Pour apporter la Bonne Nouvelle du Salut, joie christique du bien vivre, il faut d’emblée se situer en dehors des clous de la bienséance

Publié le par Michel Durand

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Isabelle Blanchard, Pésence, BASA - Lyon, 2013, Fragiles

Je relis des actes des Apôtres.

Puisque l’on parle désormais de Nouvelle Évangélisation, il importe de se remettre devant la toute Première Évangélisation.

On est à Jérusalem. Sous la motion de l’Esprit Saint, les Douze proclament que l’homme Jésus qui fut condamné à mort par les autorités religieuses et politiques, Dieu l’a ressuscité. Il est vivant. Et l’annonce, Bonne Nouvelle, de la toute première assemblée se fait entendre dans toutes les langues. Universalité du message de salut voulu par Dieu comme le prophétisait Isaïe.

Ce que les gens vivant à Jérusalem entendent est très convaincant. Nombreux sont ceux et celles qui s’adjoignent aux Douze. L’assemblée des fidèles du Christ se constitue. « Des croyants de plus en plus nombreux s’adjoignaient au Seigneur, une multitude d’hommes et de femmes » (Ac 5, 14). Il y a de nombreuses guérisons. Par sa résurrection, le Christ a apporté au monde la bénédiction promise à Moïse, rappelée par tous les vrais prophètes. Et les apôtres prisonniers sont libérés par un envoyé (ange) du Seigneur qui leur enjoint d’aller annoncer hardiment dans le Temple – alors que c’était interdit – « tout ce qui concerne cette Vie-là » (Ac 5, 20).

Message du Salut.

 Tous parlent des incroyables richesses de Jésus-Christ. 

Antoine Chevrier parla de ces richesses en évoquant la pauvreté volontaire, l’acceptation de la mort sur la croix pour expier les péchés des hommes, sa charité :

« Jésus a été la charité, l’amour même. Il a aimé l’homme jusqu’à descendre du ciel et venir sur la terre et se faire tout petit pour nous. Il s’est sacrifié pour nous. Il nous a tout donné. Il est mort pour nous et il se donne tout entier à chacun dans la sainte Eucharistie. Quel exemple pour aimer son prochain ! En voyant l’enfant le plus dégoûtant, je puis dire : Jésus s’est sacrifié, est mort pour lui : et moi, que ne dois-je pas faire ? Jésus veut se donner à lui en nourriture : et moi, que ne dois-je pas lui donner ? 

C’est dans ces sentiments que je remplirai tous les devoirs de charité envers le prochain, quel qu’il soit, me rappelant que puisque Jésus et mort pour lui, je dois me sacrifier pour lui : enfants, malades, pécheurs, pauvres, pénitents, confrères. Bonté et amabilité, toujours ».

 

Écrivant cela, actuellement, résonnent en ma mémoire, les slogans des Vielleurs contre le mariage pour tous. Résonnent aussi les discours des écologistes anticapitalistes, les écolos radicaux qui revendiquent une action en profondeur pour stopper la croissance illimitée qui conduit l’univers à sa ruine. Un trait commun se retrouve dans ces deux mouvements pourtant idéologiquement ou politiquement opposés : la liberté de construire sa vie ne peut être absolue. Il y a des limites nécessaires à poser dans nos choix de vie. Faire tout ce que l’on veut quand on le veut sans aucune limite est l’illusion tant des libertaires en morale que des libéraux en économie politique. Qui est propriétaire de son corps ? Qui est propriétaire des ressources naturelles ?

Malgré l’importance, l’urgence de ces questions, la lecture des Actes des Apôtres me persuade une fois de plus que l’évangélisation ne peut s’aborder à partir des aspects comportementaux de l’existence. Or, pour sauver l’humanité de la perversion, disent quelques néo évangélisateurs, il faut combattre ces dérives. Du reste, c’est surtout dans le rang des anti mariages pour tous que la question se pose. Nombreux catholiques voulant que les lois de l’État maintiennent la bonne morale familiale, vont revendiquer l’abolition du mariage pour tous. Dans le rang des écologistes anticapitalistes, l’influence de l’Église est tellement soupçonnée d’inefficacité, que la question ne se pose même pas. Effectivement, les chrétiens qui militent dans leur rang ont beau dire que la sobriété heureuse, le choix d’une pauvreté volontaire, d’une vie simple est de longues dates exprimées dans les textes bibliques, largement vécus par le Christ Jésus et ses disciples, ils ne sont pas entendus. Que peut-il sortir de bon de l’Église ?

Evangéliser

Pour parler de nouvelle évangélisation en regard avec la toute première évangélisation, il importe, j’en suis convaincu, de ne pas se situer sur le plan des modes de vie, de la morale, des bonnes mœurs. Ce que nous considérons comme d’honnêtes comportements, les qualifiant de totalement évangéliques, souvent l’histoire en a témoigné, peut n’être qu’une bourgeoise morale de classe.

 

Pour apporter la Bonne Nouvelle du Salut, il faut d’emblée se situer en dehors des clous de la bienséance.

Le vécu de Pierre nous le montre alors qu’il se trouve en présence de Corneille.

La jeune communauté des disciples du Christ a accepté la différence. Alors, il y a d’un côté les anciens, les natifs de Judée, de Galilée qui se retrouvent, malgré tout à l’aise à Jérusalem, et les étrangers helléniques. Pour ces derniers, les Apôtres ont accepté l’organisation démocratique des serviteurs des tables et des aumônes afin que les « veuves » (les pauvres) ne soient pas négligées. Mais, il n’y a rien d’exclusif, ils peuvent continuer la prédication, l’évangélisation, annonce de la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité après sa mort violente libérant l’humanité du mal.

Deux modes de vie donc.

Suite à une persécution contre l’Église de Jérusalem, les étrangers doivent fuir le pays. Ils vont en profiter pour porter ailleurs l’Évangile. Restent à Jérusalem les disciples juifs de souche. Pierre et de ceux-là. C’est une révélation du ciel qui lui fait comprendre que le pur et l’impur de sa tradition morale religieuse ne peut être valablement absolutisée. Il doit être, selon les mots que j’aime employer, capable de se sentir à l’aise en marchant hors clous de ses habitudes. Les témoignages de Luc, l’auteur des Actes montre que cela ne lui faut pas facile.

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