La violence absolue de ce qui nie l'humain.

Publié le par Michel Durand

Il y a une violence bénéfique ; par exemple, celle du bébé qui pleure, crie afin d’obtenir son breuvage nourricier multi quotidien. Violence de l’enfant qui, pour grandir dans son autonomie, pose des jalons de séparation face à des parents jaloux de leur suprématie.

conso3t.gifIl y a des violences absolues qui ne visent aucune croissance, mais au contraire, au nom de quelques principes jugés intouchables, écrasent autrui de tout leur poids. La connaissance dite révélée contre la recherche scientifique entre aussi dans ce jeu. Aujourd’hui, les néo-créationnistes.

Jadis, les inquisiteurs avaient bonne conscience en brûlant les « déviants » , car cette condamnation mortelle pouvait conduire au repentir, donc à l’éternité ; « supplice purificateur pour que l’âme soit rendue au Seigneur » ( La promesse de l’ange, roman de Frédéric Lenoir).

Cette violence bien visible a-t-elle disparue des sociétés occidentales ? Assurément non. Les guerres du XXe siècle en sont la preuve et aujourd’hui encore au XXIe, les dix années que nous achèverons bientôt parlent de violence déshumanisante. Violence invisible des oppressions de la pseudo scientifique loi du marché.

Des hommes, convoqués au tribunal pour cause de crime contre l’humanité, se présentent aux élections présidentielles et seront élus à la tête d’un État.

Des populations entières sont enfermées dans des prisons à ciel ouvert, coincées entre mûrs et mer, murs souterrains et aériens. Le reste du monde ne mène aucune action pour que soit respectée la dignité de tout un peuple.

De la violence absolue visible, nous passons à la violence invisible, insidieuse, dont on ressent partout les effets. En bonne conscience des fonctionnaires d’État enferment des personnes parce que des lois furent établies contre les étrangers. Le « sans-papiers » bien qu’ayant ici famille, travail, logement est banni de son lieu de vie. Violence visible dans les CRA (centre de rétention administrative) invisible à l’extérieur.

Mais il y a plus invisible encore et plus absolu.

En toute bonne conscience, la violence s’exerce sur les personnes quand, pour un idéal supérieur (dit-on), elle commande une loi à laquelle on est obligé d’obéir. Violence contre ses fidèles dévots des défenseurs d’idées idolâtrées. Je peux ici parler du capitalisme, du libre marché devant lesquels ses liturges serviteurs s’aplatissent. « Nous ne pouvons qu’obéir aux lois scientifiquement étudiées du marché qui ne peut qu’être libre, disent-ils ». Violence absolue, invisible qui s’insinue dans tous les comportements.

Seuls les effets sont visibles : peuples africains, amazoniens,  indiens, esquimaux, asiatiques, européens… donc, l’humanité n’est pas respectée.

Violence invisible du dogme d’une libre croissance indéterminée au bénéfice de quelques-uns, une toute petite part de l’humanité.

Maurice Bellet* parle à propos de cette violence de « virus mutant ». En Occident, nous en sommes tous atteints et nous ne voulons pas le reconnaître. Seul le Christ, crucifié, Parole de Dieu faite chair et humiliée au-dessous de l’esclave peut nous en libérer. Mais, pour cela il convient que le Souffle atteigne y compris les structures de l’Église. La violence absolue invisible gangrène son fonctionnement. On ne parle plus d’inquisiteur, mais ces derniers agissent avec autant de bonne conscience que jadis. Et, ne suis-je pas moi-même en train de soutenir cette nouvelle forme d’inquisition qui soupçonne tout objecteur de croissance d’irréalisme ? Quand je n’agis pas avec une violente détermination (dans l’imitation de Jésus) contre la violence absolue invisible, je communie avec elle.

*« Nous ne voyons pas, nous refusons de voir ce qui se passe : le suicide collectif où nous mènent ces destructeurs de la terre ; ces camps de concentration sans barbelés ni miradors qui deviennent des pays entiers ».

 

Conférence de Maurice Bellet pour présenter son livre : « Je ne suis pas venu apporter la paix, essais sur la violence absolue », Albin Michel, 2009.


Publié dans Anthropologie

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