Le prêtre, le culte et la culture

Publié le par Michel Durand

Le prêtre, un ancien expérimenté, tel Jésus, bon pasteur, connaît ses brebis. Il entend leurs appels, reconnaît leur voix. Il écoute et répond aux demandes. De même, les personnes reconnaissent la voix du berger et, en toute confiance, le suivent.

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Peut-on demander, par courrier, de ne pas répondre aux sollicitations culturelles.

A-t-on vraiment mesuré les conséquences d’une telle demande ?

Il est physiquement possible de ne pas parler ou écrire. En effet, l’expression requiert une mise en mouvement de muscles qui transforment la pensée en paroles ou écrits. Nous pouvons, suite à une démarche volontaire, rester muets. Mais pouvons-nous être sourds ?

Comment ne pas entendre les personnes rencontrées, soit qu’elles viennent à la maison paroissiale, soit que l’on se rencontre dans la rue ou autres lieux publics ?

Un pasteur ne doit-il pas alimenter le dialogue avec quiconque et plus encore avec celles et ceux qui sont loin de l’Église ? Celles et ceux que l’Église, ordinairement, a du mal à connaître ? Celles et ceux qui aimeraient bien voir en elle plus de justice et de miséricorde, plus d’amour.

Il est indiqué dans ce courrier que l’institution Église souhaite conserver le bâtiment église (le bon pasteur) pour un usage futur exclusivement cultuel. Que faire en attendant ? Le laisser vide, dans le risque de nouvelles dégradations ?

Nous savons tous que les arguments de « sécurité » sont usurpés et qu’interdire l’entrée pour cette raison relève du parti pris ; de la petite politique.

Mes prédécesseurs à la charge de curé de la paroisse des pentes de la Croix-rousse ont aimablement et raisonnablement dialogué avec la Municipalité en accordant l’usage du Bon Pasteur à l’École des Beaux-arts et en permettant l’utilisation du rez-de-chaussée comme garage. Ils ont rendu, comme en témoigne les courriers un service apprécié. C’est bien mal récompenser notre Église que d’agir de la sorte.

Culte – Culture : un cas d’école.

Toutefois, cette situation concrète est nettement secondaire. Si elle se présente sous la forme d’un « cas d’école », c’est parce qu’elle conduit bien au-delà des édifices. En effet, si une communauté chrétienne doit entretenir et protéger le patrimoine que les citoyens, l’État lui ont confié par affectation, elle n’en a pas absolument besoin. En aucune circonstance l’Église n’est liée aux locaux que l’Histoire lui lègue. Même si en jouir (usufruit) peut-être confortable. La question théologique, ecclésiale qui est soulevée par cette « affaire » est d’une tout autre importance, largement supérieure.

Ne pas répondre pastoralement aux sollicitations de personnes rencontrées, ne pas discerner avec elles les enjeux humains de ce qui se vit dans une approche culturelle du quotidien, protéger l’avenir en ne visant qu’une action « exclusivement cultuelle » répond éventuellement à une démarche « sacerdotale » située dans la ligne d’un Charlemagne néo-Constantin reprise par des chefs d’État qui demandent aux responsables d’Église : « Messieurs, occupez-vous de vos ognons ». Est-ce là l’Évangile ?

Le Christ souhaite-il cette séparation sacrale ? L’humain est-il divisé en culturels et cultuels impénétrables ? La jurisprudence depuis 1905, affectation des églises au culte catholique, n’indique-t-elle pas une lecture ouverte de l’article de loi sur la séparation de l’Église de l’État ?

Je place ces questions au sein des réflexions théologiques ascendantes et /ou descendantes et ne peut que souhaiter l’existence d’un réel débat. Le refuser confirmerait la tendance à une sacralisation cléricalisante, hors de l’Évangile, donc ne pouvant préparer l’avenir de l’Église. Je comprendrai alors les raisons profondes des contestations de Vatican II que certains théologiens désignent comme étant la fermeture de l’ère constantinienne. Il y aurait une volonté de revenir à une époque de chrétienté où l’Église romaine jouait de son emprise sur la société. Les évènements sociaux, intellectuels, politiques du milieu du XIXe et de la fin du XXe prouvent que cette restauration est illusoire et qu’il est dans le sens de l’Évangile de continuer à porter son attention sur les personnes plus que sur les lois et règles religieuses en s’ouvrant à plus d’amour de justice de pauvreté selon l’Évangile, dans la reconnaissance de la séparation des pouvoirs spirituels et temporels. Ce qui n’entraîne pas pour autant l’étanchéité des domaines cultuels et de la culturels.

Si, dans le long terme, et même dans le moyen, nous ne sommes pas en mesure d’assumer pastoralement et ecclésialement des églises qui appartiennent à l’État selon ses décisions de 1905, il convient d’accomplir les démarches nécessaires pour que l’affectation nous soit retirée. Il est malhonnête de geler des immeubles quand ceux-ci tout en respectant le sens de leur architecture pourraient répondre à des demandes de citoyens.


Publié dans Bon Pasteur

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