Mariage pour tous : bien que non juriste, je suis intimement concerné en tant que simple sujet

Publié le par Michel Durand

Jean, ayant reçu le texte publié avant-hier, s’est assis à sa table et a longuement mijoté une réflexion qui mérite de figurer en très bonne place dans le débat.

Voici son commentaire. il mérite toute notre attention. Invitation à se retrouver autour d’une table pour en parler et reparler.

 

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La Croix : Comment l’opposition au «mariage pour tous» va-t-elle se poursuivre ?

 

Merci d'avoir divulgué, avec je pense l'agrément de ses auteurs, ce texte vigoureux. Il appelle la réflexion et l'échange.

Pour ma part, bien que non juriste, et donc incompétent pour être juge, ou procureur, ou avocat dans cette affaire, elle touche à ma vie, à mon être, et je suis intimement concerné en tant que simple sujet. C'est donc à ce titre que je dirai, un peu en désordre, ce que j'en pense, sur la forme et dans le fond, sans d'ailleurs m'attarder sur des détails chiffrés, ou m'appuyer sur des cas plus ou moins monstrueux d'atteinte à l'homme, à tort trop souvent mésestimés mais somme toute indifférents au propos d'aujourd'hui.

Auparavant, pour formuler ensuite un quelconque avis, ,je suis à mon niveau obligé, simple honnêteté, de préciser les modes de pensée que j'utilise, en tentant cependant autant que je le peux de ne pas asséner mon avis de chrétien à d'autres qui, parfois, pensent n'en avoir rien à faire.

 

1) Si je me mets dans la peau du juriste, la démonstration semble effectivement solide. Mais l'affaire en est-elle réglée pour autant, est-ce une simple question d'application d'un droit qui serait évident ? N'ai-je pas à me conforter au préalable sur l'opportunité, la nature et la place de ce droit, pour m'éviter de recourir à des convictions sans fondement ou discutables, ou à de simples opinions.

 

2) Il est dit que la question (mais est-ce la seule ?) est d' ''offrir un droit'': Pour moi, un droit ne s'offre pas, ce n'est pas un cadeau (qui serait octroyé par qui et en vertu de quoi ?), ce n'est pas gratuit. En revanche il faut, quand il existe, qu'il soit connu et reconnu. Et quand ce n'est pas le cas il faut en effet aider à le conquérir. Alors il peut s'inscrire dans la Loi (dans le Droit) afin que nul n'en ignore, et qu'il soit respecté. Bien trop souvent, hélas, je tends à oblitérer le droit qui me contrarie, me gène, me remet en cause.

Comment reconnaître un droit ? Ce ne sont pas mes instincts, ma ''nature'', sources de mes envies, de mes désirs, qui me l'indiqueront. Alors, il n'est pas possible de faire l'impasse, ce ne peut être que parce que je suis un être moral que je reconnais un droit. Un homme ''sans foi ni loi'' se moque du droit.

 

3) Ainsi un droit (le Droit) relève toujours et inévitablement, d'une idéologie, d'une philosophie, d'une vision du groupe humain auquel appartient celui qui s'y réfère et qui l'adopte pour sa conduite sociale. Car un droit - à la différence de la morale - est inutile pour l'individu tant qu'il est seul, car son désir est alors son seul critère. En revanche, il n'y a pas de société sans droit, quelque soit le régime: monarchique, oligarchique, démocratique, ..et son caractère: religieux, dictatorial, .. Et il est préférable en ce cas que j'adhère globalement aux droits de mon groupe si je ne suis pas un être asocial et ne choisis pas de le combattre.

Dans nos pays occidentaux des XXe/XXIe siècles (mais assurément pas encore sur la terre entière), l'idéologie actuellement dominante, base de notre droit (nos droits), est globalement ce qu'on peut appeler le laïcisme démocratique, en fait un avatar - même si d'aucuns le (re)nient - des idéologies chrétiennes à l'œuvre depuis Constantin - et cela, même si leurs mises en œuvre par ceux qui s'en réclamaient ont bien trop souvent été des  trahisons et ont abouti à une situation exactement contraire à leur idéal.

