Restructuration des paroisses ? À cause du manque de prêtres ou grâce à une écoute des habitants…

Publié le par Michel Durand

Comme vous l’avez vu, la question de l’administration de l’Église, sa pastorale, se pose clairement à notre quartier. Les membres de l’équipe pastorale de Saint-Polycarpe ont officiellement donné leur avis. Alors, je me permets de dire comment je ressens les choses en essayant d’être plus précis encore. Mais je ne souhaite pas être trop long. Et puis ce texte doit être débattu, préciser, simplifier. Il faudrait arriver à tracer une proposition en seulement 15 lignes. Ce sera fait ultérieurement ; j’espère.


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L’administration de l’Église nécessite en toute évidence des moyens qui visent à l’économie budgétaire. Dans le système comptable actuellement en vigueur, moins de prêtres signifient moins d’eucharistie, donc moins d’occasions d’entrées financières par le biais des quêtes, du casuel et des honoraires de messe. Quand il y a aussi moins de fidèles, il y a moins d’apports financiers.

Par ailleurs, une présence d’Église dans un milieu dépourvu de chrétiens pratiquants nécessite d’autres modalités d’autonomie financière que les quêtes liées au culte. Les prêtres au travail et les prêtres-ouvriers ayant en plus charge pastorale (années 1950-90) avaient une conscience aiguë de ce problème lorsqu’ils reversaient une partie de leur revenue à la caisse paroissiale.

Et nous savons que les membres de communautés chrétiennes non catholiques versent 10% de leur revenu pour subvenir aux besoins de leurs animateurs.

L’étude entreprise dans la population catholique du centre de Lyon ne peut évidemment ignorer ces données. Mais, à sa suite, va-t-on fermer pour autant une paroisse qui n’a pas assez de revenus grâce à son culte ? La dimension missionnaire propre à chaque communauté l’en empêche sous peine d’ignorer la fidélité à l’Évangile : annoncer à toutes et à tous la Bonne Nouvelle du Salut, le Royaume. Autrement dit, la paroisse qui se trouve en situation de première évangélisation trouve tout naturellement auprès de ses consœurs agissant davantage en milieu chrétien l’aide nécessaire à sa tâche.

Je dis cela en pensant à la population des Pentes de la Croix Rousse. Nous la connaissons pour la faiblesse de ses revenus. Nous savons que son éloignement de l’Église est tributaire de l’histoire culturelle et sociale du quartier depuis l’époque des canuts. Le nombre important d’étudiants, d’artistes, de militants associatifs est notoire. Et la présence maghrébine n’est pas invisible. Disons enfin que les chrétiennes et chrétiens que nous rencontrons sur la paroisse apprécient ce mélange culturel qui dégage une grande simplicité dans les rapports. Les familles, entend-on souvent, se parlent ici, ainsi à la sortie de l’école, plus que dans d’autres quartiers. La convivialité est authentique.

Théâtre, galerie de peinture, atelier d’artistes, espace associatif culturel et/ou humanitaire, café, club, etc… attirent notre attention de chrétien. Ces gens qui n’ont pas une demande cultuelle explicite existent avec l’universel désir d’être aimé. 

C’est pour cela que les portes ouvertes soutenues par les baptisés de Saint-Polycarpe : exposition , accueil de concert, conférence de Toi d’écoute, soutien aux « sans-papiers » « soutien scolaire », dialogue avec les baptisés « hors Église » (ceux que le droit ecclésial qualifie de pécheurs publics) se maintiennent dans le temps. Ces activités de dialogues ouverts aux problèmes de sociétés répondent à une demande de quête de sens et ne peuvent être considérées comme faisant obstacle à une vie paroissiale pure.

À propos de celle-ci, disons que, comme le petit nombre d’enfants inscrits au catéchisme ne permet pas de composer des groupes homogènes, il est indispensable d’entreprendre un dialogue avec les paroisses voisines. De même pour la préparation aux sacrements : baptême, mariage, communion…

En conclusion, ce qu’il importe de mettre en  place dans une restructuration d’Eglise, c’est un partage harmonieux entre les diverses offres pastorales. Les membres de chaque communauté doivent se sentir concernés par cette synergie bien avant que l’on ne considère le problème de l’animation pastorale causée par l’absence de prêtres. Une communauté peut vivre sans prêtre.


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Pour être plus précis en ce qui concerne Saint-Polycarpe :

- Pour les demandes cultuelles et ecclésiales :

Une pastorale dans la ligne d’ouverture ci-dessus évoquée doit être proposée aux personnes qui se présentent : usage de la méthode catéchétique du diocèse (Ta Parole est un trésor) ; dialogue avec les couples qui demandent un sacrement sans leur imposer à priori un cursus, trop contraignant ; échange permanent entre prêtre et laïcs dans le vécu des temps liturgiques ; animation synodale permanente pour que les baptisés puissent mettre en œuvre la réalité sacerdotale, royale, prophétique du baptême.


- Pour les attentes culturelles et humanitaires :

Reconnaissance par l’Église à Lyon de l’existence d’un pôle « expression artistique » qui soit au bénéfice de toute l’agglomération. Reconnaissance d’un pôle « débat ouvert ». La proximité des lieux culturels (opéra, théâtres, galeries, club associatif culturel) justifie le choix des bâtiments de Saint-Polycarpe qui se prêtent totalement à cet accueil pastoral : tailles, originalités des locaux, expérience maintenant affirmée qui a fait connaître le lieu.

 

L’administration de l’Église fait désormais appel à des bénévoles pour gérer ses tâches. C’est une réalité qui ne peut se généraliser à des entreprises innovantes où la compétence des animateurs est indispensable. Tout le monde ne peut s’improviser catéchistes pour enfants ; tout le monde ne peut devenir animateur chrétien culturel spontanément. Par ailleurs, faire appel exclusivement aux bénévoles entraîne un problème social. Ne sont bénévoles que les personnes qui ne sont pas obligées de travailler pour subvenir aux besoins essentiels de la famille. Ce choix par l’argent, à très court terme, provoquera des différences sociales regrettables au sein de la communauté. L’attention aux pauvres, risque d’en pâtir.


En fait, si je cherchais une racine à ma méditation je reproduirais ce que disait Antoine Chevrier : se placer dans le monde pour être proche des pauvres, des ignorants, des pécheurs. Ce dont l’Eglise et le monde ce temps a bine besoin.


Publié dans Eglise

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