On n’est pas chrétien uniquement par filiation familiale

Publié le par Michel Durand

Dans son livre sur Antoine Chevrier, Dis-nous ton secret, Olivier de Berranger rappelle l’importance « d’accepter l’école du réalisme que constitue pour chacun son terreau familial et social ».

 

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En ce qui me concerne, je noterai le désir de créer, de voir du neuf affranchi de tout formalisme parental et social. Je parlerai ensuite du désir de voir l’Église, par ses membres, dont en premier ses cadres : diacres, prêtres, évêques, capables de présence en milieu non spécifiquement chrétien. On n’est pas chrétien uniquement par filiation familiale. On le devient dans une option fondamentale et personnelle d’adhésion au Christ. C’est pour cela que les engagés dans l’Église doivent sortir de leurs cadres habituelles afin de se rendre présents aux personnes qui n’ont pas eu la grâce de connaître, dans l’ambiance familiale, le message d’amour divin transmis par Jésus au péril de sa vie. Olivier de Berranger montre bien que l’enfance d’Antoine Chevrier ne l’a pas modelé à une vie catholique pieuse selon la morale catholique de son temps, mais au contraire l’a conduit à vouloir partir à la rencontre de celles et ceux qui, à cause de leur misérable situation d’exploités par les acteurs d’une société industrielle naissante, étaient tenus à l’écart de l’Évangile. La mère d’Antoine Chevrier, de condition modeste, voulait que son fils soit quelqu’un de bien. Elle l’éleva à la rude école de ceux qui doivent combattre pour vivre mieux ; cela l’a certainement conduit à devenir le prêtre évangélique qu’il fut pour lui et ses premiers compagnons au bénéfice de l’immense foule qui n’a jamais entendu parler du Sauveur, Jésus-Christ.

Antoine Chevrier a la foi d’un homme d’action. Il veut que sa communion au Christ, sa prière, sa méditation et contemplation de celui qui se fait connaître au monde entier par son Évangile (sa Bonne Nouvelle) soit transmise à toute et à tous. Aussi, dès son séminaire à L’Argentière, « il commença à préparer ses catéchismes ». Il ne s’agit pas seulement d’enseigner les enfants, ce que le mot catéchisme pourrait évoquer, mais de montrer aux adultes comment Jésus-Christ est le centre, l’origine et le but de toute vie. Dieu veut s’adresser à celles et ceux qui sont loin de l’Église, « les pauvres, les pécheurs, les ignorants ».

Je me retrouve bien dans cette vocation de prêtre qui consiste à suivre Jésus-Christ de plus près pour devenir sans cesse plus capable d’évangéliser les hommes et les femmes de ce temps. Être sans cesse à l’affût de celui qui tend l’oreille du côté des chrétiens parce qu’il a été un jour intrigué par leur joie de vivre, leur sincérité, leur attention à autrui.

Dimanche dernier, au cours du rituel apéro dominical post eucharistie, un jeune de 17 ans, non baptisé, s’est timidement présenté à la messe pour, selon ses mots, voir ce que c’était. J’ai constaté avec bonheur que plusieurs « habitués » l’ont sympathiquement accueilli. Il a pu exprimer que, sans trop savoir pourquoi, il se sentait attiré par l’Évangile. Il avait contacté d’autres paroisses. C’est la première fois qu’il osa s’exprimer sur son désir. Ce contact, avec échange, fut une forme de catéchisme.

En conclusion, ce fait me permet d’affirmer une fois de plus que l’Église doit vivre hors ses murs pour rencontrer le monde là où il se trouve dans sa quête de ce qui demeure inconnu.

Publié dans Témoignage

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