Le mariage homosexuel est revendiqué au nom de l’égalité entre les français.

Publié le par Michel Durand

Je ne pense pas avoir publié cette réflexion de Jean Rigal que j’ai reçu le 19 juillet 2012. Je la place ici, dans la ligne du débat ouvert le 15 août. Voir ici et ici ...

rigal.jpgQu’est-ce que le mariage ?

Il me semble que l’Eglise catholique a largement puisé dans le droit romain où seul les citoyens, me semble-t-il, était aptes au mariage, pour en établir les règles.

L’Evangile en parle sous le mode de la fidélité et on évoque le sacrement, signe de la complète fidélité de Dieu vis-à-vis des hommes (Israël, Eglises, Humanité). Combien de mariages sacramentels sont célébrés dans les églises alors que les conditions pour rejoindre la force du sacrement ne sont pas réunies ?

Il me semble que c’est dans cette direction qu’une réflexion pourrait s’engager ? J’y reviendrai.

Pour l’heure, je vous laisse à la lecture du texte de ce théologie, Jean Rigal, Il souhaite votre avis. Le site de Jonas l’a également publié. Egalement celui de René Poujol

Le Mariage homosexuel et l’adoption

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Jean Riga, La Dépêche.fr

 

Le projet d’une loi sur le mariage homosexuel et l’adoption m’interroge, en tant que citoyen et en tant que « croyant ».

Loin de toute polémique politicienne, trois questions me viennent à l’esprit. Elles représentent, à mes yeux, autant d’enjeux par rapport à cet important débat, aux dimensions diverses :

1) L’argument généralement avancé en faveur du « mariage gay » tient, pour l’essentiel, dans la proclamation en forme de slogan : « le mariage pour tous ». Autrement dit, le mariage homosexuel est revendiqué au nom de l’égalité entre les français. L’interdire constituerait une intolérable « discrimination ». Je pense que beaucoup de couples homosexuels expriment, ainsi, une souffrance et traduisent non seulement le besoin légitime de ne pas être méprisés dans la société mais d’être reconnus à part entière. À cet égard, il reste beaucoup à faire, et peut-être à revoir, dans ce sens, les dispositions du « Pacs ».

De plus, quel accompagnement spirituel l’Église peut-elle leur proposer ?

Mon interrogation est la suivante : la notion d’égalité inscrite dans la Constitution française et rappelée sur la façade de nos édifices publics est-elle compatible avec des différences ? – Oui, certainement. Pour moi, le respect de l’égalité non seulement admet mais exige un autre respect : le respect des différences, qu’il s’agisse de l’âge, de l’origine, de la culture, du statut conjugal. C’est ainsi que se côtoient des personnes célibataires, mariées, pacsées, divorcées ou vivant d’autres situations de vie de couple plus ou moins reconnues…

Je constate que certains courants « féministes » ne manquent pas de revendiquer, avec raison, la place des femmes dans la société et parfois dans l’Église, notamment en matière de « ministères ». Il ne s’agit pas alors de « se calquer » sur le ministère exercé par les hommes mais de le vivre d’une manière « autre », selon la condition féminine, en l’occurrence. C’est un exemple parmi beaucoup d’autres.

Peut-on  parler de  « mariage »  (union d’un homme et d’une femme selon le Dictionnaire et le langage courant) pour un couple homosexuel ?  Y a-t-il équivalence ? – Égalité, oui.  Même identité, sûrement pas. « La différence sexuelle » demeure radicale, avec les conséquences qu’elle entraîne pour assurer et structurer la vie des humains et l’avenir de l’humanité.

Les chrétiens se réfèrent aussi, en ce domaine comme en bien d’autres, au message biblique. Dans le deuxième chapitre de la Genèse, le langage symbolique prend une singulière importance. Il ouvre de larges horizons. Que lit-on ? « L’homme s’écrie : voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair ; car celle-ci on l’appellera femme, car c’est de l’homme qu’elle a été prise. » (Gn. 2,2).

Que dit ce texte ?

– D’une part, Adam reconnaît la femme égale à l’homme, comme membre à part entière de la communauté humaine.

- D’autre part, la femme reste formellement différente, c’est-à-dire une autre personne et un vis-à-vis irréductible. Elle s’appellera « ishâh » (femme) féminin de « ish » (homme).

Dans le premier chapitre de la Genèse, on lit encore : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance…homme et femme il les créa…Soyez féconds… remplissez la terre et dominez-là. » (Gn. 1, 26-30).

Ces textes fondateurs sont riches d’enseignement, au moins sur deux points concernant ce que nous appelons le mariage :

- celui-ci concerne l’union d’un homme et d’une femme

- et il est ouvert à la naissance de nouveaux êtres.

Employer le même mot « mariage » pour désigner deux réalités foncièrement différentes me paraît ne pas respecter ces réalités et introduire, de surcroît, la confusion. Le Canada préfère parler « d’Union civile de personnes de même sexe ».

 

2) Ma deuxième question concerne « les droits de l’enfant »  et « les droits à l’enfant ». On ne cesse de parler « des droits des individus » (en fait, des adultes). Et si l’on se demandait « Qu’en est-il des droits de l’enfant » ? Il est généralement reconnu que pour structurer sa personnalité, une personne a besoin qu’interviennent « image paternelle et image maternelle ». Certes, l’homoparentalité est largement répandue. Est-elle forcément bénéfique pour qu’un enfant se construise ? Faut-il en élargir l’application et l’ériger en principe ? On peut, au moins, se poser la question. D’autre part, dans « quel gouffre d’inconnu » engage une naissance extérieure au couple et produite « dans des conditions très artificielles » (C. Delorme)  où « les droits à l’enfant » semblent  autoriser toutes les formes de « procréation médicalement assistée » ?

 

3) Ma troisième question concerne la vie sociale. Je pense que ce débat a quelque chose à voir avec « le lien social » auquel beaucoup de français de tous bords sont attachés. A-t-on réfléchi « aux conséquences sociales » (J.L. Schiegel) de l’ouverture  envisagée ? N’est-on pas enclin à trop considérer les choses dans la perspective très « libérale » des libertés individuelles où chacun réclame « son dû », et devient « son maître à penser » et « son centre de décision » ? Prend-on suffisamment en compte les incidences institutionnelles, éducatives, sociologiques, morales que paraissent entraîner ces profondes modifications ?

 

Je sais que ces réflexions sont loin de faire l’unanimité. Je n’ignore pas que des groupes de pression (en des sens opposés) existent et que les sondages d’opinion se montrent largement favorables au projet de loi. Mais, après tout, il n’est pas humiliant d’être minoritaire quand on croit que des valeurs importantes sont en cause.

 

Jean Rigal.

 

P.S. Je ne vois aucun inconvénient à ce que ce texte soit divulgué.

 

 

Je recevrai, avec reconnaissance, vos remarques critiques à ces interrogations, en espérant que vos propres réflexions m’aideront à y voir plus clair dans ce complexe débat.

 

 

Adresse mail : jeanrigal.theo@orange.fr

Adresse postale : Jean Rigal, 3 rue Maurice Bompard ,  12000   Rodez .

Publié dans Anthropologie

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