Maturité spirituelle: croire que ce ne sont pas les paroles qui importent mais le témoignage, l'engagement d'une vie au service du prochain

Publié le par Michel Durand


Poursuivons le dialogue !

 

 

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lesinrocks : "Dans une ambiance décontractée et festive, où les pancartes rivalisaient d’humour, nous avons suivi le cortège des pro-mariage pour tous, qui a rassemblé entre 125 000 et 400 000 personnes". Récit.

 

Perspectives du Conseil famille et société de la Conférence des évêques de France après le vote de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe (4 juin 2013).

Un texte à lire et relire, à étudier avec d’autres. Il est ICI.

En voici quelques extraits qui me semblent trouver leur place dans la ligne de ce que j’ai publié précédemment.

 

Le Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques de France, présidé par Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, a publié un texte, intitulé « Poursuivons le dialogue ! ». Destiné à donner aux délégués diocésains à la pastorale des familles des éléments de discernement et des pistes de travail pour poursuivre la réflexion sur la famille dans le contexte actuel, ce texte met en lumière les points positifs qui se dégagent des débats et propose de poursuivre le dialogue autour de la vision chrétienne de l'homme, la spécificité du mariage catholique et le sens de l'amitié.

 

Les débats et manifestations autour de la loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe ont été l'occasion de constater que ce projet de réforme a divisé la communauté nationale. Une incompréhension s'est installée entre partisans et adversaires de la réforme et des divergences sont apparues sur la façon d'exprimer les désaccords. Une radicalisation est observable aujourd'hui. Cela n'est pas sans écho au sein même des communautés catholiques et les responsables de la pastorale des familles ont, parmi d'autres, exprimé le besoin de disposer d'éléments de discernement et de pistes de travail pour poursuivre la réflexion. Le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France propose donc ce texte pour aider les communautés catholiques à surmonter leurs différences d'approche et à approfondir le dialogue. Si la foi chrétienne est bien une ressource qui donne sens à nos vies, alors il est possible de s'écouter et de s'entendre pour dire en quoi elle est aujourd'hui source d'orientation et d'inspiration éthique au sein d'une société pluraliste et sécularisée.

 

La complexité du jugement éthique

 

En fait, beaucoup de personnes percevaient les différents aspects qui semblent s'opposer. Elles se sentaient tiraillées entre la volonté de donner tout son sens au mariage basé sur l'altérité des sexes et la volonté de ne pas rejeter des personnes homosexuelles. Le projet de réforme les forçait à choisir l'un ou l'autre. Les contre-propositions cherchant à concilier les deux aspects n'ont pas reçu d'écho politique.

 

Assumer une position minoritaire

Les catholiques prennent aujourd'hui conscience que cette vision n'est plus ni connue ni partagée par tous. Même lorsqu'elle est partagée, les conséquences politiques à en tirer peuvent diverger. A l'intérieur de la communauté catholique ces divergences ne mettent pas en danger l'unité ecclésiale, pas plus que l'issue d'un vote démocratique ne rejette les catholiques en dehors de la communauté nationale. Lors de sa dernière assemblée plénière, par la voix de son président, la Conférence des Evêques de France s'est exprimée sur la situation créée par l'adoption du projet de loi et sur sa portée au regard de la cohésion nationale. Elle a aussi invité les catholiques à se comporter comme citoyens, assumant une position minoritaire en démocratie.

 

C'est une preuve de maturité démocratique que d'accepter sans violence que son propre point de vue ne soit pas retenu. C'est une preuve de maturité sociale que de reconnaître que le débat politique n'épuise pas le débat éthique et anthropologique sur les grandes questions du sens de l'existence. On peut continuer à provoquer de multiples manières la réflexion sur nos visions du monde et leurs conséquences pour la vie de tous et tout particulièrement des plus vulnérables d'entre nous. C'est une preuve de maturité spirituelle que de croire que ce ne sont pas les paroles qui importent pour exprimer une conviction, mais davantage encore le témoignage et l'engagement d'une vie au service du prochain, nourrie par la foi au Christ.

 

A cet égard, les communautés catholiques auront aussi à accompagner les nombreux jeunes qui ont spontanément et pacifiquement pris part aux débats et aux manifestations. Il s'agit à la fois de saluer et de soutenir leur engagement tout en assurant leur formation, notamment dans le domaine de la doctrine sociale, pour favoriser ce témoignage à la suite du Christ.


