Le monde, négatif ou positif ? Jésus s'incarne dans le monde

Publié le par Michel Durand

De la part de Jean Rigal, Théologien :

<< L'évangile du dimanche 19 juin porte sur la question "du monde". J'ai rédigé ces 2 pages  pour m'en inspirer à l'homélie. >>

Le langage de la Bible à propos du « monde ».

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Le mot « monde », dans la Bible, prend une multitude de sens. Il s’agit, bien souvent, de la terre ou de l’univers, ou encore de l’ensemble de la famille humaine, sans connotation particulière. Par exemple, « le monde entier » (2 Mac 8,18), ou encore « les habitants du monde » (Is. 18,3). C’est surtout avec le Nouveau Testament, et plus particulièrement avec l’apôtre Jean que le terme « monde » prendra une dimension symbolique, avec des colorations diverses.

               

 Le côté négatif du monde

Cet aspect est surtout présent dans les écrits de Jean (évangile et 1ère lettre). L’évangéliste rapporte ces paroles de Jésus : « Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde ». (Jn 17,14) ou bien « Vous n’êtes pas du monde puisque mon choix vous a tirés du monde » (Jn 15,19). Jésus dénonce « le prince de ce monde » dont le nom est Satan . (Jn 12,31 ; 14,30 ;16,11 ). Par sa venue, le Seigneur « confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement » (Jn 16,8).

« Tout porte à croire que cette vision péjorative du monde n’est pas sans lien avec les différents courants gnostiques et ascétiques qui marquent déjà la fin du 1er siècle. » (Doré). Ces courants sectaires sont empreints d’un regard pessimiste porté sur le monde considéré comme foncièrement mauvais et méprisable. Ils se centrent sur « ce monde du mal » dont parle explicitement l’épître de Jacques (3,6).

L’apôtre Paul avait déjà dénoncé les éventuelles dérives du monde, en stigmatisant l’expression « la sagesse du monde », opposée à la « folie de Dieu » (1 Co 3,19).

 

 Une vision dynamique du monde.

 Trois éléments demandent à être pris en compte, avant tout :

 

1) D’abord, le monde est créé par Dieu.

 On connaît le refrain de la Genèse « Et Dieu vit que cela était bon ». Dans la pensée biblique, créer est synonyme d’aimer. La création est de l’ordre du don et non de l’obligation. Elle vient non de la nécessité mais de la bonté. Le monde est le lieu de l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Et ce « oui » de Dieu au monde est permanent et continu. En particulier, il n’est pas aboli par le péché, pour une raison fondamentale : la fidélité de Dieu n’est pas proportionnée à notre réponse, elle est inconditionnelle. D’où le double appel à faire fructifier ce monde et à le sauvegarder.

Ainsi, nous sommes des «  co-créateurs » du monde en voie d’accomplissement et d’achèvement. Nous ne sommes pas les propriétaires de la terre. Nous en sommes les gestionnaires. Elle nous est confiée comme un don du créateur. C’est un appel à la responsabilité. L’écologie trouve ici un fondement radical.

 

2) Ce monde, créé par Dieu, est « sauvé » à la fois en réalité et en  espérance. « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui ». ( Jn 3,17).

En effet, le mal se profile dès les 1ers chapitres de la Genèse. Il va, en quelque sorte, envahir l’humanité. « Le péché est entré dans le monde » dit Paul (Rm 5,12).

Traversé par les forces du mal, ce monde n’est pas condamné à la désespérance. Il est appelé à s’ouvrir au salut qui lui est offert. Le Christ entre dans le jeu de la société humaine, par son Incarnation, comme l’a fortement rappelé Vatican II (G.S. n°32). Le salut est à la fois libération de toutes les forces de mort et relation d’amour avec le Dieu vivant. Il se définit, en quelque sorte, comme une nouvelle création.

 

3) En troisième lieu, le monde créé par Dieu et sauvé par le Christ est en attente  de son achèvement. Il est en marche vers sa destinée finale, vers « ce ciel nouveau et cette terre nouvelle » qu’annonce l’Apocalypse (21,1).

C’est un appel à ne pas déserter le monde, quelles que soient ses turpitudes et ses ignominies. « Je ne te prie pas de les enlever du monde, dit Jésus (...) Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde ». (Jn  17,15-18).

Cet appel est repris par le concile lorsqu’il demande aux chrétiens d’agir dans le monde à la lumière de l’Évangile, car précise le texte, « il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (G.S.1).

À une époque où l’Église peut être tentée par un renforcement identitaire, il est urgent de prêter attention à cette exhortation insistante de Vatican II et surtout de la mettre en œuvre. Avons-nous des lieux où cet appel est pris en compte ?


Publié dans Bible

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