous entendons à ce que le droit soit respecté.

 

Le DALO (droit au logement opposable)

On m’interrogeait sur ce que nous voulons pour une société plus juste et plus fraternelle : je veux déjà une société juste, c’est-à-dire qui respecte les règles qu’elle s’est données. Le droit au logement opposable, en Ile de France, a été accordé à 20 % des demandes (à Nancy, c’est probablement moins grave). On nous dit "pourquoi vous vous mobilisez, il n’y a pas de logements ? " : il y a un droit, il n’y avait qu’à pas le voter !

C’est la même chose pour le droit à l’éducation, et le droit à la santé. Il y a une allocation qui s’appelle l’Aide médicale d’État, l’AME, qui est ouverte à tout le monde – c’est intéressant d’ailleurs parce que là c’est l’accueil inconditionnel pour la santé dans les hôpitaux, c’est-à-dire que si vous vous présentez, c’est l’État qui paie (si vous n’êtes pas pris en charge par la Sécurité sociale).

Or on vient de décréter que pour avoir droit à l’AME il fallait payer 30 €. Ce n’est pas les 30 € qui me choquent le plus, c’est le fait qu’on achète un droit : ou c’est un droit, ou c’est une marchandise, il faut choisir.

On n’a pas à acheter un droit : le droit à la santé est reconnu dans la constitution pour l’ensemble des gens présents sur le territoire. Indépendamment du fait que x fois 30 € dans une famille, c’est lourd. Nous avons dans nos permanences des gens qui n’ont pas les 30 € pour l’AME. Indépendamment de tous ceux qui ne s’inscriront pas parce que, étant sans-papiers, ils ont la trouille qu’en s’inscrivant ils soient repérés – ils n’ont d’ailleurs pas tort. Vous voyez comment une petite mesure qui apparaît légère est une vraie atteinte au droit.

 

Dans cette campagne électorale, je voudrais que, au moins nous chrétiens, nous puissions, sur cette idée de combat pour la justice, nous appuyer sur des faits réels et non pas des prises de position potentielles. C’est cela qui est important, parce que nous avons les uns et les autres des options différentes, mais cette idée du combat pour la justice ne devrait pas créer d’opposition entre nous. Nous ne sommes pas là pour inventer de nouveaux droits (c’est pour cela que j’ai été très prudent sur la question de l’immigration et l’ouverture des frontières), je parle des gens qui sont ici ; et je n’ai pas à juger pourquoi ils sont là.

On travaille avec le CCFD sur ce point : qu’attendons-nous dans nos communautés pour nous appuyer sur les gens qui sont là, qui sont immigrés, qui ont quitté leur pays, pour essayer de faire comprendre ce qu’est la situation dans leur pays.

Dans ma paroisse, on a tout un groupe de Tamouls qui sont arrivés il y a 4/5 ans : à aucun moment nous ne leur avons donné la parole pour savoir pourquoi ils étaient là ; cela aurait été probablement une bonne manière d’éveiller à la solidarité : passer du temps à leur demander ce qu’ils ont vécu, ce qui s’est passé dans leur pays, jamais nous n’avons pris le temps de le faire.

Nous avons aussi des Érythréens qui viennent d’arriver – l’Érythrée, c’est la dernière dictature d’Afrique, c’est épouvantable, les ONG sont interdites, des expatriés d’ONG sont toujours emprisonnés en Érythrée – et on ne leur demande pas pourquoi ils sont là. On va les aider, on est gentils, mais on ne fait pas la justice.

 

On ne fait pas la justice si on n’est pas en état de leur faire dire ce qu’ils ont vécu. S’ils nous racontaient ce qu’ils ont vécu et sont en train de vivre (parce qu’il faut voir dans quelles conditions ils sont accueillis), je crois qu’on ferait un grand progrès dans la prise de conscience de ce qu’est notre responsabilité, et bien entendu notre responsabilité de chrétiens.

 

Je vous ai parlé de justice, de charité, de fraternité, de solidarité, au passage j’ai un peu abordé la question de la dignité. Au-delà, qu’est-ce qu’on peut mettre en avant comme perspective à l’occasion de ces élections ?

