La planète est une sorte de Titanic qui, poussé par nos prétendus besoins, approche dangereusement d’un iceberg terminal

Publié le par Michel Durand

Dimanche dernier, alors que ce n’était pas écrit sur mes feuilles, pendant l’eucharistie, j’ai évoqué la chronique de Bruno Frappat pour concrétiser la nécessaire conversion de nos modes de vie. Voilà, ci-dessous, le passage auquel j’ai rapidement fait référence.

Le journal La Croix semble ne pas souhaiter donner de la place à des écrits nettement anticapitalistes, pourtant, ce que dit Bruno Frappat n’est-il pas dans ce contexte ? Un jour viendra, peut-être, où les textes de Chrétiens et pic de pétrole trouveront leur place dans ce media.

Bruno-Frappat« L’humeur des jours », la chronique de Bruno Frappat
Sur la mer calmée…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Titanic »… L’immense cercueil, autour duquel sont éparpillés des milliers et des milliers d’objets, encore va garder ce sinistre bazar, sauf à le confier à un musée.

Mythe

Pourquoi cette tragédie fonctionne-t-elle si bien dans la mythologie mondiale ? Pourquoi elle plus que d’autres ? Dans un excellent livre, très posé, très précis, sans pathos, paru en 1998 et republié dernièrement (1), un journaliste spécialisé dans les questions maritimes, Philippe Masson (1925-2005) décrit les étapes de cette construction et le sentiment qui prévalait à l’époque que ce naufrage signait la « fin d’une époque » . Et qu’il tirait de ce fait une force symbolique de nature à éclipser bien d’autres événements, des drames plus affreux encore, des bilans beaucoup plus lourds, des tragédies pires.

De quoi exactement fut-il le coup de gong, ce naufrage ? Assurément de la fin de la Belle Époque et d’un signe annonciateur de tragédies encore plus amples qui, deux ans plus tard, conduiraient l’Europe au suicide collectif. Coup de semonce pour l’arrogance d’un progrès indéfini, supprimant tout risque. Échec des Britanniques à supplanter, sur cette route maritime de l’Atlantique nord, le pays qui, alors, avait réussi à dominer le marché et n’était autre que… l’Allemagne. Fin de la religion du « toujours plus »  : le plus beau, le plus long, le plus vaste, le plus sûr… Depuis cinquante ans les ingénieurs et les armateurs n’avaient eu de cesse, encouragés par la finance, de concevoir des navires censés abolir toute « fortune de mer » . L’homme avait vaincu la fatalité. Ces vanités coulèrent avec le Titanic .

La leçon fut-elle retenue ? Bien sûr que non. Le XXe  siècle s’évertuerait, de volonté de puissance en rage de domination, à des prouesses techniques et des inventions dans tous les domaines : transport, armes, chimie, biologie, nucléaire qui, toutes, ont produit leurs Titanic , et souvent en pire. Avec, chaque fois, questions, émotions, promesses de sagesse non tenues. On n’arrête pas le progrès, disait-on. On n’arrête pas l’ambition, l’âpreté au gain, celle de consommer plus et toutes sortes de folies. Les guerres elles-mêmes passèrent au stade industriel et la haine raciste et l’idéologie usèrent insolemment de trouvailles multipliant le bilan des massacres. Le gigantisme était partout et le risque, loin de reculer, s’amplifiait à proportion. C’était un magnifique bateau qui engloutit, en 1912, des centaines de ses passagers. Ce sont de magnifiques avions qui ont détruit les tours du World Trade Center, en 2001.

Pas question, bien sûr, de regretter le temps des lampes à huile mais tout de même, l’orgueil humain aboutissant à exténuer la nature, à la souiller, à gâter l’eau, l’air, la terre, le climat, peut-on longtemps continuer à ce rythme ? Notre planète entière n’est-elle pas une sorte d’immense Titanic qui, sur la mer indifférente, poussé par nos prétendus besoins, accompagné par un orchestre lénifiant, approche dangereusement d’un iceberg terminal ?


Br. F., La Croix

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