Migrants : Le discours chrétien est-il efficace ?

Publié le par Michel Durand

Rappel

Malgré leurs efforts, les Églises et les ONG confessionnelles ne parviennent pas à faire reculer la peur de l'étranger auprès du public chrétien.

Témoignage chrétien du 31 mai 2012, Philippe Clanché

 3524-ART_460_LARGE-L1-1036-.jpg

 

Le Mouvement du christianisme social et Témoignage chrétien prennent position contre la manipulation et l’accentuation des clivages dans notre pays et appellent à un christianisme du partage.

17 avril 2012.


Lire ici et... pourquoi pas signer la pétition. Avons-nous vu un changement ?

 

 

Depuis des années, catholiques et protestants de France ne cessent de clamer par les canaux les plus officiels que l'accueil de l'étranger est une exigence fondamentale du message chrétien et, plus largement, biblique. Les Églises ont publié des textes sans équivoque, de même que les dirigeants des ONG chrétiennes, dont les équipes sur le terrain se démènent au service des migrants, demandeurs d'asile et sans-papiers. Récemment, l'ouvrage Immigration, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire (1) cosigné par François Soulage, président du Secours catholique, et par la théologienne Geneviève Médevielle, a été un modèle de prise de parole claire et argumentée, de nature à vacciner ses lecteurs contre les idées nauséabondes et les choix politiques qui les portent. À la veille des législatives, des associations chrétiennes (Secours catholique, CCFD-Terre solidaire, mouvements d'action catholique, Cimade, Mission de France...) en remettent une couche avec une brochure de 16 pages À la rencontre du frère venu d'ailleurs. Ce document - diffusé gratuitement dans ces réseaux - distingue les différents statuts (étrangers légaux, demandeurs d'asile, débouté,

Tout irait pour le mieux si ce message passait chez les chrétiens. Lors de la récente élection présidentielle, il apparaîtrait que le cumul des voix de catholiques (mais aussi des protestants) en faveur de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy - dont le ton sur la question des migrants s'est fortement droitisé en fin de campagne (2) - n'ait jamais été aussi élevé, dépassant très largement les 50 % au premier tour.

«Il y a urgence, reconnaît Patrick Peugeot, président de la Cimade. Le Gard, terre protestante, a largement voté pour Mme Le Pen. Des jeunes en difficultés pensent bâtir l'avenir sur des positions xénophobes, ignorant complètement l'Évangile sur ces questions. »

Quand on lui parle d'échec, sur le fond ou la forme, de la réception du discours chrétien sur les migrants, Mgr Renauld De Dinechin reste prudent: « Nous devons faire bouger les lignes. Et ce document y participe. » Pour François Soulage, les responsables chrétiens ont « un travail de pédagogie à faire. Il nous faut armer nos communautés pour affirmer haut et fort des choses et contredire ce qui est faux. Pour les législatives, ne laissons pas nos élus dire n'importe quoi ».

Le P. Bernard Podvin, porte-parole de l'épiscopat, tente une explication de la progression du vote de droite chez les catholiques pratiquants. « Il n'existe pas de vote catholique mais des réponses très individuelles. La catholicité, c'est l'universalité et l'incarnation (voir Matthieu 25). Du Christ, nous puisons la source de notre relation au frère. Tant que ceci ne passe pas dans la conviction profonde des croyants, ils garderont des choix de société subjectivés par leurs peurs, leurs corporatismes, leurs idées reçues, leurs conformismes culturels. »

Les évêques n'ont jamais explicitement cautionné le discours des « points non-négociables » [prôné par quelques-uns d’entre eux] (autour de la naissance et de la fin de vie), qui appelait à ne pas voter à gauche. Le P. Podvin rappelle que l'accueil des migrants fait partie des treize éléments de discernement électoral fournis en octobre par l'épiscopat (3), et réactivé pour les législatives.

