Les divorcés-remariés en non pleine communion à l'Eglise

Publié le par Michel Durand

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Xavier Lacroix et Guy de Lachaux,

pour le "Pèlerin"*


Jeudi à « Toi d’écoute », paroisse Saint-Polycarpe, nous aurons un débat avec des membres de Reliance :

Depuis des décennies, le nombre de divorces ne cesse d’augmenter. Face à l’ampleur du phénomène, quelle est la position de l’Église ? Quel accueil nos communautés chrétiennes accordent-elles aux divorcés remariés ? Comment pouvons-nous changer notre regard réciproque ?

Un état des lieux avec Reliance, mouvement de spiritualité de la pastorale des familles, s’adressant à des couples chrétiens vivant une nouvelle union après un divorce.

 

Sur ce sujet, je vous recommande la lecture du livre de Guy de Lachaux, prêtre sur le diocèse d’Évry, accueillir les divorcés, l’Évangile nous presse ; les éditions de l’Atelier, 2007.

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« Le divorce pose des questions bien réelles, face auxquelles il est difficile d’accepter que les réponses actuelles soient vraiment conformes à la volonté du Christ, plaide-t-il. C’est pourquoi il faut être réaliste : les divorcés lancent un défi à l’Église. »

« Dans l’Église, nous parlons beaucoup d’accueil et nous avons raison, souligne-t-il. Mais combien de fois ai-je reçu des personnes qui disaient avoir eu l’impression de se faire éconduire. » Méconnaissance de leur situation, gêne, discours ambigu et variable selon les diocèses et les paroisses compliquent la chose…

Pour lire un article de la Croix sur ce sujet, voir ici…

 

Je résume la situation en donnant deux profils d’accueil

- celui qui se veut conforme à la morale (la pratique) de l’Église ; il y aura une attitude intransigeante dans le respect de la loi.

Catéchisme 1650 

Nombreux sont aujourd’hui, dans bien des pays, les catholiques qui ont recours au divorce selon les lois civiles et qui contractent civilement une nouvelle union. L’Église maintient, par fidélité à la parole de Jésus Christ (" Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à l’égard de la première ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère " : Mc 10, 11-12), qu’elle ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le premier mariage l’était. Si les divorcés sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu. Dès lors, ils ne peuvent pas accéder à la communion eucharistique, aussi longtemps que persiste cette situation. Pour la même raison, ils ne peuvent pas exercer certaines responsabilités ecclésiales. La réconciliation par le sacrement de pénitence ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et se sont engagés à vivre dans une continence complète.

- celui qui place avant tout l’Évangile et regarde le vécu des personnes ; il y aura un souci de miséricorde dans le discernement, un appel à la conscience personnelle.

Si la première attitude est simple : « ce n’est pas permis », la seconde demande une réflexion avec laquelle ne seront à l’aise que quelques élites du christianisme. De plus, cette dernière position n’est pas unifiée d’un diocèse à l’autre, d’un prêtre à l’autre. Guy de Lachaux souhaite une liturgie de réconciliation où l’Église offre la pleine communion dans la ligne d’une démarche de conversion inscrite dans la vocation de tout baptisés à la sainteté. Démarche officielle qui ne soit pas le fait de quelques prêtres se sentant en marge de l’autorité ecclésiale.

Ainsi, ce serait bien que le célébrant puisse dire publiquement en accord avec toute l’Église :

«Ce dimanche est une date importante pour un couple de notre communauté. Ils ont éprouvé la détresse de l'échec et vivent une nouvelle union depuis huit ans. L'Église leur avait signifié leur éloignement de toute participation sacramentelle. Sur leur demande, nous avons longuement réfléchi ensemble. Nous avons été témoins de leur désir profond d'un rapprochement avec Dieu. Nous avons prié ensemble afin de présenter à Dieu leur démarche. Devant la solidité de leur foyer, leur engagement de parents, leur foi profonde et leur démarche de pardon, nous les invitons aujourd'hui, dans la joie, à recevoir l'eucharistie. »

 

Voici ce qu’a écrit Monseigneur Jean-Charles Thomas aux prêtres, diacres et permanents en pastorale de son diocèse en 1993

 

Plusieurs éléments peuvent intervenir ensemble pour éclairer le jugement de conscience.

