La solitude s’accepte dans un apprentissage, une recherche sur soi. On arrive à sa vérité d’homme le jour où on est en dans le vide absolu

Publié le par Michel Durand

L’été est le moment propice pour de longues promenades dans des endroits déserts. Il est agréable, par exemple, de s’éloigner des bruits de la maison (ou du camping) pour goûter au silence de la solitude. La nuit approche, tout est calme.

 

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C’est ce que je disais, le dimanche 28 juillet pendant l’homélie du jour :

« Nous nous retrouvons régulièrement pour prier ensemble. Et, dans cette prière, nous n’avons pas peur du silence. Un silence habité. Comme l’été, la nature est propice aux longues promenades, par exemple le soir quand la fraîcheur est venue, n’hésitons pas à nous mettre à l’écart des bruits de la rue, de la maison, pour nous retrouver pas seulement avec nous-mêmes, mais avec Jésus, le modèle des priants. »

 

Je vous communique un texte de Marie-France Hirigoyen qui se présente comme un éloge de la solitude.


La solitude est une ouverture qui permet de se détacher du monde pour aller vers d'autres possibles, que ce soit la création, une démarche religieuse, ou tout simplement l'amour. Elle permet de se concentrer tout entier à l'intérieur de soi. S'isoler, faire retraite, constitue une sorte de purification, de régénération. On voit ainsi s'affirmer de plus en plus une recherche d'équilibre personnel incluant santé physique et psychique, cette dernière étant vécue comme un art de vivre et une quête de sagesse et de sérénité. D'où le besoin accru d'espaces de silence, de lieux de méditation. C'est ainsi que, depuis quelques années, les retraites dans des monastères, quelles que soient les religions, sont devenues courantes.

L'homme est un être social qui, certes, a besoin d'interactions avec ses semblables, mais tout autant d'intérêts personnels. Et bien des individus hautement créatifs qui ne vivent pas de relations interpersonnelles intimes, mènent pourtant des vies très heureuses, car ils ont la passion de leur métier et un but important dans la vie. Ils ne sont nullement asociaux et entretiennent avec les autres des relations sociales chaleureuses. Ce n'est pas un hasard si la littérature, le cinéma, la BD, ont souvent mis en scène des héros solitaires qui, par leur indépendance, pouvaient aider les personnes en détresse et « sauver l'humanité ».

D'une façon générale, les créateurs ont besoin de solitude, car ils vont chercher à l'intérieur d'eux-mêmes la matière pour leur œuvre. La plupart des philosophes, penseurs, écrivains ou mystiques ont cherché leur inspiration dans une vie de solitude. Pour écrire son Discours de la méthode, Descartes avait éprouvé le besoin de s'enfermer dans un « poêle» (petite pièce bien chauffée) et Montaigne ne quittait sa fameuse «librairie» qu'en de rares occasions. D'autres s'enferment dans le silence des monastères, là où se sont retirés ceux dont Michaux disait qu'ils pratiquaient la « science du retrait enchanté ». Lors du discours qu'il prononça alors qu'il recevait le prix Nobel de littérature 2006 l'écrivain turc Orhan Pamuk insista quant à lui sur la nécessité pour un écrivain de « se retrouver seul dans une chambre pour se frotter à la foule de ses rêves ».

Des individus plus modestes font aussi le choix de se retirer du monde. Qu'ils soient gardiens de phare, explorateurs navigateurs solitaires, moines ou nonnes, ils ont choisi une activité qui leur permet de valoriser leur goût pour la nature et la solitude. C'est ainsi qu'un Français, David Grangette séjourne six mois par an seul dans une île de l'archipel des Kerguelen pour s'occuper de son troupeau de moutons (Le Monde 5 janvier 2007). Comme beaucoup de solitaires, il dit que, dès l'enfance, il était timide et adorait être seul. À l'âge adulte, il a su trouver une activité lui permettant d'assouvir son goût pour la solitude. Le choix de la solitude, préalablement exceptionnel, dans les registres du religieux ou de l'héroïsme, est bien devenu une potentialité ouverte à tous, comme un cadeau luxueux que l'on peut se faire à soi-même.

