On manque vraiment de lieu d'échanges en profondeur pour savoir qui obéit ou qui désobéit

Publié le par Michel Durand

article1_1_large.jpgJ'ai plusieurs publié des textes de Patrick Royannais ou à son propos.

Voir ici, et ici, et ici, encore ici

 

Et je pense vous avoir indiqué son blog.

 

Je suis attiré aujourd'hui par son article publié dans le forum, Religion et spiritualité de La Croix de ce samedi 12 mai.

Qui dira le contraire ? On manque vraiment de lieu déchanges en profondeur.

 

Je vous invite également à relire ce que je disais à propos de la dite Nouvelle Evangélisation. Voir ici.

 

Tous ces articles m'incitent également à poser la question :

Qui désobéit à qui ?

Voir la réponse de P. Royannais.

Lors de la dernière messe chrismale, Benoît XVI a fait allusion à l’appel  lancé par plus de trois cents prêtres autrichiens il y a un an quant à l’urgence des réformes dans l’Église : « Récemment, un groupe de prêtres dans un pays européen a publié un appel à la désobéissance, donnant en même temps aussi des exemples concrets sur le comment peut s’exprimer cette désobéissance, qui devrait ignorer même des décisions définitives du Magistère – par exemple sur la question de l’ordination des femmes, à propos de laquelle le bienheureux pape Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur. »

Benoît XVI fait crédit à ces prêtres de vouloir servir l’Église, mais il s’interroge sur l’opportunité de la désobéissance, et on le comprend. Mais, désobéissance à qui ? Au Christ ? Il ne semble pas en être question. Certes – est-ce de manière fallacieuse ou par manque de rigueur –, le pape oppose « la configuration au Christ, qui est la condition nécessaire de tout vrai renouvellement » et « l’élan désespéré pour faire quelque chose, pour transformer l’Église selon nos désirs et nos idées ». Désobéissance à l’Église ? Ce n’est pas dit. Le litige ne porterait que sur un point, d’ailleurs discuté, de l’enseignement de Jean-Paul II.

Que dit l’Église ? Qui ne lui est pas fidèle ? En quoi ? Dans quelle ambiance culturelle ou intellectuelle faut-il se trouver pour penser que parce que le chef a parlé, ce qu’il a dit est automatiquement vrai ? Aucun groupe, aucune personne, y compris le chef, ne peut prétendre détenir le dernier mot de la vérité. Nous sommes livrés au conflit des interprétations, non qu’on puisse dire n’importe quoi ou que la vérité soit subjective, mais plus rien ne garantit de façon définitive quelque affirmation que ce soit. Fragilité, récemment reconnue mais pas nouvelle, de la vérité en langage d’homme.

En outre, faut-il rappeler que le chef de l’Église catholique n’est pas le pape, mais le Christ ? Cela évite de faire du gouvernement du pape un régime politique mondain et permet de souligner, avec le dernier concile, que tout disciple est à l’écoute de la Révélation à laquelle, magistère compris, il veut obéir.

« Ce magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui lui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette parole avec amour, la garde saintement et l’expose avec fidélité » ( Dei Verbum, n° 10).

Le pape et les prêtres autrichiens écoutent la parole du Seigneur mais ne comprennent pas la même chose, du moins en des points très périphériques quoique décisifs quant à la conduite de l’Église. Ne peut être remis en cause leur attachement commun au Christ qui révèle dans l’Esprit la paternité de Dieu ; à l’Église, qui reçoit mission de faire résonner la parole de Jésus et de louer le Père pour les signes du Royaume qui germent dans le monde ; à la forme historique de l’Église catholique en particulier sa structuration sacramentelle du ministère.

Le conflit des interprétations provient du choc en retour créé par la sécularisation et la crise des instances de vérité ou, pour le dire autrement, par la prise de conscience de l’historicité de la vérité. Pour être fidèle à l’enseignement de l’Église, il ne suffit pas de répéter toujours la même chose. Avec le temps, les mêmes mots, les mêmes pratiques ont des sens différents, de sorte que celui qui ne saurait que répéter est immanquablement infidèle. C’est pour cela qu’il faut sans cesse commenter les Écritures, commenter le Credo, réinterpréter la Tradition de l’Église, réinventer l’action pastorale. L’Église a toujours innové pour être fidèle à sa tradition et à sa mission.

Ainsi y a-t-il interprétations différentes voire conflictuelles entre ces prêtres et le pape. Mais quand celui qui a l’autorité parle de désobéissance il passe d’un conflit des interprétations à la dénonciation et à l’exclusion d’une position. Benoît XVI prétend clore le débat, en recourant de facto à l’argument d’autorité que la grande tradition a toujours contesté : « Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église » (J. Ratzinger).

Parler de désobéissance plutôt que de consentir à la contingence, à l’indéfini conflit des interprétations, c’est confisquer l’autorité et la vérité. L’infaillibilité pontificale ne saurait légitimer l’argument d’autorité. Même avec la voix la plus douce et l’esprit le plus humble que personne ne conteste à Benoît XVI, il se pourrait que nous soyons face à un abus de pouvoir. Qui désobéit et à qui ?