Revenons sur l’avoir, le savoir et le pouvoir – j’avance avec prudence sur ce terrain parce que je vais toucher des choses un peu délicates :

 

Le partage de l’avoir, qu’est-ce que cela veut dire ? Je vais probablement un peu vous surprendre ; le partage de l’avoir, cela nécessite d’abord de savoir d’où vient cet avoir. Un exemple qui me fait réfléchir : un multimilliardaire américain, Warren Buffett, a décidé de donner 90 % de ses biens à des associations caritatives américaines ; alors il est mis en avant… Ce qu’on ne sait pas – il se trouve que cela a été mon métier pendant 25 ans d’être dans la banque d’investissement, donc je connais – c’est qu’il a fait sa fortune sur des fonds spéculatifs. Moi je veux bien qu’il donne 90 % de sa fortune, mais réfléchissons sur la manière dont il l’a obtenue : on peut être généreux avec le bien des autres !

Bill Gates, il est extraordinairement riche, sauf que sa société a sur les bras toute une série de problèmes juridiques de monopoles abusifs, de faire disparaître des concurrents, etc. On peut être généreux, je vais être brutal, quand on a pris l’argent des autres !

Est-il normal que, dans une entreprise, le grand patron gagne 400 / 500 fois plus que l’ouvrier de base ? Je ne suis pas dans la morale. Est-ce que vraiment son travail apporte à la collectivité 400 fois plus que l’autre. C’est le seul critère. Après, si on démontre qu’il apporte 400 fois plus que les autres, il gagnera 400 fois plus, pourquoi pas, encore que c’est un concept de valeur un peu difficile. Mais admettons ! Mais me fera-t-on croire que le guichetier de la banque chez qui vous vous présentez, ou de la compagnie d’assurances, qui vous reçoit bien ou qui vous reçoit mal, fait un travail totalement inutile ? Il fait un travail extrêmement utile : s’il vous reçoit mal, vous allez voir ailleurs ; s’il vous reçoit bien, qu’il commence à vous écouter, vous entrez en rapport avec lui, il va vous présenter des produits, après vous irez voir le chef d’agence ou le chargé de clientèle … et la richesse de la banque elle est là ! elle n’est pas au 82e étage de la tour de la Société générale à la Défense.

Qu’il y ait ensuite des gens qui, en effet, ont des responsabilités importantes …, mais essayons de redonner du sens à ce que chacun apporte au bien commun, qui est un concept éminemment chrétien. Le bien commun ne veut pas dire que tout le monde doit gagner la même chose ! Cela veut dire que la base de réflexion, c’est la participation de chacun à la vie collective. Quelques exemples :

On ne pense pas aux personnes qui sacrifient leur vie de famille parce que, à 7h du matin, elles sont dans les bureaux à faire le ménage pour que, à 9h, le cadre ait son bureau propre.

C’est le chauffeur de bus qui se lève à 5h pour que les bus commencent à fonctionner à 8h et quart, et donc lorsque nous on est prêt à prendre le bus, le tram, le train, lui il est au boulot depuis 3 heures, et pendant ce temps-là, sa femme (si c’est un homme) ou son mari (si c’est une femme), en tout cas les enfants sont seuls à la maison. Quel est le prix qu’il paie pour notre bien commun ? Quelle est la compensation qu’il a ?

Je pense aux personnels des hôpitaux : les grands patrons ne sont pas là la nuit, ce sont les aides-soignantes qui sont là la nuit ; on les appelle, il y a des permanences, mais c’est pour vous montrer qu’il faut vraiment réfléchir à ce que veut dire aujourd’hui des différences de rémunération fabuleuses, comment on intervient pour le bien commun ou bien on profite du bien commun.

Cela, c’était le partage de l’avoir, et on est dans une société dans laquelle il n’y a plus de repères de ce point de vue. Les rémunérations invraisemblables avec les stock-options, les retraites-chapeaux, … c’est de la folie furieuse ! Comment, dans les entreprises, l’enrichissement de l’entreprise est accaparé par un petit groupe ! Vous vous rappelez, le président avait demandé que lorsque une entreprise distribue plus de dividendes d’une année sur l’autre, on puisse distribuer aux salariés ; le résultat : il y a des boîtes où cela donnait 16 € par personne ; c’est invraisemblable !

