Le chrétien est lumière quand il éclaire le chemin à prendre celui de la vie sobre et simple selon l’appel de tous à la pauvreté évangélique

Publié le par Michel Durand

Alors que je venais de terminer la relecture de mon homélie de dimanche dernier, un correspondant m’informa de la conférence que donna à Paris Bartholoméos 1er. Je ne pouvais pas trouver mieux pour prolonger ma méditation et indiquer ainsi que, ce que je dis, je ne suis pas le seul à le dire. D’éminents personnages depuis plus de trente ans s’adressent aux hommes en leur montrant l’importance de placer des limites à nos désirs de conquête dévastatrice.

Le chrétien est lumière pour le monde. Aujourd’hui il répand la lumière quand il se place au coin d’une rue afin d’éclairer le chemin à prendre : celui de la vie sobre et simple, appel de tous à la pauvreté selon l’Évangile.

 

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Bartholomée Ier, « premier parmi ses égaux » dans l’épiscopat de l’Église orthodoxe,est déjà venu à Paris, du 1er au 4 février 2007, afin de participer, à l’invitation du président de la République, Jacques Chirac, à la Conférence pour une gouvernance écologique mondiale "Citoyens de la Terre". voir ici.

 

Ecoutons Bartholomée 1er, le patriarche oecuménique de Constantinople :

 

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Bartholomée 1er  à l'Institut catolique de Paris 31 janvier 2014

 

« L’exploitation illimitée des ressources naturelles conduit au consumérisme qui est si caractéristique de notre monde contemporain ainsi transformé en société de convoitise. En effet, celui-ci ne consiste pas à satisfaire les besoins vitaux de l’homme, mais ses désirs sans cesse grandissants et sans fin que cultive notre société de consommation, qui fait de la richesse une idole et qui promeut l’acquisition et l’accumulation de biens. L’exploitation des richesses naturelles qui découle de l’avarice et de la luxure, et non de besoins vitaux, crée un déséquilibre dans la nature qui n’arrive plus à se renouveler, comme en témoigne les problèmes de la surpêche, de surproduction agricole, de déforestation et de désertification. Une telle surexploitation des ressources naturelles reflète non seulement un manque d’intelligence, mais constitue également un grave problème éthique. Face à une telle attitude égoïste, la religion ne peut se taire et s’abstenir de rappeler les vérités éternelles et d’alerter les membres de la société des dangers qu’ils encourent.

Or, nous oublions trop souvent que l’homme n’est pas seulement un être logique ou politique, mais qu’il est avant tout une créature eucharistique, capable de gratitude et dotée du pouvoir de bénir Dieu pour le don de la création. Un esprit eucharistique implique donc d’utiliser les ressources naturelles du monde avec un esprit de reconnaissance, les offrant en retour à Dieu. En vérité, en plus des ressources de la terre, nous devons aussi nous offrir à lui. Au moment d’offrir la prière eucharistique dans l’Église orthodoxe, le prêtre affirme : « Ce qui est à Toi, le tenant de Toi, nous te l’offrons, en tout et pour tout ». Dans le sacrement de l’eucharistie, nous rendons à Dieu ce qui est à lui : nous lui offrons le pain et le vin, qui sont la transformation par le labeur de l’homme du blé et du raisin que nous a donné le Créateur. En retour, Dieu transforme le pain et le vin en mystère de communion eucharistique. L’offrande eucharistique est un bel exemple d’offrande synergique où l’homme collabore de manière constructive, et non destructrice, avec la volonté de Dieu. Faire fructifier de manière constructive, et non destructrice, les dons de Dieu doit être l’attitude de l’homme vis-à-vis de l’environnement naturel.

Nous allons sous peu entrer en carême et entendre parler de jeûnes. Est-ce que cela sera une formalité rituelle ou un engagement concret à mettre des limites à nos désirs ouvrant ainsi la porte à un mode de vie sobre ? Des écolos professant un athéisme raisonné s’engagent dans le jeûne pour se mettre en situation de capacité à poser des limites aux attentes légitimes ou non, pourquoi pas les disciples du Christ ?

« Dans l’Église primitive, jeûner signifiait ne pas permettre aux valeurs de ce monde ou à l’égocentrisme de nous détourner de ce qui est le plus essentiel dans notre relation avec Dieu, avec les autres, avec le monde.

Le jeûne implique un sens de liberté. Le jeûne est une façon de ne pas vouloir, de vouloir moins, et de reconnaître les besoins des autres. Par l’abstinence de certains aliments, nous ne nous punissons pas, mais nous rendons plutôt capables de reconnaître la valeur adéquate de chaque aliment. De plus, le jeûne implique la vigilance. En faisant attention à ce que nous faisons, à la nourriture que nous prenons et à la quantité de ce que nous possédons, nous apprécions mieux la réalité de la souffrance et la valeur du partage.

La crise morale engendrée par notre injustice économique mondiale est profondément spirituelle et signale que quelque chose ne va pas dans notre relation avec Dieu, les hommes et le monde matériel. Nos sociétés de consommation contemporaines ignorent trop souvent l’injustice créée par le commerce mondial et les régimes d’investissement. Or, la modération et l’abstinence que nous enseigne le jeûne nous sensibilisent et nous incitent à avoir compassion des pauvres, et nous invitent au partage des biens matériels. »

Il y a peu de temps, avec des membres d’un collectif d’habitants du 1er arrondissement qui se soucis de l’accueil dans des logements acceptables de migrants se trouvant à Lyon, j’ai rendu visite à 6 familles ( 30 jeunes personnes) qui se sont organisées dans un immeuble vide depuis plusieurs mois ayant encore de l’électricité et de l’eau. Ils étaient expulsés par la police de leurs cabanes construites avec intelligence, non loin de là, sur les berges du Rhône. Comment ne pas partager avec eux ? Comment ne pas enfreindre les ordres de la Préfecture qui opère évacuation et destruction de bidonvilles au lieu d’améliorer les conditions de vie de ces quartiers provisoires en installant, par exemple des sanitaires.

« Ainsi, par le jeûne, nous reconnaissons que « la terre est au Seigneur » (Ps 24, 1) et qu’elle ne nous appartient pas pour qu’on l’exploite, la consomme ou la contrôle. Elle doit toujours être partagée en communion avec les autres et rendue à Dieu avec action de grâce. Jeûner c’est apprendre à donner, et pas seulement à renoncer. C’est apprendre à rentrer en contact et non à se séparer. C’est faire tomber les barrières de l’ignorance et de l’indifférence à l’égard de son prochain et de son monde. C’est restaurer la vision originelle du monde, tel que Dieu l’a voulu, et discerner la beauté du monde, tel que Dieu l’a créé. C’est offrir un sens véritable de libération de la cupidité et de la contrainte. En effet, le jeûne corrige efficacement notre culture basée sur le désir égoïste et le gaspillage insouciant. »

 

Je vous invite donc à prendre le temps de lire l’ensemble de la prise de parole de Bartholomée 1er , patriarche oecuménique de Constantinople  à l’Institut catholique de Paris le 30 janvier 2014

 

Voir également le site Eglises & écologies (E&E) ; puis le site de La Vie.

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