La solidarité - 2 : les obstacles.

Publié le par Michel Durand

Les obstacles à la solidarité.

Le désir d'enrichissement personnel à tout prix casse la solidarité.

 

Les pauvres, les personnes qui vivent dans le dénuement se prêtent facilement les objets dont ils ont besoin. Personne ne peut tout avoir pour répondre aux problèmes du quotidien, alors, il appartient au mode de vie ordinaire d'emprunter chez le voisin.

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Je vais vous citer la pratique dans les villages d'oasis sahariens. Quand il y a un mariage, tous les habitants sont invités. Il peut y avoir plus de cinq cents convives. Personnes n'a assez de verres, fourchettes, couteaux pour tout le monde. Alors, chaque pièce de la vaisselle d'une famille est marquée d'un signe à la peinture et tout est mis en commun. Pareillement pour cuisiner. Tout le monde participe. Couscous, viande, légumes, pâtisseries sont faits dans la maison et on apporte au bon moment, au bon endroit la part au festin du mariage. Au bon endroit ? Dans la demeure d'un des parents des époux ou devant la maison, dans la rue qui pour l'occasion est fermée à la circulation des voitures s'il y en a.

Cette forme de solidarité festive était possible quand les parents organisaient le mariage. Aujourd'hui cela change, même au plus profond du désert saharien. Un père de Timimoun me raconta que tout fut selon la tradition (comme je viens de le décrire) pour le mariage de sa première fille. Il n'en fut plus question dix ans après, pour celui de son dernier garçon. C'est désormais le jeune couple qui organisa tout, les parents n'ayant eu leur mot à dire que pour la forme. Les invitations furent limitées et le père entendit plusieurs fois ce reproche : "pourquoi tu ne m'as pas nvité pour le mariage de ton dernier fils ?" Entre le premier et le dernier enfant, la famille s'était enrichie. Ils ont voulu faire seuls. Ils n'ont pas fait aussi bien qu'avant. Rupture d'une culture solidaire rurale.

Pour évoquer en Occident la solidarité de la culture ouvrière, il y a de nombreux romans depuis Émile Zola et tous les récits de l'action catholique en milieu ouvrier souligne cette solidarité. Un peuple en difficulté, notamment au cours d'une grève, comprend l'importance de l'entraide. "On se sert les coudes" dit-on.

Dès qu'une situation d'abondance se met en place, des failles se glissent dans les mouvements solidaires. L'égoïsme fondamentalement humain, l'esprit de concurrence, la mise en valeur de l'individu au moins depuis le XVIIe siècle, sinon avant, la philosophie libérale, la possibilité de l'enrichissement personnel sont autant de facteurs propres à la société occidentale – modèle concurrentiel et industrieux du monde entier. Je ne parle pas de socialisme ou de communisme, car ces utopies n'ont actuellement plu court ou semblent de pas trouver de nouveaux souffles.

J'utilise encore une image découverte récemment pour expliquer que le désir d'enrichissement personnel à tout prix casse la solidarité. J'ai entendu dire que le commerce international de la drogue organisé par les cartels colombiens s'installe en Afrique et que le Sahara devient une route importante. Trafique divers, y compris d'armes, qui s'appuient sur les nomades, les seuls à bien connaître dans le désert les lieux de passages avec les puits.

L'idée d'un possible rapide enrichissement fait prendre des risques importants par des organisations qui n'hésitent plus à utiliser les armes lourdes pour se défendre contre les polices. Je souligne ici la difficulté qu'il y a à parler de solidarité quand elle ne se vit qu'à l'intérieur d'un groupe mafieux.


Publié dans Anthropologie

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Angélique 20/04/2010 10:05



bonjour


oui c'est bien vrai : l'égoisme casse des liens, notamment la solidarité


soyez bénis