Publié dans Eglise

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P. Royannais 18/05/2012 21:22


Je viens lire le blog de Michel de temps à autres.. "J'y vois qu'il cite mon texte qui désobéit à qui ?". Je vois aussi, et pour la troisième fois, le commentaire de M. Pascal Jacob. Je ne
connais pas ce monsieur. Mais sur ce blog, sur celui d'un journaiiste de Ouest France, François Vercelletto, et sur le mien, il a posté le même commentaire. Je suppose qu'il s'agit de traquer
l'hérésie de toute part.


Qui fait de Nietsche le détenteur de la vérité ? Pas moi en tout cas. Mais se servir de sa réflexion réduit-il, ex opere operato, ceux qui le citent à l'errance et à l'erreur ?


Oui, M. Jacob, je vous ai lu, de partout. Rassurez-vous, on vous a entendu. Mais asséner et ressacer ne fait pas une pensée. J'avais un collège qui disait cruellement de ceux qui faisaient comme
vous : ils tiennent d'autant plus à leur idée qu'ils n'en ont pas beaucoup d'autres.

pascal jacob 16/05/2012 17:30


Si je comprend bien, puisque Nietzsche a dit que la vérité était historique et que tout était affaire d'interprétation, le pape doit se la fermer et cesser de prétendre confirmer ses frères dans
la foi ?

Michel Durand 18/05/2012 20:46



Non, l'évêque de Rome, se doit, comme tous les baptisés et encore plus qu'eux, d'obéir à l'Esprit Saint qui nous parle dans et par le "monde".


Je pense de suite à Catherine de Sienne : conseiller spirituel d'une foule de personnes variées, puissants et artistes, gens du peuple et ecclésiastiques, "y compris Grégoire XI, qui résidait
alors en Avignon... Voir ici



pascal jacob 16/05/2012 12:14



Vous publiez une réflexion du P. Royannais "Qui désobéit à qui". Davantage qu'une simple opinion, l'auteur prétend donner une leçon au pape. Est-ce sérieux ? L'auteur ne prétend pas, du reste,
donner une leçon de théologie mais seulement une leçon de philosophie, sans doute persuadé que la théologie catholique doit se plier aux injonction de la philosophie dominante.

A bien lire le texte, l'objection centrale à Benoît XVI est que l'Eglise doit changer son enseignement au nom de l'historicité de la vérité, et renoncer ainsi à dire une vérité immuable. Tout ne
serait affaire que d'interprétations en conflit.

Faut-il rappeler au P. Royannais que le pape, dans son ministère, est justement chargé de confirmer ses frères dans la foi, et que le charisme de l'infaillibilité veut justement dire qu'il peut
s'exprimer pour affirmer ce que l'Eglise, au nom du Christ, enseigne infailliblement ?

Se référer à Nietzsche pour argumenter devant la foi chrétienne relève de la farce. Nietzsche a-t-il donc davantage d'autorité théologique que l'Eglise ? A-t-il même une telle autorité
philosophique que tout philosophe, au Ciel et sur la Terre, doive plier devant lui le genou ?

Non, le P. Royannais n'est pas sérieux, et je m'étonne que vous publiiez des billets pareils. Dans le service de la vérité, mettre le pape, Nietzsche et le P. Royannais au même niveau est tout de
même un peu fort !

Michel Durand 18/05/2012 20:40



Oui, c’est sérieux et même très sérieux. Quoi de plus sérieux que l’intelligence humaine venant éclairer les révélations divines ? On peut penser à Saint Thomas qui se tourna vers la
philosophie grecque d’Aristote, un païen interdit de lecture dans les monastères bénédictins, pour éclairer sa perception du mystère divin. Sans ce recours à la philosophie dominante de son
époque, à la suite d’Albert Le Grand, les penseurs du XIIIe siècle auraient laissé l’Église s’engluer dans l’obscurantisme. Et nous savons que Thomas d’Aquin connut les interdits de l’Église en
place.


Pensons aussi à Saint François. Dans son dialogue avec le pape Innocent III, il obtient de lui que l’Église de Rome se convertisse à plus d’Évangiles contre les modes de vie des prélats en place.
C’est Dieu, à la suite d’un songe, qui invita Innocent III à obéir aux frères mineurs d’Assise, c’est-à-dire à la vie selon l’Évangile. Aristote, Pascale, Nietzsche… loin de la farce, ces
non-catholiques ont apporté de la vérité dans la perception des mystères chrétiens.


Le P. Royannais est très sérieux et son texte a toute sa place sur mon blog qui, comme vous le soulignez par l’affirmation de votre étonnement est lui-même très sérieux.


L’infaillibilité ? … L’intelligence ecclésiale n’en parle pas semble-t-il comme vous en parlez.


Cela dit, merci pour votre commentaire. De tels échanges permettent de clarifier les idées et de souligner leurs sources.


fides quaerens intellectum