Les catholiques australiens sous le choc après le départ forcé de Mgr Morris

Publié le par Michel Durand

Courriers de lecteurs de La Croix sur ce sujet (19 mai 2011)

Benoît XVI a relevé de sa charge pastorale, lundi 2 mai, Mgr William Morris, évêque de Toowoomba.

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Mgr Morris, évêque en Australie

Merci d'abord à La Croix (9 mai) d'avoir eu le courage de consacrer presque une page à la question du départ forcé de Mgr Morris.

 Nous trouvons consternant que le simple fait d'essayer d'ouvrir le débat sur l'avenir du sacerdoce en envisageant diverses hypothèses soit considéré comme « détériorer la foi catholique» et amène à une procédure aussi grave que relever un évêque de sa charge.

Peut-on encore parler de dialogue dans l'Église et de collégialité épiscopale ?

Bernard et Madeleine Comte (Rhône)

 

Merci à La Croix d'avoir publié l'information concernant Mgr Morris.

Comme bien des catholiques, je suis scandalisé par le départ forcé de cet évêque, qui a le mérite de dire la vérité, comme jadis l'a fait Mgr Gaillot, condamné pour les mêmes raisons. Depuis 1995 rien n'a bougé ! Les évêques sont considérés comme des préfets du Vatican toute expression personnelle sur des sujets brûlants est aussitôt sanctionnée. Et bien sûr les délations continuent à faire leur œuvre de démolition. Comment ne pas voir certains chrétiens quitter une Église qui refuse d'aborder des sujets vitaux pour l'Église de demain ?

Claude Bernard (Loire-Atlantique)

 

Je comprends « le désarroi et la douleur» d'un grand nombre de chrétiens du diocèse de Mgr Morris. Un évêque ne peut-il pas dire ce qu'il a dit ? Est-ce que cela ne peut être dit qu'à voix basse et seulement par de « simples » chrétiens ou des non-chrétiens ?

Vous avez mis en relief cette phrase : « Mon objectif était d'ouvrir le débat sur le déclin des vocations dans le pays, pas de bouleverser le fonctionnement de l'Église. »

Y a-t-il quelque chose de scandaleux dans ce souci ? Cette procédure rare, comme vous l'écrivez, devait-elle être appliquée pour ces paroles… ou comme le dit notre humoriste « on ne nous dit pas tout !»

Croyez-vous que cela puisse être compris comme contraire à l'Évangile ?

« Rome n'a pas vocation à encourager les dissidents» ! Triste, triste que nous en soyons encore là ! ! Dommage aussi que « Rome » ne puisse écouter ceux qui, des pasteurs, essaient de s'interroger ! !

La femme religieuse que je suis, qui n'a aucune revendication pour accéder au sacerdoce (je ne vois pas, je ne crois pas que ce soit une sorte de « promotion » pour nous femmes !), est révoltée devant tout cela. Est-ce malhonnête que de reprendre ce que dit l'Évangile: « les pierres elles-mêmes crieront » ?

Bernadette Odette Hourquet Rimbes (Rhône)

 

 

La Croix 8/5/11

 

Mgr William Morris. Évêque de Toowoomba depuis 1993, il a été démis de sa charge par le pape lundi dernier.

Cette procédure inhabituelle, qui avait été utilisée avec Mgr Jacques Gaillot, provoque une grande émotion dans le diocèse, et dans tout le pays.

Une semaine après la confirmation  par le Vatican du départ de Mgr William Morris, les catholiques de Toowoomba ne décolèrent pas. Dans la petite ville australienne se multiplient les actions de soutien envers celui qui «a été un formidable berger pour nous ces dix-huit dernières années», soupire Pat Nunan en sortant de la cathédrale Saint-Patrick. 