Il y a un vrai problème aujourd’hui de reconnaissance de la participation de chacun à la construction du bien commun. Et cela, c’est récent parce qu’il y a une cinquantaine d’années, pour l’échelle des mêmes responsables on était de 1 à 40, 1 à 50 ; aujourd’hui on est passé de 1 à 400 !

Il faut quand même savoir que quand les salaires moyens en France ont pris 2,2%, les rémunérations des 5% des Français les mieux payés ont augmenté de 32% en 2009. On est dans une logique d’accaparement.

Les mots sont volontairement durs parce que nous ne pouvons plus, nous Secours catholique, voir des gens qui sont dans la dèche totale et dont la situation n’évolue pas, et pendant ce temps là une société dont une toute petite partie, 5% voire même 1%, s’enrichit.

S’enrichit sur le dos de qui ? Nous sommes dans une société de profonde inégalité, avec une conséquence extrêmement importante, c’est que le mode de vie est tiré vers le haut avec des gens qui ne peuvent pas suivre.

J’étais hier avec le sous-gouverneur de la Banque de France – mes propos ne sont pas des propos que je prends dans le programme de tel ou tel parti politique, ils sont du numéro 2 de la Banque de France – : quand nous regardons le surendettement, 40% des gens surendettés ne devraient pas l’être, c’est simplement qu’ils ont des dépenses de consommation qu’ils n’ont pas maîtrisées. Il me disait lui-même « cela c’est le résultat de notre société de consommation, de publicité ; on a envie d’imiter celui qui est au-dessus ».

Et la personne qui gère les dossiers de surendettement me disait « c’est terrible parce que ces gens ne devraient pas être surendettés, ils ont été pris dans la spirale » – la spirale du crédit revolving, etc., qui ne sont que des moyens. Il me disait « on est en face d’un problème de civilisation, c’est dramatique » – c’est un chrétien, il est au conseil d’administration des scouts de France… mais n’empêche, ses services disaient la même chose. C’est un accaparement des richesses qui est un accaparement du mode de consommation !

Et donc, quand nos évêques, en 82, faisaient un appel pour un nouveau mode de vie, on y est dedans, totalement. Parce que nos problèmes de grande pauvreté, nous ne pouvons pas les résoudre s’il n’y a pas un plus grand partage de l’avoir et s’il n’y a pas par ailleurs, comme disait mon ami Patrick Viveret, une société de la sobriété. C’est notre combat parce que sinon, on est dans la logique du "toujours plus" – sans reprendre la phrase célèbre qui n’a pas donné grand-chose !

 

Qu’est-ce qu’une société juste, plus fraternelle ? C’est la vision de la société que nous avons au Secours catholique. Une société plus juste, c’est une société qui donne aux plus fragiles l’accès à leurs droits fondamentaux.

Jusqu’à présent, on constatait une situation et on tentait d’y remédier : les Restos du cœur donnent à manger à 860 000 personnes, c’est dire que c’est absolument indispensable. Mais en même temps, tant qu’il y a cela, on se dit "les pauvres, ils ont de quoi manger".

Donc la question qu’il faut se poser, c’est : est-ce normal ? Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire, bien entendu ! Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire la collecte de la Banque alimentaire, bien entendu ! Mais en même temps il faut se battre pour qu’on ait de moins en moins besoin de le faire parce qu’on ne respecte pas la dignité de ces personnes.

J’imagine qu’un certain nombre d’entre vous ont dû fréquenter à un moment ou un autre les Restos du cœur : c’est effrayant de voir comment les gens ont l’impression qu’ils ne sont plus dignes parce que cette obligation de venir est pour eux un constat d’échec terrible et donc les met en difficulté de pouvoir construire une vie stable.

Donc il nous faut en même temps faire et dénoncer. L’accès aux droits, c’est cela : ne plus être obligé de compenser l’absence d’un droit.