N'inspirent-elles pas d'ailleurs notre devise ''Liberté - Egalité - Fraternité'', comme aussi la Déclaration des droits de l'homme ? Cette idéologie: liberté (pour tous), égalité (de tous), fraternité (entre tous) est mienne, je l'assume. (Un changement aujourd'hui, c'est que Dieu en est retiré, et ça je le regrette).

 

4)  La liberté pour chacun d'exercer un droit répond donc à des règles issues de l'idéologie retenue dans la société. En ce sens, il n'y a pas de droit absolu, tombé du ciel. Mais dans nos pays, il y a un critère fondamental qui peut se traduire approximativement par l'adage ''la liberté de chacun s'arrête où commence celle de l'autre''. C'est aussi une définition du respect de l'autre, sans lequel il n'y a plus ni égalité, ni fraternité.

 

5) C'est le souci d'égalité qui nous incite au respect des minorités, des faibles, des ''différents'', des invisibles (pour autant qu'on les détecte !), comme la fraternité nous invite à les défendre, prioritairement même (jusqu'à cette contradiction de la ''discrimination positive'' au « détriment » si l'on peut dire, des « nantis », ce qui n'est qu'un témoignage de nos imperfections natives, ce que le droit ne supprimera jamais).

Pour moi, dans les régimes démocratiques, et sans, donc, que soient éliminés les comportements instinctifs catégoriels ou individuels égoïstes, pas plus que le fanatisme des gens ''qui savent'' et ont ainsi raison (la raison du plus fort), choses tristement communes aux hommes et tout à fait ''naturelles'', ce souci prime sur le caractère oppressif de ''la tyrannie de la majorité'' qui est objecté.

Acceptons alors de nous contenter de cette démocratie -'' le pire des régimes à l'exception de tous les autres'' note W. Churchill - qui a pour principe de permettre l'expression de tout un chacun, et l'invite en retour à respecter la loi commune (bien souvent en effet celle de la majorité !). A ces conditions, il est évident que la résistance, souvent initialement le fait de quelques individus isolés (mais ce n'est pas forcément le cas), aux pressions exercées par une catégorie dominante (majoritaire ou non), reste un puissant moteur de la démocratie et de son évolution. Veillons seulement  à ne pas risquer alors l'excès d'une contre-tyrannie.

 

Après ces longs et pénibles attendus dont on voudra bien m'excuser, venons-en au fait. Que veut dire réclamer le mariage pour tous (c'est à dire en pratique l'étendre aux homosexuels), et au delà, peut-on revendiquer l'homoparentalité ? Il ne s'agit pas pour moi, de donner une réponse, ce qui serait bien prétentieux, mais d'amorcer la possibilité d'échanges.

 Hors d'abord toutes considérations religieuses ou morales (pourtant à l'origine l'origine de tout !) et en recourant le plus parcimonieusement possible à des arguments théoriques de ''nature'', sources de contestations interminables et inefficaces, disons qu'actuellement et depuis fort longtemps (bien sûr, ce n'est pas une raison d'intangibilité), le mariage est une réalité sociale bien définie, inscrite dans le droit, applicable à des personnes déterminées, instituée dans des buts spécifiés. Il est censé entraîner des conséquences sociales prévisibles et, pour cela, codifiées. Le fait qu'il puisse être raté ou détruit, ou que les buts recherchés ne soient pas atteints, et bien plus, que certains de ces buts puissent être atteints par d'autres moyens, ne change pas son objet.

Introduire des changements dans sa destination, ses affectataires, ses buts, … c'est aussi potentiellement changer son caractère et son efficacité. Est-ce nécessaire ?

 

Peut-on lister quelques avantages attendus pour revendiquer son extension dans le cas qui nous occupe ? - Etre des citoyens comme les autres (reconnaissance sociale: ne plus rester dans la ''minorité invisible'' et opprimée) ?