Avec plusieurs centaines de personnes, il a bravé la pluie mardi 3 mai pour défiler dans Queens Park à la lueur des bougies, avant de se réfugier au son des cantiques dans l’église bondée pour l’occasion. Sur le parvis traîne encore une pancarte avec l’inscription « l’évêque Bill est notre évêque », pendant qu’à l’intérieur une bonne vingtaine de fidèles écoutent avec attention le P. Peter Dorfield rendre une nouvelle fois hommage au travail de son supérieur. 

« C’est une décision très difficile à comprendre et à accepter pour notre commu­nauté », confesse le vicaire général, qui compte bien relayer auprès de Rome « le désarroi et la douleur » ressentis ces derniers jours dans son diocèse. Présent le diman­che 1er mai à la cathédrale, Peter Dorfield a vu « de nombreuses personnes sortir en pleurs », à la lecture par Mgr Morris de la lettre annonçant par anticipation sa mise en retraite « non volontaire » à l’âge de 67 ans, Benoît XVI l’ayant relevé de ses fonctions. 

Dans beaucoup des 35 paroisses que compte le diocèse, « les prêtres ont eu du mal à pouvoir lire la déclaration de l’évêque jusqu’au bout », témoigne le P. Hal Ranger, en charge de la paroisse de Warwick, au sud de Toowoomba, et pour qui « la peine infligée par le Saint-Siège est sans commune mesure avec la faute commise ».

Comme plusieurs prêtres de l’évêché, le P. Ranger a fait le déplacement jusqu’à Toowoomba pour venir saluer une dernière fois Mgr Morris avant que ce dernier quitte la ville. Dans son bureau, les rayonnages se vident à mesure que se remplissent les cartons, sous l’œil du pape, dont le portrait trône au-dessus de la porte d’entrée. 

« Mon objectif était d’ouvrir le débat sur le déclin des vocations dans le pays »

Mgr William Morris reçoit en chemise, arborant seulement une cravate bleu nuit frappée des armes du diocèse. Dans sa voix aucune colère, mais beaucoup de frustration et « l’infinie tristesse de devoir partir ainsi ». Relevé de sa charge par Benoît XVI pour avoir rédigé en 2006 une lettre dans lequel il défendait entre autre l’ordination de prêtres mariés et de femmes, le prélat assure que ses propos ont été mal interprétés par Rome. 

« Mon objectif était d’ouvrir le débat sur le déclin des vocations dans le pays, pas de bouleverser le fonctionnement de l’Église », regrette l’évêque, convaincu que de nombreux catholiques australiens partagent ses convictions. « Si cela peut combler l’absence de prêtres dans certaines paroisses, alors pourquoi pas », confirme en effet Bill McVeight, comme plusieurs autres pratiquants croisés sur les bancs de la cathédrale Saint-Patrick. 

La situation est particulièrement critique dans le diocèse de Toowoomba, l’un des plus vastes d’Australie puisqu’il s’étend sur près d’un millier de kilomètres, jusqu’à la frontière entre le Queensland et le Territoire du Nord. « J’ai certainement dû avancer de mauvais arguments », ne peut s’empêcher de sourire l’ancien évêque.

Pourtant, certains catholiques soutiennent la décision du Vatican. Pour Rocco Mimmo, Rome n’avait pas d’autre choix. « Ceux qui au sein de l’Église remettent en cause l’autorité du pape contribuent à détériorer la foi catholique », reprend, depuis Sydney, le directeur du Centre Ambrose pour les libertés religieuses. 

Plusieurs paroissiens de Toowoomba partagent le même avis. « Rome n’a pas vocation à encourager les dissidents », estime Jenny Goodwin, persuadée que l’Église « ne prend pas de telles mesures à la légère ». La hiérarchie catholique du pays garde pour l’instant un silence prudent sur le renvoi de l’évêque. Seul l’archevêque de Brisbane, Mgr John Bathersby, s’est exprimé sur le sujet pour appuyer la décision du Saint-Siège, tout en appelant la communauté du Queensland à « rester unie malgré les événements ».


OLIVIER CASLIN, à Toowoomba (Australie)


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Publié dans Eglise

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