Aujourd’hui, ce n’est pas évident ; on peut prendre le droit au travail : quand on a 9,3% de la population qui sont au chômage (en réalité 9,7% avec les DOM-TOM, on les oublie toujours, cela représente 250 000 personnes en plus) il faut pouvoir aider ces gens, mais comment ? Est-ce que simplement on leur donne une allocation de chômage pour qu’ils survivent ? ou en même temps est-ce qu’on met réellement en place de quoi les accompagner pour tenter de faire en sorte qu’ils retrouvent un emploi ?

C’est toute la bagarre autour de Pôle-emploi. Aujourd’hui, Pôle-emploi n’a pas les moyens suffisants pour accompagner les personnes dans leur tentative pour retrouver une formation qualifiante, pour mieux s’adapter aux emplois. Pôle-emploi n’a pas les moyens suffisants, aujourd’hui. Nous défendons bec et ongle Pôle-emploi, chargé de mettre en place le droit à l’emploi, parce qu’il n’a pas les moyens de la mise en œuvre de ce droit.

Derrière la question de l’avoir, c’est aussi toute la place du don et de la gratuité. Il nous faut aujourd’hui, dans le partage de l’avoir, trouver cette place (cf. Caritas in Veritate, § 40 …), non pas faire fonctionner l’économie sur la base du don – c’était la critique facile de gens se moquant du pape - mais dans l’acte de produire, dans le fonctionnement d’une entreprise, dans l’engagement des personnes dans l’acte de produire, quelle est la place qu’ils donnent au don et à la gratuité ?

Je l’ai dit au congrès du MCC à Lyon, c’est cette réflexion gratuite, quand on est un cadre, qui ne vous apportera rien d’autre que de réfléchir à la manière dont on travaille avec les gens, comment on respecte leur personnalité, comment on respecte leur savoir-faire, comment on respecte leur temps de travail. Ce temps qu’on va consacrer à cela, c’est un temps gratuit, personne ne vous y oblige, sauf votre conscience.

On peut aussi dire "ce sont des rêveurs, l’entreprise ça existe, il faut bien qu’elle produise, donc la gratuité n’a pas de sens". Non, ce n’est pas cela ! C’est quelle place on donne à cet apport gratuit. Et c’est là que je vais sur le partage du savoir et du pouvoir :

Je pense aujourd’hui que l’inégalité la plus importante, et qui explique probablement d’ailleurs les autres – l’idée n’est pas de moi, elle est de Monsieur Joseph Stiglitz – c’est l’inégalité de chacun face au savoir : les uns savent, les autres ne savent pas. Donc, au Secours catholique, passer du temps à l’écoute, c’est partager notre savoir avec ceux qui ne l’ont pas pour tenter l’accès aux droits ; on sait se débrouiller pour faire un dossier de demande d’allocations familiales, de RSA, d’allocation logement, répondre à un questionnaire de Pôle-emploi, on sait taper sur Internet, fournir des adresses … C’est cela le partage du savoir, et à l’intérieur de l’entreprise, c’est la même chose : s’il y a de telles inégalités, c’est qu’on n’a pas joué sur le partage du savoir. Les entreprises qui sont le plus engagées dans la responsabilité sociale des entreprises, elles ont parfaitement compris cela : elles essayent de développer le savoir intuitif des salariés ; c’est les boîtes à idées, à condition qu’on les utilise et qu’on les récompense.

Cette question du savoir, elle est fondamentale, mais vous ne la verrez nulle part, dans aucun programme électoral, sans parler du partage du pouvoir – là, je vous fais l’impasse…

On a chacun du pouvoir ; là où je suis, j’ai un pouvoir ; c’est un outil qu’il faut manier avec prudence, parce que quand vous avez le savoir, vous avez souvent une partie du pouvoir. Le pouvoir est lié au fait qu’on sait les choses. Le pouvoir des parents sur leurs enfants, ce n’est pas rien. Le pouvoir de la parole, ce n’est pas rien. Il faut bien retenir ces trois aspects : avoir, savoir, pouvoir.

Nous avons dans l’Église de France lancé une grande opération : Diaconia 2013 (2013 est une date, on peut l’oublier). Dans l’encyclique Deus caritas est (Dieu est Amour), le pape dit la chose suivante qui a été pour moi une découverte, jamais je ne l’avais entendue auparavant : "notre vie de chrétien ne trouve sa plénitude que si nous sommes, dans le même temps, à célébrer les sacrements, à annoncer la Parole et à servir nos frères". C’est ce qu’on appelle la triple tâche des chrétiens.