(…)

Le choix de la solitude n'est pas un refus de l'autre ou une indifférence aux autres, mais une mise à distance qui, à notre époque où la mode est à la promiscuité, peut être, à tort, interprétée comme du rejet. Cela n'exclut pas la présence de l'autre, car si je suis en paix avec moi-même je me rends plus disponible aux autres : il s'agit simplement de refuser de se laisser vampiriser par l'autre. Pour être disponible aux autres, il faut auparavant s'éveiller à soi-même, être en paix avec soi-même.

(…)

À tort, on associe la solitude à l'égoïsme et à l'égocentrisme, alors que la vie seul, et en particulier le célibat, peut permettre une ouverture au monde que ne permet pas la vie de couple, et la solitude joue parfois un rôle de propulseur pour aller vers quelque chose d'autre. La difficulté d'établir des relations solides dans un monde incertain amène les personnes à se replier vers d'autres aspirations. Le manque, l'échec, la souffrance servent alors de levier pour progresser. On peut y puiser la force pour inventer d'autres liens.

La capacité d'être seul, parce qu'elle nous rend disponibles à l'autre, nous rapproche de l'amour, non pas au sens du coup de foudre passager, mais beaucoup plus d'une communion avec l'autre. Alors que beaucoup s'imaginent que l'amour va mettre fin à leur solitude, c'est au contraire la capacité d'être seul qui permet la disponibilité pour l'amour. Quand on cesse de croire que l'autre va vous réparer, qu'on n'attend plus de lui qu'il vienne mettre fin à vos angoisses, de nouveaux liens peuvent se mettre en place.

Les solitaires sont plus exigeants sur la qualité des relations qu'ils entretiennent avec les autres. Face à un monde où les rapports humains tendent à se réduire au travail et au sexe, c'est-à-dire des rapports d'intérêt et de séduction, se sont développés de nouvelles formes de sociabilité, d'autres modes de relation plus intimes, de solidarité, d'amitié: des relations désintéressées, juste pour le plaisir d'être ensemble. C'est une façon de se tenir à l'écart de la superficialité des rencontres éphémères, pour privilégier les amitiés profondes.


 

Publié dans Témoignage

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Blaise Join-Lambert 10/08/2013 12:12


J'ai pris connaissance d'un colloque sur Ivan Illlich auquel a participé Serge Latouche  :  « Vivre et penser avec Ivan Illich. Dix ans après . » (29 nov. 30 nov. et 1er déc. 2012). Les
interventions ont été filmées et son disponibles sur internet :


 


Ivan Illich (1) - « Table ronde » avec J-P Dupuy, P. Viveret, Th. Paquot et S. Latouche


 


http://vimeo.com/62000237 


 


Ivan Illich (2) - « La réception de l’œuvre d’Illich en France » par Alexeï Tabet


 


http://vimeo.com/61986611 


 


Ivan Illich (3) - « Eléments pour un anarchisme illichien » par Renaud Garcia


 


http://vimeo.com/59215790 


 


Ivan Illich (4) - « L’unité d’inspiration de la pensée d’Ivan Illich » par Olivier Rey


 


http://vimeo.com/59218371 


 


Ivan Illich (5) - « L’exemplarité essentielle de la cuisine chez Illich » par Olivier Assouly


 


http://vimeo.com/60237221 


 


Ivan Illich (6) - « Existe-t-il une “ville conviviale”? » par Silvia Grünig Iribarren


 


http://vimeo.com/61985988 


 


Ivan Illich (7) - « La crise et le sacré : Illich et Girard » par Jean-Pierre Dupuy


 


http://vimeo.com/59655577 


 


Ivan Illich (8) - « Ivan Illich et la philosophie » par Thierry Paquot


 


http://vimeo.com/60235407 


 


Ivan Illich (9) - « Illich et la fondation péirastique de l'écologie » par Martin Fortier


 


http://vimeo.com/59709985 


 


Dans ce colloque Serge Latouche se présente comme le disciple posthume d'Ivan Illich; il aurait pu ajouter  : Jacques Ellul.


