Le silence

Publié le par Michel Durand

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Cercle de silence de Strasbourg

 

Face à une injustice qui dure, le cercle de silence s’indigne et résiste à l’oubli des personnes sans-papiers.

Que signifie ce silence de ces femmes et de ces hommes assemblés au milieu du bruit ?

Est-ce comme en musique : ce qui permet de reprendre son souffle ?

C’est le silence des personnes enfermées dans les centres de rétention administrative.

Celui

  D’une femme ou d’un homme qui a quitté son lieu de naissance, avec regret et avec espoir,

  D’une femme ou d’un homme qui espère trouver un ailleurs, une escale ; 

  D’une femme ou d’un homme qui a quitté ceux qu’il aimait.

  D’une femme ou d’un homme qui n’a plus voix au chapitre

  D’une femme ou d’un homme qui n’a plus le droit de faire entendre sa voix,

  D’un enfant.

 

Si on allait écouter, en silence, ce qu’elles disent ces personnes qu’on ne voit pas mais dont on entend parler ?

Dans le bruit, le silence au cœur de la ville, demande un engagement profond et total et permet de s'ouvrir à une parole inattendue. On ne sort pas indemne d'une heure de silence.

Les gens peuvent ressentir cette non-parole comme un danger ; le silence aide à proposer une parole apaisée et compréhensive. Le silence est une manière de poser sur moi et sur l’autre un regard nettoyé, purifié, renouvelé ; un regard de compassion qui conduit à accepter de se désarmer, de se désapproprier pour comprendre et accepter que notre opinion personnelle ne vaut pas plus, mais autant, que celle de l’autre. Dans le silence, résonne la gravité de la situation d'enfermement des personnes sans-papiers, dont la vie a du poids.

 

Le silence est gratuit, simple, il accueille chacun avec ce qu'il est.

Il y a des silences vides,

Des silences obligés, contraints mais aussi des silences dignes, respectueux

Respectueux du bruit de la vie, du tintamarre des revendications

Des silences anxieux, des silences émus, des silences crispés, des silences vides,  

Des silences heureux, des silences attentifs à ce qui pourrait sourdre en nous : de notre cœur, de notre esprit

Des silences pleins, pleins des hommes et des femmes (avec ou sans papiers)

Des silences justes, qui s’ajustent à la vie réelle des hommes et des femmes ; qui inscrivent dans la durée qui peuvent nous pétrir et faire bouger notre opinion.

Publié dans Politique

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