Mon temps dépassé, que j’œuvre pour ma présence auprès de Lui. Faire son salut, disait-on ! Ou encore : se préparer à une bonne mort

Publié le par Michel Durand

 

Ce texte fut rédigé bien avant l’élection de François au siège épiscopal de Rome.

Assurément, nous pouvons espérer aujourd’hui que la vie ecclésiale s’ouvrira dans une toujours nouvelle présence de la Bonne Nouvelle. Nos espérances ont de quoi se concrétiser ; les 100 premiers jours qui viennent de se terminer au Vatican le prouvent.


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Mars 2013, Douiret, Sud tunisien

 

Ma méditation de ce matin a été marquée par une pensée récurrente que je ne peux qu’attribuer à l’âge. Pensée non nouvelle, mais plus prégnante. J’en ai du reste déjà parlé. Passé les soixante-dix ans, il n’est pas vraiment raisonnable de présenter des projets pour le long terme alors qu’on ne sera plus apte à les porter personnellement. Par contre, il est encore temps de bien terminer ce que l’on a entrepris.

Ainsi, je me vois plein de dynamisme pour conduire à leur terme les actions entreprises. Je pense à la Biennale d’art sacré actuel, au groupe chrétiens et pic de pétrole, à l’ouverture de l’église Saint-Polycarpe dans un contexte non paroissial pour servir de base à la rencontre d’artistes, de personnes amateurs d’art en tout domaine ; je pense à l’importance du dialogue avec toutes les formes militantes des

Pentes de la Croix-Rousse toujours marquées par l’esprit des Canuts et canuses. Je pense à l’importance d’une Eglise, concrétisée par des chrétiens “polycarpiens” qui se refusent à l’enfermement juridique et à la tendance ecclésiale actuelle, celle dont parle Hans Kung dans son ouvrage : Peut-on encore sauver l’Eglise ?  où il analyse les causes profondes et lointaines de la débâcle ecclésiale : juridisme, cléricalisme, système médiéval de gouvernement, autocélébration et autoconservation internes qui, touchées par une « maladie inédite la traditionnite », se refusent à toutes critiques.

Plein de dynamisme ! Et pourtant, je me dis que la réussite de ces engagements pastoraux, importants en eux-mêmes, ne sont plus ressentis pour moi comme étant l’essentiel. Celui-ci devient de bien réussir dans sa quête personnelle de bonheur.

Seul Dieu apporte au monde le Salut. Je n’en suis qu’un serviteur.

Mon temps dépassé, que j’œuvre alors pour ma présence auprès de Lui. Faire son salut, disait-on au XIXe siècle ! Ou encore : se préparer à une bonne mort.

Je considère comme très sain ce détachement du ressenti face à l’œuvre accomplie et à accomplir encore. Ce n’est pas mon affaire ; nombreux sont celles et ceux qui peuvent la poursuivre si elle mérite de l’être. N’empêche que je me sens toujours responsable de sa réussite et que je me considère durablement appelé pour qu’elle se développe dans la ligne du Christ, de la volonté de Dieu. Néanmoins, je me dis –tel fut l’axe principal de ma méditation- que l’essentiel, n’est pas là. Il est dans une intimité avec Dieu. Bienheureux les pauvres de Dieu (anawim), car le Royaume est en eux ; car ils sont dans le Royaume.

« Te voir et te comprendre, n‘écouter que Toi » chante Antoine Chevrier.

Il me semble, soyons sincère, que l’orientation de ma méditation est largement imprégné de l’esprit de conversion propre au temps de Carême. Les psaumes, les lectures de l’office invitent au détachement de soi-même pour épouser la forme de Dieu. C’est ainsi que ce chant liturgique me parle ; il me touche profondément :

Venez au jour !

Le Christ prépare son retour !

Le Christ prévient l’ère nuptiale !

Passe le temps ! Passe la chair !

L’Esprit  de Dieu souffle au désert,

Annonçant l’aurore pascale !

Dépouillez-vous !

Quand vous mourrez, vous perdrez tout !

Suivez votre exode à l’avance !

Tombe la mort ! Tombe le soir !

N’attendez pas qu’il soit trop tard !

Pour que Dieu vous donne naissance.

Ne craignez pas

De vous défaire, il recréera

Ce que vous cédez de vous-même ;

Fermez les yeux ! Baissez vos fronts !

Venez mendier sa création

Au fond des ténèbres humaines.

Ne glissez plus sur votre pente à l’inconnu,

Car ici commence un autre âge ;

Retournez-vous ! Apprenez Dieu !

Il a promis son règne à ceux

Qui emprunteront son passage !

Le jour viendra

Où le désert refleurira

Et l’ombre rendra la lumière !

Traversez-les ! Dès maintenant,

Allez chercher au testament

Ce qui n’est pas né de la terre !

Patrice de La Tour du Pin

 

Il est vrai que, pour mettre en pratique cette belle prière-poème, une importante dose de foi doit être versée dans nos vies. Œuvre de tous les carêmes, de toute une vie.


Publié dans Témoignage

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Bruno G 21/06/2013 13:49


Magnifique ! 


Un appel à la profondeur !


Un appel au retournement ! au dépouillement ! 


 


Etre à la fois dans le combat et dans le lacher prise. 


 


Oui, qui mieux que les poêtes peuvent, au bout du compte, nous accompagner dans les tréfonds de notre esprit.


Ne craignons pas de nous défaire.


 


Bruno


 


 

Michel Durand 21/06/2013 17:57



Merci