Selon François Soulage, les « droits à la vie doivent être pensés tout au long de celle-ci ». Il reste donc à convaincre bien des chrétiens que les migrants ont droit, eux aussi, à une vie normale sur notre sol. n

 

-----

1/ L'Atelier, 2011, 98 p., 12 €

2/ On pense ici à son volte-face sur le droit de vote des étrangers aux élections locales, au débat sur l'identité nationale, à la politique du chiffre en ma­tière d'expulsion...

3/ Élections : un vote pour quelle société, à retrouver sur eglise.catholique.fr

 


Publié dans Politique

Commenter cet article

Gaultier 12/08/2012 00:37


Oui, l'accueil de l'étranger est un devoir biblique.


Mais aujourd'hui, n'est-ce pas justement le capitalisme tardif qui profite des migrations de populations du sud vers le nord pour mettre en concurrence les travailleurs du monde entier ?


http://lesoupirailetlesvitraux.hautetfort.com/archive/2012/08/04/concentrations-concurrentielles.html


http://lesoupirailetlesvitraux.hautetfort.com/archive/2012/07/02/venez-venez-pauvres-du-monde.html


Personnellement, je n'ai jamais rencontré de Français profondément raciste ou même ayant peur de l'étranger en tant qu'étranger, juste des gens inquiets pour la perennité de leur
culture, pour les difficultés d'intégration posées par des populations allogènes en temps de chômage massif et de crise aggravée, etc.


Et des gens qui ne voient vraiment pas en quoi continuer à vider les pays pauvres de leurs forces vives serait un progrès.


Il me semble que ce que vous interprétez comme de la xénophobie est simplement le sain refus d'un multiculturalisme contraint et accéléré qui, d'une part, à force de prétendre métisser
l'humanité, l'appauvrit en développant une sous-culture globish ; et qui, d'autre part, en favorisant des tensions communautaires, risque bien de nous conduire à la guere civile.


Comme j'ai pu le constater avec tristesse en Sicile ou au Maroc, ou encore en partageant cette année mon logis avec un étudiant malien (qui partage ce point de vue, d'ailleurs), si l'immigration
de masse pose de grandes difficultés pour le vivre ensemble dans les pays d'accueil, l'émigration-déracinement est un désastre pour les pays d'origine.


Plus les jeunes partent, moins le pays se développe (survivant plus ou moins bien grâce à l'aide des exilés), et donc plus les jeunes sont tentés de partir.


N'est-ce pas ce qu'on appelle un cercle vicieux ?


Que l'Occident ait une grande responsabilité dans les difficultés des PED, c'est l'évidence.


Que nous devions aider tous nos frères humains dans le besoin, parfaitement d'accord.


Mais que l'attitude la plus évangélique soit d'encourager les déplacements de populations pauvres vers les pays riches où elles seront la proie de toutes les exploitations économiques possibles,
cela non, vraiment, je ne le crois pas.


Limiter l'immigration en France, tout en encourageant son dynamisme démographique (pour l'instant : on importe des esclaves noirs, tout en avortant les petits blancs). Mieux aider les pays
pauvres, sans tomber dans l'assistanat. N'est-ce pas conforme à la Doctrine sociale de l'Eglise qui rappelle qu'un pays a le droit et le devoir de réguler les flux migratoires selon ses intérêts
propres, tout en devant évidemment assistance aux plus démunis.


Qu'en pensez-vous ?


Merci !

Michel Durand 12/08/2012 15:25



Merci pour votre commentaire qui reflète ce que beaucoup d'Européens pensent. Comme vous le dites, pour aider les pays en voie de développement, la France doit reconnaître ses lourdes
responsabilités. Radicalement, il y a à relativiser notre attachement au capitalisme. Surtout, rendre le commerce mondial plus juste.


J'ai lu avec satisfaction que des lyonnais, voisins d'un groupe de Roms, ont manifesté leur solidarité. A mon homélie de ce jour, j'ai pensé à cette forme de solidarité. Limiter
l'immigration en Europe ? Alors, limitons les diverses explotations à l'adresse des pays pauvres du Sud. Actuellement se pose le grave problème du prix du blé.