- La recherche de clarification sur le premier mariage. En cas de doute sur sa validité et grâce à un entretien avec une personne qualifiée, il s'agira non seulement d'un examen sur la validité de ce mariage, mais surtout d'une relecture de sa vie pour s'interroger loyalement sur la qualité des essais de réconciliation entre époux. Quelle que soit la conclusion de cet examen, il se peut qu'un des conjoints, après une recherche loyale, demeure convaincu de la nullité du mariage en conscience et en toute bonne foi.

-  La reconnaissance des dommages causés par la séparation. Chacun doit faire des efforts constants pour maintenir une attitude de charité et de justice envers le premier conjoint et les enfants de la première union. L'aveu de la part de responsabilité qui appartient à chacun ouvre toujours le chemin du pardon. La demande de pardon et le désir de pardonner en retour constituent un des signes de la conversion du cœur et du retour vers Dieu. «Pardonne-nous nos torts envers Toi comme nous-mêmes avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous» (Mt 6, 12-15).

- L'attitude non agressive envers le précédent conjoint, ou envers l'Église.

Passer de la revendication et de la colère à une attitude d'acceptation du réel et de compréhension de l'Évangile et de l'Église est le signe d'une vraie conversion qui commence dans l'épreuve elle-même. Peuvent aussi être considérés comme vivant une attitude équitable ceux qui ne taxent pas d'intransigeance l'Église, même quand elle n'a pas reconnu la nullité du premier mariage en application des principes canoniques régissant la validité du mariage.

-  La durée et la qualité du second couple. S'il s'avère stable, par exemple depuis une dizaine d'années, paisible, fidèle, le jugement de conscience doit en tenir compte. La relation aux enfants et le soin apporté à leur éducation constituent également un élément de jugement favorable.

- La qualité de la vie spirituelle des époux divorcés remariés. Elle constitue l'une des marques les plus certaines de la «bonne foi» chrétienne. Il ne manque pas de divorcés remariés qui ont pris conscience de la faiblesse de leur vie chrétienne passée et qui ont été poussés intérieurement à une vie de foi beaucoup plus forte à partir de leur second mariage, individuellement ou en foyer. Ils prient plus souvent, se nourrissent de la parole de Dieu, célèbrent le dimanche en allant à la messe régulièrement, se reconnaissent humblement pécheurs appelés au pardon, éduquent leurs enfants selon la foi d'une manière plus décidée que jadis, participent à l'évangélisation, se montrent assidus à des groupes de prière ou d'apostolat. Comment ne pas reconnaître, avec eux, que ce progrès est non seulement l'œuvre d'une conversion intérieure, amis aussi de « l'Esprit Saint qui souffle où Il veut et quand Il veut» (Jean 3, 8)?

- Le dialogue avec d'autres chrétiens. C'est le dernier élément dont il faut tenir compte. Il prouve aux divorcés remariés l'ouverture et la sincérité de leur recherche, permet de rompre l'impression d'un rejet loin de l'Église ou d'une exclusion : il donne aux baptisés des éléments complémentaires de jugement de conscience, permet un discernement spirituel sur leur «état d'âme» et leur relation à Dieu. De toute façon, il rompt l'impression d'une exclusion ou d'un rejet de la communauté des chrétiens.

Lorsque, sur ces six points pris ensemble, le jugement de conscience est largement positif, il devient signe que les époux divorcés remariés ne sont pas en état de rupture avec Dieu mais proches de la communion avec Lui. Les aider à en prendre conscience et à en tirer de bonne foi, eux-mêmes, toutes les conséquences pour leur vie chrétienne, après en avoir parlé avec d'autres chrétiens, constitue une voie à laquelle nous devons penser, eux et nous. Elle est une voie de miséricorde et de vérité à la fois pour les divorcés remariés et pour la communauté chrétienne tout entière ; elle ne change pas la situation canonique ou officielle des divorcés remariés mais elle éclaire et promeut leur liberté de conscience. Elle peut les aider à progresser spirituellement dans la paix du cœur en s'en remettant à la miséricorde de Celui qui, seul, juge les reins et les cœurs et jugera finalement nos existences de pauvres pécheurs, pardonnés et réconciliés dans la Mort et la Résurrection du Christ. Elle nous fait tous progresser sur le chemin de la Miséricorde de Dieu à l'égard de tous les hommes.

De nombreux divorcés remariés prennent ce chemin. Ils font l'expérience de leur liberté profonde face à Dieu, un Dieu qui est réponse d'amour dans l'intimité de leur conscience.

 

*Guy de Lachaux : Pour avancer, il faudrait rendre possible, à mon avis, une réintégration sacramentelle « officielle » des divorcés remariés.


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