Qui partage le gros gâteau ? Personne - alors, pourquoi produire plus...

Publié le par Michel Durand

Décidément, l’actualité me bouscule sans cesse à propos des bonnes raisons de parler de décroissance.

Alors que ce matin je repensais au discours de l’économiste Gilbert Blardone, je l’ai eu comme professeur en 1977 ou 79, je reçois l’article de Nicolas Blanc publié en septembre 2010 dans la revue Évangile et liberté.

Gilbert Blardone, Croissance des Jeunes Nations, était persuadé qu’avec le déargent-euros-logoveloppement économique, tous les problèmes de pauvreté seraient résolus. « Il suffit, expliquait-il, d’augmenter la taille du gâteau, ainsi chacun aura plus de chance d’avoir sa part ». Je lui répondais que cette pensée était une illusion parce que jusqu’à maintenant, on ne constatait pas la volonté des riches au partage. Les riches augmentent leur réserve sous le nez des pauvres. Le développement ne se présente pas comme la solution adéquate et les incitations au partage des Églises semblent bien peu efficaces. Ne faudrait-il pas aborder la question en partant de l’art de vivre des habitants des pays anciennement colonisés ? Mes propos n’étaient, disait-on, pas recevables.

Cette même question est aujourd’hui reformulée avec l’objection de croissance. Je l’écrivais ici même hier. Et aujourd’hui voici que je lis sous la « plume » de Nicolas Blanc : « Les objecteurs de croissance ne sont pas des dissidents sans bases de réflexion, ils nous ouvrent un champ de pensée créatrice, évolutive. Non seulement parce qu’ils refusent de se laisser écraser par des doctrines économiques dépassées (par ce que la science nous a apporté) mais encore par souci d’une meilleure redistribution des ressources. Loin de refuser le progrès, la science, ils veulent réfléchir à l’impact de notre consommation pour qu’elle soit un outil et non un but en soi ». Il convient de lire l’ensemble de l’article et, dans cette ligne, interroger de nouveau les auteurs de « Oser un nouveau développement ».


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Dominique Collet 10/10/2010 14:05






Au delà de l’au delà du débat croissance-decroissance : la décroissance.


 


Pourquoi un tel intitulé ? Parce que ce qui épuise les objecteurs de croissance, mais surtout la vie de l’esprit, ce sont les jeux rhétoriques. Ils sont généralement destinés à s’épargner
des remises en cause inconfortables. Ils proviennent le plus souvent de tout ceux qui sont bien installés et refusent de se mettre en danger. Ces derniers dénigrent, déforment, caricaturent, les
thèses de leurs contradicteurs. Ils se livrent sciemment à des interprétations à contresens et se lancent dans des procès d’intention.


Un exemple : Daniel Cohn-Bendit, José Bové, tous les tenants des thèses du développement durable (qui sont celles du « capitalisme vert » et autre « croissance sobre ») évitent de parler de
décroissance en employant invariable ce jeu rhétorique : oui ils sont pour la décroissance, mais une décroissance quantitative dans certains secteurs qui doit être contrebalancée par de la
croissance quantitative dans d’autres domaines.


Bien entendu, il ne s’agit que d’une pure formule pour éviter de parler du « projet politique de la décroissance » (sortie du productivisme, ralentissement, partage, sobriété, anticapitalisme,
gratuité, refus du scientisme, etc.). Bien évidemment, la décroissance, ce n’est pas « la décroissance pour tout, pour tous et tout de suite ». Ce n’est pas la récession, pas d’avantage que
l’antiproductivisme ne signifie un arrêt total et définitif de la production. Ce qui serait naturellement idiot. Les contradicteurs des objecteurs de croissance sont trop intelligents pour ne pas
le savoir même s’ils feignent de l’ignorer. Quand on se réclame de l’Evangile ont doit tenir une parole de vérité et nous les y invitons donc pour pouvoir engager un vrai débat. A défaut on ne
fait que poursuivre un combat.


Le « développement », dans un monde ou traversé par l’économisme (l’envahissement de toutes les dimensions humaines et sociales par l’économie), c’est de la croissance économique, qu’on le
veuille ou non. C'est aussi une idéologie qui inventée au sortir de la Seconde guerre mondiale d'où est né les concepts de « pays sous-développés », « pays en voie de développement » et « pays
développés ». Cette idéologie est une forme de néocolonialisme très bien décrite par exemple par l'économiste Serge Latouche.


Intituler un ouvrage : « Oser un nouveau développement. Au-delà de la croissance et de la décroissance. » c’est dire qu’au delà de la croissance et de la décroissance il y a… la
croissance.




Michel Durand 25/10/2010 11:24



Hélas, j'ai laissé passer votre commentaire sans le publier. Voilà qui est fait. Je partage votre analyse. Vous parlez d'Evangile. Cela est vrai, mais plus largement encore, car la croissance
absolu sur une terre limitée est ontologiquement impossible. L'Evangile ne fait que redire cette évidence. D. R. Dufour, philosophe marxiste me semble-t-il et J.L. Marion l'exprime bien. Ainsi
J.L. Marion, ne cachant pas son adhésion au Christ, dit : la « volonté de puissance » (c’est-à-dire la volonté d’affirmer la puissance pour elle-même, la volonté de volonté) : que
veut-elle ? Elle ne veut rien, elle veut vouloir. C’est le mirage de la « croissance ». Elle ne crée plus rien. Le développement n’est
pas un développement de la richesse, mais une production d’argent. Pourquoi produisait-on plus de luxe dans des sociétés infiniment plus proches que les nôtres ? Nous ne savons plus produire
que de la volonté, et la volonté qui produit le nihilisme des valeurs ne produit que de la volonté, et rien d’autre. J'en reparlerai.