Le discours chrétien sur l’accueil des migrants n’est pas efficace, car il n’est pas entendu à l’intérieur de l’Église.

Publié le par Michel Durand

cercle_du_siolence.jpgSi quelques cercles de silence se demandent s’il faut continuer à tenir ces temps de silence, d’autres affirment l’importance de continuer. A-t-on les preuves d’un changement ? d’un meilleur accueil des étrangers ?

L’hebdomadaire Témoignage chrétien s’interroge : « Le discours chrétien est-il efficace ? »

(Hélas, je ne vois pas apparaître cet article sur internet).

Il semblerait que non, car non entendu à l’intérieur des Églises.

Je cite : « Récemment, l'ouvrage Immigration, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire cosigné par François Soulage, président du Secours catholique, et par la théologienne Geneviève Médevielle, a été un modèle de prise de parole claire et argumentée, de nature à vacciner ses lecteurs contre les idées nauséabondes et les choix politiques qui les portent. À la veille des législatives, des associations chrétiennes (Secours catholique, CCFD- Terre solidaire, mouvements d'action catholique, Cimade, Mission de France... ) en remettent une couche avec une brochure de 16 pages À la rencontre du frère venu d'ailleurs… Ce document… démonte les préjugés étayant les discours d'exclusion et montre en quoi la migration peut-être une chance. » (…)

« Tout irait pour le mieux si ce message passait chez les chrétiens. Lors de la récente élection présidentielle, il apparaîtrait que le cumul des voix de catholiques (mais aussi des protestants) en faveur de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy - dont le ton sur la question des migrants s'est fortement droitisé en fin de campagne - n'ait jamais été aussi élevé, dépassant très largement les 50 % au premier tour.

« Il y a urgence, reconnaît Patrick Peugeot, président de la Cimade. Le Gard, terre protestante, a largement voté pour Mme Le Pen »…

« Selon François Soulage, les “droits à la vie doivent être pensés tout au long de celle-ci” ». Il reste donc à convaincre bien des chrétiens que les migrants ont droit, eux aussi, à une vie normale sur notre sol. »

N’est-ce pas la ligne ducercle de silence de Montpellier qui écrivait récemment :

« Avec le changement de gouvernement, c’est le moment de montrer notre détermination de citoyens à demander un changement profond de politique migratoire et un respect de la dignité humaine.

Même si les engagements de François Hollande ont été limités et prudents, il a dans sa lettre-réponse aux questions de RESF, affirmé vouloir mener "une autre politique migratoire fondée sur des règles transparentes, stables et justes (...) et conduite dans le respect de la dignité de tous les êtres humains qui sont sur notre territoire".

Conformément aux engagements écrits pris par le candidat, le placement en rétention des mineurs devra être interdit, la gratuité de l'AME rétablie, la liste des pays dits sûrs supprimée, le droit d'asile pleinement restauré.

Manifestons pour qu’au minimum ces engagements soient tenus et pour obtenir un profond réexamen du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ».

Et nous avons eu connaissance de comportements indignes vis-à-vis de Roms.

J’ai évoqué dimanche dernier ce fait qui m’a été communiqué par courriel :

« Trois familles d’origine roumaines, composées de trois mamans et de neuf enfants dont un bébé de six mois, dormaient faute de mieux, dans deux voitures stationnées le long d’un quai du Rhône. Jeudi matin 24 mai à 11h00, la Municipalité de Lyon a fait procéder à l’enlèvement des voitures sans que les familles aient été prévenues. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, elles se sont retrouvées sur le trottoir avec leurs affaires sans solution d’hébergement.

Je dénonce ces méthodes barbares, indignes d’un pays comme la France qui a inscrit le mot FRATERNITE au fronton de ses Mairies et de ses Préfectures. Jeter ainsi les personnes à la rue sans aucun égard viole gravement les principes énoncés dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme »

Ce cas net pas unique.

Une assistante sociale, suite au signalement d'un habitant du quartier des pentes de la Croix-Rousse, me demandait par téléphone de loger une mère originaire d’Afrique subsaharienne (et ses enfants) qui dormait dans la rue. Aucune structure d'accueil, dont c'est pourtant la vocation, ne voulait les recevoir.

Nous rencontrons l'inacceptable. N'est-ce pas le résultat de la lutte du libre marché contre l'esprit de solidarité. Je ne parle pas encore de fraternité ; la fraternité est plus que la solidarité ; mais, cet esprit solidaire devrait au moins exister. N'est-ce pas ce que l'on doit constater dans une philosophie politique (de gestion de la ville) ? Il y a là un grand cri de colère que je répercuterai, ai-je dit à l’homélie de dimanche dernier, au prochain cercle de silence.

Que font les chrétiens pour respecter la vie à tous ses niveaux et en tous lieux ? Établir la solidarité pour que puisse venir la fraternité. Celui qui dit aimer Dieu sans aimer son frère est un menteur.

 

Publié dans Politique

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Blaise 04/06/2012 23:07


Que la majorité des catholiques ait voté pour le président sortant n'implique pas forcément une adhésion de leur part à sa politique d'exclusion - contre les immigrés, les musulmans, etc. En
fait, chaque candidat a adopté, sur des thèmes différents, une même logique de l'exclusion. Il est assez naturel de vouloir s'opposer à un homme politique envisageant d'instituer un crime légal
qui frapperait les plus faibles. Quitte à se résigner du même coup au traitement indigne des étrangers, auquel nous a habitué M. Sarkozy. Je suis persuadé que les présidentielles ont été un
dilemne pour beaucoup de chrétiens, et qu'ils n'ont voté qu'à contrecoeur. "La vie, c'est ce qui vous reste quand on vous a tout retiré; qu'au moins on nous laisse la vie!" voilà ce qu'ils ont dû
se dire dans leur for intérieur, avant de déposer leur buletin dans l'urne.


Personnellement, je n'ai pu voter au second tour. Je me heurtais moralement à deux impossibilités : au fond, les candidats se sont partagés les transgressions possibles au dépens de la dignité
humaine. Mais c'est une vraie question : fallait-il s'abstenir ou choisir entre deux maux le moins pire? Là-dessus je reste modeste.

Michel Durand 05/06/2012 21:39



Finalement, tout et question de discernement. Pour bien discerner, ne faut-il pas rencontrer d'autres personnes ? dialoguer ? Vive la casuistique malgré ce qu'en dit Pascal !


Je pense que les révisions de vie de l'ancestrale action catholique avait, (a toujours) cet objectif. J'ai lu hier cette phrase du cardinal Vingt-Trois qui me plait bien : «  Nous avons
une mission particulière pour rendre ce témoignage, non pas comme une secte égarée dans la société, mais comme des précurseurs qui annoncent quelque chose qui relève, désormais, de
l’inconnu. S’il est normal de ne pas être entendus, voire d’être combattus, nous avons le devoir de proposer des arguments humanistes audibles par tous les hommes de bonne
volonté. Nous ne demandons pas aux gens de les accepter parce que c’est l’Eglise qui le dit, mais parce qu’il s’agit d’une expérience de l’humanité.» La
Croix