Et nous – Secours catholique, CCFD, Saint Vincent de Paul, Fraternité des malades, équipes d’Action catholique,… - nous nous sommes dit : "finalement, chacun d’entre nous est cantonné dans une tâche : l’équipe de liturgie de la paroisse fait sa liturgie ; le catéchisme, c’est l’annonce de la Parole par la catéchèse ; et nous, associations caritatives, on est dans le service du frère. Mais les choses ne se croisent pas. Or, le service du frère dans cette encyclique, c’est la diaconie (diaconia). On s’est dit : et si dans l’Église de France, on essayait de réfléchir sur la dimension du service du frère en lien avec les autres ? "

C’est assez bien parti et l’idée est maintenant de se dire "comment notre Église est diaconale ?" c’est-à-dire comment est-elle, dans ses 3 fonctions, serviteur du monde : comment nous célébrons et qu’est-ce qu’on met dans la célébration ? Cette eucharistie que nous partageons, elle est là-haut à l’autel ou avec nous, là où nous sommes ? Et l’envoi en fin de célébration, on est vraiment envoyé, ou on a (enfin) fini la messe ? Comment, quand vous êtes dans une équipe de catéchistes, vous êtes aussi attentifs aux enfants qu’aux parents qui les accompagnent ? Comment, dans une célébration de funérailles, vous êtes aussi attentif à la famille qu’aux voisins qui accompagnent le défunt ? …

Il y a une équipe diocésaine qui s’est mise en place, vous allez en entendre parler ; mais c’est indispensable, à nos yeux, que tout ce qui fait la vie de l’Église puisse, sur son territoire, être serviteur. L’idée de 2013, c’est de faire à l’Ascension, à Lourdes, un rassemblement de tous les chrétiens qui sont engagés dans la vie de l’Église, non pas seulement au service des frères, pour voir comment cette dimension de l’Église serviteur peut se vivre. Il y aura beaucoup d’expériences – il y en a qui n’auront pas démarré et viendront regarder ce qui peut se passer – pour qu’après cela devienne la figure de l’Église de France.

Lorsque j’ai rencontré le cardinal Vingt-Trois, il m’a dit : "à Lourdes, en 2013, à partir de ce qu’on aura déjà fait ce cette Église, serviteur du monde, il faut que cela se termine par un message à notre pays pour montrer que les chrétiens de France travaillent à la transformation sociale de notre pays."

Vous pouvez vous renseigner sur Google en tapant diaconia2013 (tout attaché).

Pour terminer, une petite annonce très importante : nous avons avec nos amis du CCFD, de Justice et Paix et du Ceras * (le Centre de recherche et d’action sociales des jésuites) sorti une petite plaquette qui s’appelle Au service du bien commun qui porte sur des questions internationales de justice, la justice fiscale et notamment les paradis fiscaux.

Pourquoi ? Parce que l’une des plus grandes injustices – et qui d’ailleurs se répercute dans les comptes de nos pays – c’est le fait qu’on exploite démesurément des pays là-bas, et que même exploité là-bas l’argent ne revient même pas chez nous, il se ballade dans les paradis fiscaux, chez les Warren Buffett et compagnie, ceux qui sont tellement généreux !

Je vous recommande de prendre cette brochure parce qu’elle est très pédagogique et qu’elle explique pourquoi toute cette bataille sur les paradis fiscaux est éminemment importante – d’ailleurs vous savez que notre président de la République française s’est beaucoup mobilisé sur cette question, mais il est tout seul : les Allemands n’en veulent pas, les Américains n’en veulent pas, les Britanniques, comme la City de Londres est le plus grand paradis fiscal du monde, n’en veulent pas non plus… !

Le pauvre malheureux, il pourra se battre tant qu’il veut, les paradis fiscaux sont partis pour un bon moment encore. Nous, ce qu’on voudrait, c’est que les Églises européennes se mobilisent sur cette question, parce que c’est des dizaines de milliards qui nous manquent aujourd’hui !

 

* http://www.ceras-projet.org/

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