 


Ps. Peut-être avez-vous confondu Serge Lellouche et Serge Latouche. Ce sont des quasi homonymes.

Michel Durand 11/08/2013 19:29



Effectivement, à cause d'une lecture rapide j'ai confondu Lellouche et Latouche. Grâce à vous j'ai repris mes notes et je me suis apperçu que Serge Lellouche figurait également dans mes notes de
lectures propres à l'objection de croissance. Cf le site de Chrétiens et
Pic de pétrole.


Merci pour tous ces liens. Je vais les suivre avec intérêt et éventuellement en présenter la recension sur une page ordinnaire du blog. Mais déjà l'inforamtion est donné grâe à votre commentaire.


Amicales salutations


Michel



COLLET 08/08/2013 15:38


Bonjour,


Le problème est qu’à force de faire l’apologie de la solitude on finit par faire le jeu du libéralisme et de sa société atomisée. Aussi nécessaire soit l’acceptation d’une certaine solitude. Plus
personne ne se supporte et chacun est invité à la réclusion. Or l’humain est là pour faire société, aussi à travers le couple, le mariage, la famille. Aussi juste soit l’analyse de Marie-France
Hirigoyen, sa logique demeure très de son époque. Les mots engagement, honneur, devoir, sont singulièrement absent de son livre. Autant de valeurs sans laquelle la société devient extraordinaire
brutale et inhumaine.


Je vous invite à lire sur le libéralisme cette remarquable synthèse de Serge Lellouche.


http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/08/07/une-lecture-de-michea-1-5137058.html


http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/08/07/le-vrai-visage-du-liberalisme-2-5137060.html


http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/08/07/le-vrai-visage-du-liberalisme-3-5137061.html


http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/08/07/le-vrai-visage-du-liberalisme-4-5137063.html


Autre chose, je trouve la citation trop longue ne respectant pas le droit d’auteur. Ne faut-il pas ici aussi se limiter pour respecter la loi : le droit d’auteur, sans lequel l’édition ne
sera bientôt plus possible ?


Bien amicalement






Dominique Collet

Michel Durand 08/08/2013 22:37



Merci pour votre commentaire. je le partage. Je connais bien Patrice de Plunkett et pour un prochain colloque de Chrétien et pic de pétrole, Serge Latouche interviendra. Nous pouvons nous poser la question du comment harmoniser le souci de soi avec
l'attention à autrui. Il me semble que le solitaire authentique n'est pas en réclusion mais en ouverture à l'autre. Certes, les exemples présentés dans le livre de M. Hirigoyen, ne correspondent
pas à la situation de l'ermite volontaire.


Quant à la citation, en fait c'est une page entière ; donc plus qu'une citation. Oui, je devrais faire plus attention au droit des auteurs. J'espère que des lecteurs du blog auront le désir d'en
lire plus et de se procurer le livre.


L'engagement des citoyens dans la monde ? Je pense au texte de 1982 des évêques de France : "pour de nouveaux modes de vie". Un texte non pas oublié, mais inconnu. On y invite, si je ne me trompe
pas à ne pas tirer égoïstement son épingle du jeu. L'engagement du "je" dans le "nous" communautaire, sans communautarisme.


 



Jean-Marie Delthil 08/08/2013 08:36


... Merci Michel, à toi aussi.


Jean-Marie.

Jean-Marie Delthil 07/08/2013 08:43


Bonour Michel, 


Merci pour ce partage de texte et de réalité -                                          
          Je partage très largement cet énnoncé de Marie-France Hirigoyen concernant la solitude.                    
                                                       
                    Merci pour toute cette richesse offerte !                        
                              Bien fraternellement à toi Michel.                
                                                  Jean-Marie
Delthil. 

Michel Durand 07/08/2013 21:36



eh oui, Jean-Marie. Je te souhaite un bel été.


Michel