La foi en Jésus-Christ modifie la réalité ; l’Espérance est une force active maintenant

Publié le par Michel Durand

Je place cette page dans le projet d’un groupe d’étude de la pensée de Jacques Ellul.

« Le chrétien va être celui qui va faire jouer le plus possible les pièces qui dans la société, l’administration ou les usines sont très liées l’une à l’autre ; celui qui va leur donner de la souplesse. Au point de vue politique, il est très important pour moi de travailler à la libération de l’homme. »

3846.jpg

Jacques Ellul

En juin, les rencontres se sont terminées en se donnant rendez-vous en septembre, voir aussi en octobre. Le calme de l’été est déjà installé. J’en profite pour reprendre quelques lectures importantes. Ainsi hier, j’ai ouvert plusieurs ouvrages concernant l’œuvre de Jacques Ellul et j’ai de nouveau été touché par la proximité de sa pensée avec les questions que nous nous posons dans le groupe « Chrétiens et pic de pétrole ».

Souvent, sans employer le mot de révolution, nous nous demandons comment arriver à changer de paradigme. Les analyses, en tous domaines, prouvent que cela ne va plus ; il faut d’autres modes de fonctionnement politique ; il faut sortir du capitalisme. On dit ! Mais que faisons-nous ? Que pouvons-nous faire ? Comment empêcher que les systèmes techniques, intouchables, sacrés détruisent l’univers ?

Jacques Ellul, témoigne : « Voir cette réalité technicienne telle qu’elle est, telle que je la décris, pourrait être stérilisant, décourageant, désespérant. Mais, c’est alors que la Révélation, acceptée par la foi, vient apporter une promesse, une espérance et une libération ».

Telle est ma conviction fondamentale. Pour l’exprimer, j’emploie souvent le mot « mystique ». Ainsi, au cours du deuxième colloque de Chrétiens et pic de pétrole, j’ai souhaité lancer la réflexion en reprenant ma conclusion du premier colloque quelles ressources spirituelles pour faire face à l’épuisement des ressources naturelles ? Où je m’expliquais avec ces mots : « ma réflexion est plus mystique que rationnelle ou scientifique ». C’est de là que vient le changement.

« Que signifie mystique, me demandai-je en 2009 ? - Devant l’immensité des problèmes que nous rencontrons, leur nouveauté et le constat de nos incompétences pour les résoudre, je me dis souvent que seule une attitude mystique peut réussir. Je pense aux problèmes de cet été : les violences de Saint-Aignan et de Grenoble ; les incendies en Russie ; les inondations au Pakistan ; les disparités entre pays pauvres et pays riches ; les conflits religieux ; les lois injustes de discrimination ; les réflexes racistes, xénophobes… Comment résoudre les multiples situations non fraternelles ?

Je me dis alors que seule une attitude mystique peut vaincre les obstacles. »

Être mystique, c’est faire confiance en Dieu, connu par Son Fils, qui ne peut abandonner sa création. Jacques Ellul, dit : « La foi en Jésus-Christ modifie la réalité. L’espérance n’est pas en renvoi dans l’avenir, mais une force active maintenant ».

Aujourd’hui, je pense que nous avons encore à approfondir le rôle en nous de l’Espérance, sinon nous n’aborderons l’objection de croissance que de l’extérieur, dans le rejet du monde présent. Pour changer de paradigme ; disons plus simplement, pour révolutionner le cours des choses ; pour réussir la Révolution, il faut la force de la Libération biblique, celle qui montre l’inexistence d’une croissance verte ou d’un développement durable.

Bref, pendant plusieurs jours, en reprenant les textes de Jacques Ellul, je pense développer ce sujet tout en me demandant si, à la rentrée d’octobre, je ne devrais pas proposer un groupe d’études s’appuyant sur le centième anniversaire de la naissance d’Ellul.

 

à lire :

Jacques Ellul, Ellul par lui-même, Entretiens avec Willem H. Vanderburg, la Table Ronde, 2008.

