Où en est l’Église (les Églises) par rapport au capitalisme. Suffit-il de le moraliser ?

Publié le par Michel Durand

Cette question est à prendre dans la suite des réflexions que nous avons avec le groupe Chrétiens et pic de pétrole et le laboratoire tenu cette année à l’Espace Saint-Ignace.


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Henri vient de m’envoyer un texte concernant la doctrine (enseignement) sociale de l’Église qui semble bien mettre en interrogation le libre marché : « Or notre Église, dans son enseignement social, est on ne peut plus claire : jamais elle n’a souscrit à une « foi » aveugle dans les prétendues vertus auto-régulatrices des marchés. »

Je me suis rappelé que d’autres courants semblent tenir un langage différent : « Légitimité et conditions du capitalisme : Il ne s’agit donc pas de chercher un autre système économique. Nous sommes dans une économie de marché, le capitalisme. Mais il s’agit de l’humaniser. Il s’agit de lui redonner cette dimension éthique en s’interrogeant sur nos propres comportements » 


Tous chrétiens : deux tendances !

À moins que je ne comprenne pas ce que je lis.

 

Voici les deux extraits. Le texte intégral est à portée de clic en suivant les liens.


 

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Ceras,  Gaël Giraud

Or notre Église, dans son enseignement social, est on ne peut plus claire : jamais elle n’a souscrit à une « foi » aveugle dans les prétendues vertus auto-régulatrices des marchés. C’est vrai dès Rerum novarum (1891) à propos de la question du « juste salaire ». Et quand, en 1931, la crise partie des États-Unis en 1929 touche l’Europe de plein fouet, Pie XI dénonce la « dictature » d’un « petit nombre d’hommes » qui sont « gérants du capital » (Quadragesimo anno, 113), affirmant : « la libre concurrence s’est détruite elle-même ; à la liberté du marché a succédé une dictature économique » (117). « Ce pouvoir, précise-t-il, est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir » (114). Plus près de nous, Benoît XVI déclare inacceptable la spéculation sur les dérivés des matières premières : elle gonfle artificiellement le prix de l’énergie, elle affame des populations entières des pays du Sud. Aujourd’hui, elle est capable de mettre à terre des États et de faire imploser la zone euro [1]. Toute cette tradition de la pensée sociale catholique est largement corroborée par les travaux des économistes, qui démontrent l’inefficience et le caractère inéquitable des marchés livrés à eux-mêmes [2].

 

Parmi les chrétiens qui assument des responsabilités financières, certains collaborent loyalement avec les autorités des marchés. D’autres non. Pourtant, « il faut que la libre concurrence, contenue dans de raisonnables et justes limites, et plus encore la puissance économique, soient effectivement soumises à l’autorité publique » (QA, 118, je souligne). Une exigence non-négociable, actualisée en juin dernier par le Conseil famille et société de la Conférence épiscopale de France : « Du point de vue de la finance, on peut légitimement se demander si ont été mises en place avec l’autorité suffisante toutes les régulations nécessaires pour que ne se répètent pas les erreurs qui ont conduit au désastre de 2008 » [3].


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Liberté politique, Jean Yves Naudet

Nous avions aussi été interpellés par le document du Conseil pour les questions familiales et sociales de la Conférence des évêques de France : « Au cœur de la crise : faire crédit, faire confiance » (8 octobre 2008). Ce texte insistait d’emblée sur deux aspects. Premièrement, le fait que « le marché libre, à condition de respecter certaines exigences, demeure sans doute l’instrument le plus efficace pour utiliser les ressources et répondre aux besoins des hommes et des sociétés de façon efficace » et, en même temps, le fait que « la crise nous révèle nombre de conséquences négatives, lorsque les logiques financières, poussées à l’extrême, sont déconnectée de l’économie ». Finalement, le texte affirmait que « cette crise nous invite tous à nous interroger sur nos modes de vie, sur notre rapport à l’argent, sur nos manières de faire fructifier notre épargne et de recourir au crédit ».

Légitimité et conditions du capitalisme
Il ne s’agit donc pas de chercher un autre système économique. Nous sommes dans une économie de marché, nous avons même, dans le titre de ce colloque, employé le mot fort de capitalisme. Mais il s’agit de l’humaniser. Il s’agit de lui redonner cette dimension éthique en s’interrogeant sur nos propres comportements.

C’est une démarche qui était déjà conseillée par le pape Jean Paul II dans sa troisième encyclique sociale, Centesimus annus (1991), dans laquelle il se demandait si le capitalisme était le système social qui l’emporte. Sa réponse, en deux temps, est extrêmement éclairante pour la rencontre d’aujourd’hui. Première partie de la réponse : « Si sous le nom de capitalisme, on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive, même s’il serait peut-être plus approprié de parler d’économie d’entreprise ou d’économie de marché, ou simplement d’économie libre ». Le Saint-Père dit donc bien que l’on peut légitimement se situer dans une économie de marché.


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