L'accueil dans l'Eglise des personnes homosexuelles

 Comme le dénonçait le premier texte du Conseil Famille et Société, l'homophobie existe toujours dans la société et dans nos communautés catholiques. Les débats autour du projet de loi ont eu un double effet. D'un côté, une homophobie, jusque-là latente, s'est exprimée au grand jour avec une violence surtout verbale mais dans quelques cas aussi physique. Cela est inadmissible et doit être fermement condamné. Ces expressions homophobes ont blessé et troublé de nombreuses personnes. De l'autre côté, les accusations répétées et généralisées d'homophobie, à l'adresse des opposants au projet de loi, ont injustement disqualifié les motivations profondes qui les animaient.

 

L'accueil inconditionnel

L'homophobie, comme toute forme de discrimination, est inacceptable. Pour les communautés catholiques, l'accueil inconditionnel de toute personne est premier. Toute personne, indépendamment de son parcours de vie, est d'abord un frère ou une sœur dans le Christ, un enfant de Dieu. Cette filiation divine transcende tous les liens humains de famille. Chaque personne a droit à un accueil aimant, tel qu'il est, sans avoir à cacher tel ou tel aspect de sa personnalité. L'accueil inconditionnel de la personne n'inclut absolument pas une approbation de tous ses actes. Cet accueil constitue cependant la condition première de toute relation, selon l'exemple donné par le Christ lui-même.

 

Une attention aux plus vulnérables

C'est cette conviction première qui inspire les mêmes catholiques à se faire serviteur des pauvres pour accueillir en eux le Christ et à faire opposition à ce qui risque de priver l'enfant de ses droits, de son inscription dans une histoire et une généalogie. A partir de cette vision de l'homme et de cette attention au plus vulnérable, l'Eglise demandera à la fois l'accueil de l'étranger et l'accueil de l'enfant à naître. Les deux peuvent s'annoncer de façon imprévue, à un moment que nous jugeons mal choisi. Mais le Christ nous demande d'accueillir chaque personne comme lui-même ... C'est toujours à partir de cette vision que l'Eglise condamne le licenciement sans concertation de salariés ou l'expulsion brutale de Roms. Dans les décisions économiques ou politiques, le souci de l'homme doit rester premier et sa dignité doit être respectée. C'est encore cette vision qui pousse l'Eglise à intervenir pour le respect des personnes diminuées par l'âge ou le handicap. C'est autour de cette vision de l'homme et ce souci de donner toute leur place aux plus démunis parmi nous que 12000 personnes se sont rassemblées à Lourdes début mai dans le cadre de Diaconia 2013 autour du thème « Servons la fraternité ».

Conclusion

 La communion ecclésiale n'est pas évidente. Depuis les origines, les chrétiens sont invités à l'unité, signe de celle qui existe au sein même du Dieu trinité auquel ils croient. Depuis les origines, les conflits et les déchirures viennent fragiliser le témoignage des chrétiens et meurtrir le corps du Christ dans lequel chacun a été baptisé. Depuis les origines, il est question de pardon et de charité au sein de nos communautés. C'est dire que notre combat est d'abord celui d'une conversion personnelle pour que notre vie soit une véritable bonne nouvelle cohérente avec l'Evangile et donne aux autres le goût de la vivre. Notre parole la plus convaincante prend avant toute chose la forme d'un engagement et d'un service. A cette condition nous ne craindrons pas que nos façons de vivre entrent en contradiction avec les normes de la société. L'important, c'est que nos vies soient réglées sur le soleil du Christ et qu'on puisse dire que notre témoignage n'est pas jugement pour l'autre mais tout simplement cohérence entre la foi et les actes.

 

A la suite du Christ, venu en ce monde porté par l'amour du Père pour le monde, sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls. En solidarité avec tous ceux qui nous entourent, nous pouvons mettre en œuvre des pratiques qui témoignent du respect inconditionnel de tout être humain et qui garantissent un avenir aux plus vulnérables. Il revient à chacun de garder, toujours plus justement, le souci du vivre ensemble qui respecte la dignité de la personne humaine, souci du vivre ensemble social et politique, orienté vers toujours plus de justice, de paix et de solidarité.

Publié dans Politique

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