 

à entendre :


Commenter cet article

Blaise 15/08/2012 17:23


 


Je reçois agréablement votre mise en demeure :


 


« On dit ! Mais que faisons-nous ? Que pouvons-nous faire ? Comment empêcher que les systèmes techniques, intouchables,
sacrés détruisent l’univers ? »


 


Mais… que faut-il entendre exactement par « systèmes techniques » ?


 


Lorsque nous évoquons les nouvelles technologies, des noms surgissent dans notre esprit : Minitel, Apple, Orange, Google, Facebook… Notre
rapport à la technique et au réseau arachnéen des techniques dans lesquelles nous sommes pris, est indissociable de notre dépendance à ces nombreuses institutions.


 


Au début du XXe siècle, et il y a peu encore, notre environnement quotidien était composé pour l’essentiel de produits manufacturés, tels qu’un
livre en papier, un vélo, une paire de chaussures. Nous assistons aujourd’hui à une radicalisation du mode industriel de production déjà à l’oeuvre : notre rapport à autrui, au monde
extérieur, est de plus en plus médiatisé par ces instruments hybrides, prétendument transparents, qui ne nous laissent jamais seuls (les blogueurs chinois en savent quelque chose) et nous font
bénéficier de services déterminés en fonction de clauses précises et sur une durée limitée. Des objets de ce type sont dépourvus de vie autonome ; leur seule valeur réside dans le
fait qu’ils permettent la communication de plusieurs clients via le fournisseur de services, et de ce dernier avec son client…


 


En fin de compte, les « systèmes techniques » pris dans leur généralité ne se maintiennent que parce qu’ils sont soutenus par un
imaginaire collectif et générés par des institutions qui modifient nos habitudes et notre façon d’être au monde. Si par « technique » il fallait entendre exclusivement, à la manière
marxiste, une base matérielle porteuse d’aliénation, alors je ne serais pas d’accord. Nous sommes plutôt confrontés à un va-et-vient complexe entre des institutions formées par un imaginaire
social, des « systèmes techniques » qui organisent la vie sociale et des subjectivités humaines transformées par ce dispositif d’ensemble – dont elles deviennent elles-mêmes des
« pièces » actives. La technique n’est pas quelque chose qui fonctionne tout seul, sans institutionnalisation.


 


Je n’ai pas lu Jacques Ellul, je ne le connais que de loin. Echappe-t-il réellement aux facilités du marxisme ? – Parce que nous avons
moins à nous battre contre une technique « qui par elle-même se reproduit et à sa propre logique interne », qu’à nous affronter aux structures de péché propres à notre temps, et qu’on
pourrait ranger sous les qualificatifs d’individualisme libéral et d’utilitarisme planificateur qui sont, pour ainsi dire, les deux mains étroitement associées du
« désordre établi ».

Michel Durand 15/08/2012 17:55



Par systèmes techniques, il faut entendre, me semble-t-il, tous les modes d'organisation et de production qui désormais dominent l'homme. Nous rencontrons le même problème qu’avec l’argent. Il
devient maître adoré et servi alors qu’il devrait être au service de tous. Dans la littérature biblique, les prophètes parlent de la tendance pour Israël à quitter l’unique Dieu pour se mettre au
service des idoles.


Une technique ce n’est pas que de la matière mise en ordre de fonctionnement pour une production, c’est aussi une institutionalisation qui peut se poser sur du virtuel, une croyance. Croyance,
par exemple, que le développement puisse être infini. Notre péché réside donc dans l’idolâtrie d’une technique abusive. Technicisme et économisme.


Il me semble que c’est cela que vous exprimez.


Un laboratoire  sur Jacques Ellul va s’ouvrir à Lyon. Je pense que j’aurais l’occasion d’en reparler.


Merci pour votre commentaire qui, en fait, s’avère plus clair sue ce que je viens d’écrire.