- Manifester que deux personnes du même sexe ''ont le droit'' de vivre ensemble (le droit de s'aimer) ? Logiquement, pourquoi d'ailleurs deux seulement et pas plus, quelque soit le sexe: polygamie, polyandrie, polyandrogamie (joli néologisme), … si chacun y trouve son compte ?- - Posséder un avantage, une distinction, un ''label'', reconnu pour d'autres (''ils l'ont, pourquoi pas nous ! '')

- Assurer la protection sociale et le traitement social (impôts, soins, successions, ...), aujourd'hui et demain, pour soi-même et pour la personne avec qui on veut vivre ?

- …

et au delà :

–               - ''Avoir'' des enfants ?

–               -  Les élever, les protéger (comme soi-même, voir ci-dessus) ?

–               -  …

la liste n'est certainement pas close.

 

Il m'apparaît déjà cependant que, hors peut-être la revendication envieuse et un peu infantile de vouloir posséder tout ce que l'autre peut avoir, même sans nécessité, et aussi - comme on va s'en expliquer - de vouloir des enfants, tout cela peut être considéré comme légitime et soluble.

Mais pourquoi appeler la solution un ''mariage'', au prix d'un changement de ce qui fait pour beaucoup de gens sa spécificité, changement dont l'âpreté même de la controverse montre la réalité ? (Je n'arrive honnêtement pas à adhérer à une quelconque théorie sur l'indifférenciation des sexes et l'inanité des conséquences sur la société, est-ce pardonnable ?).

Le PACS est souvent récusé, sans doute encore trop inadapté et insuffisant, et sans doute aussi, actuellement trop marqué sociologiquement aux yeux des postulants comme de leurs opposants. La demande serait aussi en ce cas une recherche psychologique de dignité, qui doit être respectée et résolue. Quelqu'un proposait d'appeler une telle union entre ''ami(e)s'' (ce sont des personnes qui s'aiment) un amiage, dont il conviendrait alors d'établir sans plus attendre le droit spécifique.

Accessoirement, et il faut  finir par le dire pour un respect mutuel des partis en présence, serait ainsi conservé le ''mariage'' sans brimer quiconque, en particulier ceux qui y attachent une très grande importance du fait de leurs convictions morales et religieuses, et en proclament le caractère unique à leurs yeux.

En conséquence, il m'apparait que légiférer précipitamment aujourd'hui sans réel consensus est une mauvaise chose, l'urgence reste à la concertation, à l'éducation des mentalités et au rapprochement des opinions. Dans l'intervalle, il y a à mener une lutte sans merci contre l'homophobie, déjà en appliquant le droit.

 

La question de l'enfant est tout autre. Au débat de société s'ajoute le débat moral.

''Avoir'' un enfant, ''faire'' un enfant sont des expressions viciées. Personne ne peut posséder un enfant, n'a un enfant comme on a une montre, ou un chien, ou ne doit fabriquer, acquérir un enfant comme un objet pour soi. Un enfant est une autre personne que soi-même. Je n'ai aucun droit sur une autre personne, cela aussi est une conviction sinon universellement admise, du moins hypocritement reconnue par tous.

L'enfant est l'archétype de ''l'autre'', du faible, du différent ? A ce titre nous jugeons qu'il doit être absolument respecté et protégé. Et la réaction commune à l'égard de la pédophilie montre que cette conviction est aussi généralement admise: Alors qu'être pédophile peut être une question de nature, qui trouvera illicite d'exercer une (op)pression sur le pédophile pour l'empêcher de répondre à sa passion ?

Qu'un couple hétérosexuel (un père et une mère), une veuve, un célibataire, deux lesbiennes, ... fasse(nt) tout ce qui est possible pour le bien d'un petit enfant aimé, et parfois ou souvent réussisse(nt), c'est très bien. Mais il n'est pas là question d'exercer un droit pour tous. Il est question de déterminer s'il y a une, ou non, situation préférable pour l'enfant parmi toutes les possibilités. C'est alors celle-la qu'il faut favoriser, sans tenir rigueur aux autres d'être survenues pour des tas de raisons plus ou moins maîtrisées et parfois pénalisantes; au contraire en cherchant alors à y trouver des compensations spécifiques.

