Résurrection annoncée de vive voix

Publié le par Michel Durand

Dans la ligne de la vocation de Paul.

Je continue ma méditation sur la priorité du Christ par rapport à l'Église puis à l'Écriture.

Je pense à la vocation de Paul. Il la tient du Ressuscité lui-même, directement, sans se soucier des apôtres. On ne parle pas encore d'Écritures dans la ligne du Christ. Il n'y en a pas. L'Évangile n'est pas un texte, mais une conversation, un échange verbal où, en Jésus, se vit l'hospitalité. Paul est reçu par Jésus comme il reçoit Jésus : pratique naturelle de toute rencontre. Accueillir et être accueilli.resurrection-manessier.jpg

Résurrection, Alfred Manessier

 

Il est bon de relire le récit par Paul lui-même de ses premiers pas avec le Seigneur. C'est-à-dire Dieu. La révélation du Fils de Dieu et la mission de Paul (Gal, 1, 11-24).

L'évangile est annoncé. Il n'est pas remis comme un texte peut l'être. Et, ce qui a été dit n'est pas d'inspiration humaine. Ce n'est pas la pensée de Paul ou de quelque autre homme, c'est le Seigneur lui-même qui communique cette Bonne Nouvelle. Cette annonce ne venant pas de l'homme est loin de s'accorder aux penchants de l'homme. Au contraire, elle ouvre sur un univers totalement nouveau. Elle donne à l'existence humaine une orientation toute nouvelle. Dans cette perspective, l'homme, mettant en pratique la Parole entendue, se donnera un mode de vie, un style d'être totalement original. Sa référence au Christ sera visible dans son comportement quotidien : paroles, faits et gestes refléteront le dialogue que Jésus entretient (ou a entretenu) avec son Père. Qui voit le disciple voit le Maître, puis le Père (qui me voit, voit le Père).

Paul parle avec assurance, car ce qu'il annonce, il l'a reçu par une révélation de Jésus-Christ. Selon une note de la TOB : "La révélation directe faite à Paul a pour auteur Jésus-Christ ; le crucifié s'est manifesté à lui comme Ressuscité. Sa vocation est de recevoir cette révélation afin de l'annoncer aux païens.

Paul est donc sûr de lui de la certitude que le Christ a déposé en lui. Pourquoi alors consulter les apôtres qui ont vécu avec Jésus ?

La Parole du Christ suffit ; il n'est pas nécessaire de recourir à des conseils humains. Il n'est pas urgent de monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant lui. Paul le fera trois années plus tard, auprès de Pierre. Pour que l'Évangile soit librement annoncé aux non-juifs, il devra même multiplier les rencontres. A Jérusalem, Paul témoigne : "je leur exposais l'Évangile (message oral) que je prêche parmi les païens ; je l'exposais aussi dans un entretien particulier aux personnes les plus considérées de peur de courir, d'avoir couru en vain" (Gal 2,2).Paul est prudent devant l'adversité de ceux qui avaient tendance d'enfermer la Bonne Nouvelle dans la tradition juive, légaliste, non entièrement rénovée par le souffle de la nouveauté christique.

C'est face à ce danger d'enfermement dans l'Écriture que je souligne la primauté du Christ dans son hospitalité relationnelle. Tout n'est que dialogue, échange vivant, rencontre directe.

Quand Paul écrit, met par écrit, son ressenti selon l'Évangile, ce n'est pas pour rédiger la Bonne Nouvelle, mais pour répondre à des questions qui se posent, à des problèmes qui se dressent. L'essentiel de ce qu'il transmet demeure oral.

Certes, face au risque d'oublier, mettre par écrit l'Évangile fut inévitable. Nous ne pouvons ignorer que cela comporte un risque. Celui d'enfermer l'Esprit de la Bonne Nouvelle dans la matérialité des mots. Le texte, en fait, comme je le ressens fortement aujourd'hui, n'est qu'un média voulu par l'Église qui doit sans cesse nous conduire à la source : Jésus, le Christ, vivant éternellement.

En conséquence, une bonne connaissance de la Bonne Nouvelle est possible sans passer par le récit de ce que les apôtres et autres disciples ont vécu dans leur proximité avec Jésus, mort sous Ponce Pilate puis ressuscité par le Père. Celui-ci viendra confirmer, étayer la révélation immédiate offerte par le ressuscité. Tel dut l'expérience de Paul. N'est-elle pas, également, au cours de l'histoire, celle de nombreux mystiques ?

Cela dit, il me semble important de bien être attentif au risque d'enfermement de la Bonne Nouvelle (l'Évangile) dans le texte lorsque celui-ci devient obstacle à une rencontre directe du Ressuscité. Adopter les styles de vie propre aux disciples du Christ, ce n'est pas obéir à un enseignement écrit et communiqué par une Église, mais dialoguer avec la personne même du Maître de l'Univers entier. En ce sens, nous sommes loin de toutes formes de dogmatisme.

Quand nous lisons l'Évangile -le texte- il nous faut remonter à sa source, à son inspiration, "sans l'emprisonner dans la lettre du texte". Cette pensée de Christoph Théobald, si je la comprends correctement, ouvre la lecture de l'Évangile aux situations nouvelles inconnues par les rédacteurs des premiers siècles de l'Eglise. C'est avec ce regard, je pense, que nous devrions aborder les témoignages de chrétiens objecteurs de croissance qui ne voient aucune issue possible à la société à l'intérieur du capitalisme libéral. Le paradigme d'un nouvel art de vivre s'enracine dans l'Évangile vécu et non seulement lu qui apporte à l'humanité toute nouveauté.

L'Évangile ouvre (devrait ouvrir) sur un univers totalement nouveau.

Publié dans Bible

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