Non européens, vous êtes priés de rester chez vous ! Il n’est pas certain que les forces d’Europe seront déployées pour vous sauver des eaux

Publié le par Michel Durand

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Voilà donc, en ce début d’année, j’ouvre le chapitre de l’accueil des étrangers. J’en ai déjà parlé. J’aurai vraisemblablement d’autres occasions de revenir sur ce sujet.

 

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Il y a ceux qui peuvent voyager légalement et les autres

Frontex

Aujourd’hui, quand on parle de problèmes aux frontières, on pense immédiatement aux étrangers sans papiers qui ont franchi illégalement les frontières extérieures de l’Europe, car ceux-ci n’ont pas le droit de quitter leur patrie. Quand ils le font, ils posent problème ; ce ne sont pas des touristes ! En effet, sans trop vouloir l’exprimer, nous savons qu’il existe deux catégories de voyageurs ; les gens des riches régions de l’hémisphère Nord (et les pays du Sud qui leur sont assimilés) qui obtiennent assez facilement passeport et visa, et les ressortissants des pays pauvres qui, même pour rendre visite à un parent malade ou âgé, n’obtiennent aucun permis de transit.

Pour la surveillance de ces populations interdites de voyage a été mise en place l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne. Il s’agit de FRONTEX qui a été créée 26 octobre 2004 et exerce ses responsabilités depuis le 1er mai 2005. Elle doit répondre à « l'exigence d'améliorer la gestion intégrée des frontières extérieures des États membres de l'Union européenne qui sont responsables du contrôle et de la surveillance des frontières extérieures ». Pour se faire une police aux frontières est fournie par les États membres qui mettent à disposition de l'Agence des moyens matériels et humains : navires, hélicoptères, avions patrouilleurs, experts, garde-frontières… Bien évidemment, une formation adéquate leur est donnée afin que les buts de l’Agence soient atteints. Parmi ceux-ci, signalons l’obligation de « dresser l'inventaire des meilleures pratiques d'éloignement des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ».

L'Agence, un organisme de l'Union européenne doté de la personnalité juridique, est située à Varsovie en Pologne. Elle bénéficie d’un fonctionnement totalement indépendant  pour ce qui concerne les questions techniques, ses modes d’action. La Communauté Européenne lui a donné environ 85 millions d'euros en 2013.

Le 2 décembre 2013, une nouvelle organisation est devenue opérationnelle : EUROSUR. Il s’agit du « système européen de surveillance des frontières » doté de trois objectifs — réduire l'immigration clandestine en Europe — lutter contre la criminalité transfrontalière — assurer la protection et le sauvetage des migrants en mer. EUROSUR bénéficiera jusqu’en 2020 d'un budget de 224 millions d'euros.

Il y a certes, d’autres organismes associés à ceux qui sont ici cités. Mais ceux que je viens de signaler, à eux seuls, montrent déjà l’ampleur des dispositifs mis en place pour la surveillance des frontières à l’extérieure de l’Europe. Non européens, vous êtes priés de rester chez vous ! Il n’est pas si sûr que les forces seront déployées pour vous sauver des eaux méditerranéennes.

 

Mais, la création d’Eurosur est mensongère.

Le GISTI, une association spécialiste du droit des étrangers, estime que la création d’Eurosur est mensongère. A-t-on vraiment, après le drame de Lampedusa, alors que le nombre de victimes ne cesse d’augmenter, le désir de venir au secours des passagers de bateaux de fortune faisant naufrage ? Veut-on vraiment lancer une grande opération de sauvetage en Méditerranée sous l’égide de l’agence Frontex ? Alors, pourquoi en octobre 2013 avoir laissé tant de morts ? Plus de 3300 à proximité des côtes italiennes ! Pourquoi les gardes côtiers ne sont pas intervenus à temps. Le Gisti attire justement l’attention de tous en écrivant : « À l’heure où, une fois de plus, les responsables politiques des États membres et de l’Union européenne considèrent que la leçon à retenir du naufrage survenu à Lampedusa le 3 octobre est la nécessité de renforcer la surveillance des frontières, il est temps de s’élever contre cette fuite en avant et d’affirmer haut et fort : “surveiller” n’est pas “veiller sur”. On ne peut à la fois “surveiller” les migrants en tant que flux à stopper et “veiller sur” les migrants en tant qu’humains ayant besoin de protection. Dès lors, jamais une politique de lutte contre l’immigration dite “clandestine” ne pourra être une politique respectueuse des droits des personnes ». 

Pouvons-nous ne pas entendre et mettre en pratique là où nous vivons, l’appel du pape François à la journée mondiale (2014)  des migrants et des réfugiés? 

« Migrants et réfugiés ne sont pas des pions sur l’échiquier de l’humanité. Il s’agit d’enfants, de femmes et d’hommes qui abandonnent ou sont contraints d’abandonner leurs maisons pour diverses raisons, et qui partagent le même désir légitime de connaître, d’avoir mais surtout d’être plus. Le nombre de personnes qui émigrent d’un continent à l’autre, de même que celui de ceux qui se déplacent à l’intérieur de leurs propres pays et de leurs propres aires géographiques, est impressionnant. Les flux migratoires contemporains constituent le plus vaste mouvement de personnes, sinon de peuples, de tous les temps. En marche avec les migrants et les réfugiés, l’Église s’engage à comprendre les causes qui sont aux origines des migrations, mais aussi à travailler pour dépasser les effets négatifs et à valoriser les retombées positives sur les communautés d’origine, de transit et de destination des mouvements migratoires.

(…)

Souvent…  l’arrivée de migrants, de personnes déplacées, de demandeurs d’asile et de réfugiés suscite chez les populations locales suspicion et hostilité. La peur nait qu’il se produise des bouleversements dans la sécurité de la société, que soit couru le risque de perdre l’identité et la culture, que s’alimente la concurrence sur le marché du travail, ou même, que soient introduits de nouveaux facteurs de criminalité… Un changement d’attitude envers les migrants et les réfugiés est nécessaire de la part de tous ; le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation – qui, en fin de compte, correspond à la « culture du rejet » – à une attitude qui ait comme base la « culture de la rencontre », seule capable de construire un monde plus juste et fraternel, un monde meilleur. »

C’est cette culture de la rencontre que nous espérerions des instances de l’Europe et non une coûteuse en euros reconduite au pays d’origine ou tout simplement à une frontière proche, fut-ce un désert sans eau.

 

 

 

 

 

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