Nous avons encore beaucoup à travailler le sujet avant là aussi de légiférer ...

 

A propos de Dominique Baudis.


Publié dans Politique

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Teysseire 19/12/2012 11:33


Merci de votre réponse. Puisque vous parlez de limites et de modération, ne faudrait-il pas s'interroger ausi sur une certaine modération en matière de démographie? est ce que 9 ou 10 milliards
d'humains prévus pour 2050, c'est une bonne nouvelle pour la terre, l'environnement  et surtout pour nos enfants et petits en fants? auront-ils droit encore  à la beauté du monde et à
une vie digne? peut-être faudrait-il encourager à cette responsabilité dans nos pays nantis et aider à l'éducation des filles  dans les pays où croissance démographique rime avec croissance
de la pauvreté? Je ne sais pas ce que les lecteurs de ce blog en pensent...

Michel Durand 20/12/2012 11:24



A mon avis, cette question démographique n’est certainement pas la plus importante. Mais, pour certaine dans l'écologie elle
est primordiale. Idem pour la question du mariage pour tous. La question des banques, sujet actuel, j’en parlerai, est bien plus grave. On en parle peu. Pourtant, c’est contre les banques que les
chrétiens, catholiques en tête, devraient manifester. Il semblerait qu’il n'y a pas de débat possible ; or, c’est pourtant indispensable. Vincent Cheynet explique que « le nombre
d'êtres humains sur la planète est principalement une conséquence de l'apport énergétique, comme pour la pollution, la consommation, etc. » Voir le site de La Décroissance.


http://www.ladecroissance.net/?chemin=cahiers_ieesds


Je pense que, après cette tentative de débat sur le dit « mariage homo », j’en parlerai de nouveau.



Teysseire 16/12/2012 18:08


Je suis tout à fait d'accord avec votre discours très argumenté et très mesuré. Je suis athée bien que partageant les valeurs chrétiennes dans lesquelles j'ai été élevée. Je parle donc sans à
priori religieux. Ce qui est choquant dans cette affaire , c'est comme vous le dites la revendication assez infantile du Droit :  "ils y ont droit moi aussi je veux". Nous sommes devenus ,
une société "d'ayant-droit" au lieu d'être des citoyens   et des humains soumis aux Lois . Deux des lois qui fondent nos sociétés humaines , c'est celle de l'impossible et celle de la
différence des sexes. L'impossible qui est refusé ici, c'est celui de naitre de l'union de 2 personnes du même sexe, le mariage étant fait pour donner une famille à un enfant. C'est aussi en
filigranne refuser qu'un humain naisse homme ou femme et ne choisisse pas. Certains se prennent donc  pour Dieu et  revendiquent de changer les lois pour répondre à leurs désirs sur
lesquels ils ne sont aveuglés( comme nous tous, d'ailleurs...)  C'est effectivement le problème des limites auquel nous nous confrontons. Et je suis accablée que pour des raisons
démagogiques et aveugles de "modernité" et de "bien pensance" la majorité d'entre nous croie que le mariage gay est légitime . En ce qui concerne l'adoption, en tant que psychologue pour enfants
et mère de 2 enfants adoptés, j'aurais aussi beaucoup de choses à dire...  

Michel Durand 18/12/2012 10:37



Merci pour votre commetaire.


Dans un autre secteur, celui de l'économie et de l'industrie, nous parlons beaucoup de limites. Le libéralisme se pense sans limites. Libre marché, libre entreprise, libre invention technique...
Il est heureux que les philosophes athées rappellent l'exigence de la mesure en tout domaine. Je dis cela en pensant aux catholiques qui ne sont pas disposés à manifester dans la rue pour la
défense de la personne contre la technique. Libéraux libertaires sont à interrogés dans la vie privées comme dans la vie économique.